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« Marthe, laissez-moi vous embrasser encore!
«C’estmagnifique, ce que vous avezfait.
Oh! noble enfant, vous avez toutes les grandeurs! Et vous ne vous en doutez pas. Renoncer à la richesse, Marthe, et faire vœu de pauvreté, c’est sublime.
« Mais asseyons-nous, mon enfant, et, si vous le voulez bien, nous causerons un instant.
Elles s’assirent sur les deux seules chaises qu'il y avait dans la chambre.
La vieille nourrice s'était retirée et avait refermé la porte.
Après un instant de silence, M'e Lormeau reprit :
— Voyons, mon enfant, quelles sont vos intentions ? qu’allez-vous faire, maintenant à
-— Demain, mademoiselle, je quitterai ma vieille nourrice et Aubécourt pour rentrer au couvent des Dominicaines.
— Ainsi, vous voulez être religieuse ?
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er 4 — Oui, si je suis jugée digne de consacrer ma vie à Dieu.
— Mademoiselle Marthe, est-ce vérita-
les blement chez vous une vocation ?
tez La jeune fille rougit, baissa la tête et cet resta silencieuse.
— Mademoiselle Marthe, continua la (, Si tante de Georges, permettez-moi de vous un parler comme une mère, une bonne mère parlerait à son enfant, et répondez-moi 7. franchement, sans hésitation.
« Marthe, il y a quelques mois, vous ï aimiez Georges de Santenay. 1 wait — Oui, je l’aimais ! | — Et aujourd’hui vous ne l’aimez plus ?
EE — Je ne dois plus l'aimer!
— Mademoiselle Marthe, quand, à la ont veille de vous marier, vous avez repoussé in- mon neveu, quand vous lui avez dit : « Je ne peux plus être votre femme, oubliezerai moi, » vous aviez des raisons pour parler ren- ainsi. Ah! ces raisons, le général de San- : tenay les a tout de suite devinées.
Œ . «— Si M'e Raclot ne veut plus se ma- ' | L. à
rier, a-t-il dit à Georges, ce n’est point par caprice de jeune fillè, et moins encore parce qu’elle ne t'aime plus, mais parce que les mauvaises actions de son père lui sont connues. Dans l'intérêt de notre dignité, pour mettre notre considération et notre honneur à l’abri de la malveillance, la brave enfant sacrifie son amour!
Elle aussi est une victime de son père!
« Voilà, mademoiselle Marthe, voilà ce qu'a dit le général. Et il ne se trompait pas.
« Et quand la méchanceté vous a attaquée, quand vous avez été en butte aux plus odieuses calomnies et que moi-même — je l'avoue à ma honte — ai douté de vous, mon beau-frère a pris votre défense avec une énergie qui ne s’est jamais démentie.
« — Mensonge, mensonge et infamie !
s’écriait-il.
— Alors, Marthe, comme vous avez été la première à le comprendre, vous ne pouviez pas épouser Georges de Sante-
nay ; la grande fortune de M. Raclot se plaçait entre vous comme une barrière infranchissable, Mais cette grande fortune n'existe plus, et les obstacles créés par elle ont été brisés par vos mains.
« Les raisons qui, autrefois, justifiaient votre résolution de ne Pas vous marier, comme celles qui forçaient Georges de Santenay à s'éloigner de VOUS, Ces rai- Sons ne peuvent plus être.
«Votre conduite, mon enfant, a fait ou-
blier celle de votre père. Par vous, la
mémoire de M. Raclot est réhabilitée.
| — Hélas! mademoiselle, la tache n'est pas effacée !
— Ne dites pas cela! exclama la vieille demoiselle ; cette tache dont vous parlez a Si bien disparu qu'il n’en reste plus trace. Demandez, mon enfant, demandez aux honnêtes gens ce qu'ils pensent) Allez, je suis bon juge en cette matière, et quand vous me remplissez d’admiration, quand je vois ce qu'est la fille, je ne pense plus à ce que fut le père!
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— Mademoiselle, de grâce.
— C'est vrai, vous vous défendez de l'admiration; mais vous ne pouvez pas empêcher qu'on vous aime!
« Je reviens à mon sujet: Vous avez dit à Georges de Santenay : « Oubliez-moi! »
Pour rester dans la vérité, je ne dois pas vous cacher que mon neveu a voulu vous obéir, et que son père et moi l’avons vivement exhorté à ne plus penser à vous; mais nos conseils, nos encouragements n’ont rien obtenu, et le résultat des efforts que Georges a faits pour vous oublier a été de vous aimer plus encore, peut-être.
Il voulait vous oublier et il n’a pas été un seul instant sans penser à vous.
« Allons, allons, ne rougissez pas ainsi devant une vieille femme qui comprend les choses du cœur et qui les met audessus de tout. Tenez, vous voilà toute tremblante.
« Mademoiselle Marthe, tout à l’heure je vous ai demandé si c'était par vocation que vous vouliez entrer en religion; vous
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avez gardé le silence ; vous ne m’avez pas répondu oui, parce que votre bouche n’a jamais menti.
(Eh bien ! non, vous n'êtes pas appelée à la vie religieuse Par votre vocation :
pour cela il faudrait, d’abord, que votre amour pour Georges de Santenay se fût éteint, et il n’en est rien, car vous l’aimez toujours.
La jeune fille cacha son visage dans ses mains et se mit à pleurer.
— Chère enfant, fit Mie Lormeau avec un doux accent de tendresse, vos larmes me disent que je ne me trompe point.
Oui, vous aimez toujours Georges, et aujourd’hui c’est moi, Sa vieille tante, qui Vous demande d’être sa femme adorée.
— Mais je ne suis plus qu’une pauvre fille ! s’écria Marthe,en proie à une agitation violente.
— Marthe, Marthe, répliqua vivement Mike Lormeau, c’est Parce que vous n'êtes Plus qu’une pauvre fille, parce que vous ne gardez rien de la fortune de votre père,
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que vous êtes à mes yeux la plus riche héritière du monde!
« Vous êtes pauvre! continua M'° Lormeau, eh bien, nous vous voulons pauvre.
« Est-ce que Georges savait que votre père avait une grande fortune lorsqu'il vous a aimée? Et quand le général de Santenay a demandé à M. Raclot votre main pour son fils, est-ce que mon beaufrère s’est inquiété de savoir si vous auriez ou n'auriez pas une dot? M. Raclot a dit : « Je donnerai cinquante mille francs « à ma fille»etl’on ne parla plus de cela.
a C'était vous, Marthe, avec vos qualités et non avec une dot, que mon neveu voulait épouser. Un Santenay n’épouse pas une jeune fille parce qu'elle a de l’argent.
«Et, d’ailleurs, s’il ne vous fallait qu’une dot pour vous faire consentir à épouser Georges, je vous la donnerais, moi. Je possède un million et ma fortune est pour mon neveu et ma nièce; mais soyez tranquille, Marthe, ils ne me feraient aucun reproche si je vous donnais deux
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cent mille francs le jour de votre mariage, comme je dois les donner à Georges.et à Mathilde.
« Mais cela ne peut avoir d'influence sur vous; c’est à votre cœur que je m'adresse; Marthe, achevez votre œuvre admirable ; mon neveu est malheureux, il vous pleure, à lui aussi rendez le bonheur. Le général vous chérit, et vous savez combien Mathilde vous aime; entrez dans une famille qui vous tend les bras, soyez aussi la fille de M. de Santenay, soyez ma seconde nièce!
« Vous vous taisez, Marthe; mon Dieu, ne suis-je pas assez éloquente ? Que puis-je donc vous dire encore ?
— Oh! rien, mademoiselle, rien, répondit la jeune fille en sanglotant.
— C’est vrai, Marthe, je n’ai plus rien à vous dire. Mais dites-moi, vous, ce que je dois faire savoir à Georges de Santenay.
— Faites-lui savoir... que je l'aime
toujours!
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M'e Lormeau ne put retenir un cri de joie.
Elle entoura la jeune fille de ses bras et la tint longtemps serrée contre son cœur,
— Enfin, disait-elle, pour vous et mon neveu, le ciel vient de se rouvrir.
— Mais, soupira Marthe, M. Georges ne se fera-t-il pas tort en donnant son nom à la fille de Mathurin Raclot ?
— Enfant! répondit la vieille demoiselle en souriant; la fille de Mathurin Raclot a droit, au-
jourd’hui, à tous les hommages, à tous les respects !
Alors, il fut décidé que le soir même M'e Lormeau écrirait une lettre au général et une autre à Georges afin qu’on püt
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fixer immédiatement le jour du mariage.
Toutes les publications ayant été faites précédemment, le mariage pouvait avoir lieu sans autre délai que celui exigé pour préparer la toilette de la mariée et faire les invitations.
De son côté, Marthe allait écrire à la supérieure des Dames dominicaines pour la remercier de l'hospitalité qui lui avaï été donnée à la communauté, de l’interêt et de l’afiection qu’on lui avait témoignés et pour l’instruire du changement subit qui s'était fait dans sa position.
Il fut convenu aussi que la jeune fille resterait chez sa vieille nourrice jusqu’au jour de son mariage. C'était là qu’on viendrait la prendre pour la conduire à la mairie et ensuite à l’église.
Après, la maison de M'e Lormeau serait à la disposition des jeunes époux.
Chez le notaire, où étaient restés le juge de paix, les maires d’Aubécourt et de iigoux et le vieux Bertrand et sa petite-fille, on attendait impatiemment le
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retour de M'° Lormeau, qui n'avait point caché ce qu’elle espérait de la démarche qu’elle allait faire auprès de la jeune fille.
— J'ai réussi, dit-elle; dans huit jours, je pense, monsieur le maire, vous ceindrez votre écharpe.
Tous partageaient la joie de M'e Lormeau.
— Ah! grand-papa, quel bonheur, quel bonheur ! s’écria la gentille Rose.
M. Rousselet gardait à diner le juge de paix, les deux maires, le vieux Bertrand et sa petite-fille. Ces derniers allaient coucher chez le notaire qui, le lendemain matin, les conduirait à la ville où, avant de prendre le train pour Paris, le père Bertrand recevrait, de la succursale de la Banque de France, un bon de deux cent cinquante mille francs à vue sur Paris.
Le soir, quand le maire et le juge de paix se furent retirés et pendant que M"° Rousselet conduisait le grand-père
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et la petite-fille chacun dans sa chambre, M'e Lormeau, restée seule avec le notaire, lui dit :
— Vous avez acheté plusieurs bijoux ayant appartenu à M'° Marthe: est-ce que vous les avez déjà offerts à Me Rousselet
— Non, pas encore.
— En ce cas, vous n’éprouverez aucune difficulté à me les céder.
— Je comprends, vous désirez que Me Marthe rentre en leur possession.
M'e Lormeau sourit.
Puis, prenant la main du notaire, elle répondit :
— Vous vous trompez, mon ami, M"° Marthe recevra d’autres bijoux qui lui seront donnés par Georges de Santenay et par moi.
— Sans doute, mais...
— Attendez. C'est moi, d’ailleurs, qui me chargerai de la composition de la corbeille de mariage, et je n’ai pas besoin d'ajouter qu’elle sera digne de l’adorable enfant qui va entrer dans notre famille.
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