ACTE CINQUIÈME
BÉATRICE
Il en avait une, mais elle vient précisément de le lâcher.
GROGHARD.
Ça lui a fait de la peine ?
BÉATRICE
Pas beaucoup.
GROGHARD.
Il y a du bon. Est-ce qu'il sait que tu l'aimes?
BÉATRICE
Je ne crois pas.
GROGHARD.
Faut lui dire.
Ça lui sera bien égal.
GROGHARD.
Il t'a dans le nez, alors?
BÉATRICE
Oh ! non... il m'a dit encore tout à l'heure qu'il m'aimait... bien. Seulement, voilà... je vis trop autour de lui pour qu'il pense à moi... je lui fais son lit, son ménage, ses courses... Oh! s'il ne m'avait plus, ça lui ferait peut-être s'apercevoir que je lui manque...
GROGHARD, rajustant son foulard et son pardessus.
Tu vas m'envoyer ce coco-là I
BÉATRICE
Qu'est-ce que vous allez faire ?
GROGHARD.
La gosse, j'ai promis de voler pour toi l'objet que
tu désirerais le plus. Or, c'est pas le veston que tu désires le plus, c'est Michel Bouflette... Eh bien, je vais t'avoir ça !
BÉATKIGE.
Mais on ne vole pas un cœur, comme on vole un porte-monnaie
GROGHARD.
Que si I le procédé est différent, voilà tout.
Béatrice va à la porte de droite.
BÉATRICE
Vous savez, M. Grochard, il ne s'agit pas de lui arracher son consentement à prix d'or... je ne veux pas d'un mariage obtenu comme ça...
GROCHARD.
Ne me donne donc pas des leçons de délicatesse, je t'en prie...
BÉATRICE
Alors... que dois-je faire ?
GROGHARD.
Amène-moi ton amoureux, je te dis... Pendant
que nous causerons, toi (ll montre le réduit gauche) tu te cacheras là. A un moment donné, il voudra te voir; probable qui te posera des questions.
BÉATRICE
Et qu'est-ce qu'il faudra répondre ?
GROGHARD.
Il faudra répondre : Parfaitement... parfaitement.
BÉATRICE
Et c'est tout?
GROGHARD.
C'est tout. Pas un adverbe de plus.