ACTE PREMIER
MICHEL
Vous savez...
VAN HUYSPOTT.
Je sais votre situation précaire... Voyons, pas de vilain orgueil... A combien se montent vos dettes?
MICHEL
A douze cents francs.
VAN HUYSPOTTj tirant son portefeuille de sa poche.
En voilà deux mille.
MICHEL
Vous me donnez...
VAN HUYSPOTT.
Je ne donne jamais rien, M. Bouflette. Quelque étranges que puissent vous paraître mes prévisions, je vous prête deux mille francs, à charge par vous de m'en rendre vingt mille, le jour où vous serez millionnaire.
MICHEL
Vous êtes fou, M. Van Huyspott !
VAN HUYSPOTT.
Non, monsieur, je ne suis pas fou. J'ai spéculé comme ça sur l'avenir de quelques-uns de nos grands peintres, et ça m'a toujours réussi.
MICHEL
Mais, Monsieur, puisque vous avez une telle opinion de mes... de mes œuvres... pourquoi ne les achetez-vous pas tout de suite ?
VAN HUYSPOTT.
Parce qu'elles ne valent rien. Monsieur. Elles vaudront. Aujourd'hui votre génie couve... il éclatera demain... Travaillez, prenez courage, et signezmoi ce billet. Voilà tout ce que je vous demande.
MICHEL, signant le billet.
De grand cœur. Qu'est-ce que je risque?
VAN HUYSPOTT, souriant.
De me rendre vingt mille francs un jour ou l'autre...
Je crois que ce sera l'autre...
VAN HUYSPOTT, lui remettant la somme.
Moi, je ne crois pas... (Prenant le billet que lui tend Michel.) Merci, maître. J'ai bien l'honneur de vous saluer.
Il sort.