II. — LES SALAIRES A. — LES SALAIRES INSUFFISANTS
Il nous faut voir la réalité des faits.
La situation des ouvriers réclame-t-elle une augmentation de leurs salaires ? Peut-elle justifier des mesures tendant à cette hausse, ou tendant au moins à assurer en tout état de cause un certain taux minimum de salaire, jugé indispensable à une vie humaine en l’état actuel de la civilisation.
Il est incontestable que la situation du peuple aujourd'hui est très supérieure à celle que nous dépeignent les historiens du siècle dernier : le salaire a haussé fortement au cours du xix° siècle dans la grande et la moyenne industrie, et sensiblement plus que le coùt moyen de la vie,
D'après la grande enquête faite par l'Office du travail en 1891- 1892, le taux moyen des salaires pour toute la France était, à cette date, de 4 fr. 20 par jour pour les hommes et 2 fr. 20 pour les femmes.
Pour les hommes, à Paris, 6 fr. »5 par jour; en province, 3 fr. 90.
Pour les femmes, à Paris, 3 fr. 15 par jour; dans les départements, 2 fr. 151.
1 Office du travail, Salaire el durée du travail dans l'industrie française,
M. Gide, dans son Cours d'Economie politique (1909), donne, d'après les statistiques de la Direction du travail, quelques chiffres plus élevés. Pour les hommes, le salaire serait en moyenne d'un peu plus de 7 franes à Paris et d'un peu plus de 4 francs dans les villes de province. En comptant trois cents jours de traval par an ce qui représente plutôt un chiffre exceptionnel qu'une moyenne, même pour un bon ouvrier, on obtient des revenus de 2.100 et de 1.200 franest.
Ce sont là les moyennes les plus fortes que nous ayons trouvées dans les auteurs.
Mais, comme dit M. Charles Benoit! : « On ne mange pas une moyenne... L'ouvrier qui gagne 6 francs, n'en donne pas 2 à celui quin'en gagne qu'1,pour que la moyenne soit de 3 francs.»
Si certains ouvriers les dépassent, combien restent de beaucoup en dessous et combien font trois cents jours de travail par an ?
L'ouvrier manœuvre ne gagne le plus souvent que 20 francs par semaine (3 fr. 5o par Jour et pour 6 jours); supposons qu'il ait des enfants, voici ses dépenses par semaine :
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Et ses 20 francs y ont passé. Si le Bureau de bienfaisance ne donnait pas, si les enfants ne trouvaient pas dans les cantines scolaires un peu de nourriture, ce serait la misère atroce.
Pour les ouvriers agricoles, selon M. Gide, la moyenne ne dépasse pas 3 francs par jour, soit goo francs par an*.
LAID 17, 1897. — Charles Gide, Economie sociale, p. 68, 1907. — Raoul Jay, la Protection légale des travailleurs, p. 25, 1910.
1 Charles Gide, Cours d'économie politique, p. 617, 1909.
? Chronique agricole du Progrès de Lyon, 13 mars 1911.
8 Gide, Cours d'économie polilique p. 617, 1909.
LR
D'après l'enquête agricole décennale de 1892, la moyenne des salaires pour l’ensemble des départements était la suivante ! :