UNE VIEILLE DAME
Voici le corps de la chère défunte. Vous voyez qu'elle est bien morte. Ètes-vous satisfait?... Maintenant, laissez-nous. Abrégeons cette épreuve. Reconduisez monsieur par la porte du jardin.
Permettez. (// s'avance au inillcu de la chambre et s arrête au pied du lit. S'adressant au cadavre^ d'une voix forte et grave.) Lève-toi !...
38 j.E MinACfj'; dk saint antoînio
M. GL'STAVIv
Voyons ; cola suffit... Nous ne pouvons pas tolérer plus longtemps qu'un étranger se Joue ainsi de nos sentiments les plus chers et les plus respectables ; et je vous prie encore, pour la dernière fois...
Permettez !... (// s'avance plus près du lit ; et d'une voix plus forte et plus impérieuse.) Lève-toi 1...
M. GUSTAVE, perdant patience.
Cette fois c'est assez!... Nous allons nous fâcher... Voyons, c'est par ici : la porte est à côté...
Permettez... Elle est déjà très loin... [D'une voix plus profonde et plus itnpérieuse.) Mademoiselle Hortense, reviens et lève-toi !
A la stupéfaction de tous, la îJiorte fait d'abord un léger mouvement , entr ouvre les yeux, décroise les mains, se dresse lentement sUr son séant, rajuste son bonnet et regarde autour d'elle d'un air grincheux et mécontent. Puis elle se meta gratter tranquillement une tache de bougie qu'elle vient de découvrir sur la manche de sa robe. Il y a U7i moment de silence accablant : ensuite, ta première, Virginie sort du groupe ahuri, court au lit et se jette dans les bras de la ressuscitée.
VIRGINIE
Mademoiselle Hortense! Elle vit! Regardez, elle
LE MIRACLE DE SAhNT ANTOINE 'M3
gratte une tache de bougie !... Elle cherche ses lunettes !.. Les voici ! les voici !... Saint Antoine î .. Saint Anloine !... 0 miracle !... Miracle !... A genoux !... A genoux !...
M. GUSTAVE
Allons, voyons, tais-toi 1... Ne dis pas de bêtises, ce n'est pas le moment !...
M. ACUILLE
Il n'y a pas à dire, elle vit...
UN CONVIVE
Mais ce n'est pas possible !... Qu'est-ce qu'il lui a fait?...
M. GUSTAVE
Ce n'est pas sérieux; elle va retomber...
M. ACHILLE
Mais non, mais non, je vous assure... Voyez donc comme elle nous regarde...
M. GUSTAVE
Je n'y crois pas encore... Dans quel monde sommesnous? Il n'y a plus de lois... Docteur, qu'en pensezvous ?...
LE nocTEUR, contrario .
Ce que j'en pense?... Mais que voulez-vous que j'en
pense ?... Ça ne me regarde plus... Ce n'est plus mon affaire... C'est absurde et bien simple... Si elle vit, c'est qu'elle n'était pas morte... Ça arrive quelquefois... Il n'y a pas là de quoi s'étonner et crier au miracle... En tout cas, je n'en suis pas responsable...
M. GUSTAVE
Mais vous-même aviez dit...
LE DOCTEUR
J'ai dit, j'ai dit... D'abord je n'ai rien affirmé ; et je vous ferai remarquer que ce n'est pas moi qui ai constaté le décès... J'avais même des doutes très sérieux que je n'ai pas voulu vous communiquer, pour ne pas vous donner un espoir fallacieux... Du reste, tout ceci ne prouve rien ; et il est fort probable qu'elle ne vivra pas longtemps...
M. ACHILLE -
En attendant, il faut se rendre à l'évidence... à l'heureuse évidence...
VIRGINIE
Oui, oui ; il faut y croire !... Il n'y a plus de doute !... Je vous l'avais bien dit; c'est un saint, un grand saint!... Voyez donc comme elle vitl... Elle est fraîche comme une rose 1...
M. GUSTAVE
s' approchant du lit et embrassant la ressuscitée. Ma tante !... Ma chère tante, c'est donc vous!...
M. ACHILLE
S approchant à son tour.
Et moi, ma bonne tante, me reconnaissez-vous?... Je suis Achille, votre neveu Achille...