UNE PLACE PUBLIQUE
Au déclin du xv* siècle, les bandes du Condottiere, aventurier italien qui saccage la Bourgogne, assiègent une ville forte. Rien ne la sauverait d'un suprême assaut, ni les prouesses de son capitaine d'armes, Gaucher d'Arcourt, ni la protection de Sainte- Agnès, patronne de la cité, si la courtisane Alix, dont l'aventurier est épris, ne s'était secrètement donnée à lui sous la condition qu'il lèverait le siège.
Le Condottiere, au petit matin, a disparu avec ses bandits. Délivrée, la ville ne peut attribuer sa retraite qu'à l'intercession de sa patronne; l'évêque et le syndic réaliseront le vœu d'un peuple reconnaissant : la statue de Sainte-Agnès, œuvre de l'imagier Loys, le plus réputé des statuaires bourguignons, se dressera sur le parvis de l'église pour commémorer la libération miraculeuse.
Alix, en qui revit l'âme des courtisanes d'autrefois, — Alix, qui hait son siècle brutal, poursuit un rêve d'orgueil, un dessein périlleux et sacrilège. Elle a sauvé la ville : c'est elle, c'est donc sa resplendissante image qui doit être érigée sur le parvis, perpétuant ainsi la gloire de sa beauté. Aucun danger ne la détournera de son désir, pas même la jalousie de Gaucher d'Arcourt, son amant ombrageux et rude, ni le mépris d'un peuple asservi seulement à des idolâtries et à des superstitions.
Alix n'a plus qu'une pensée : inspirer maître Loys, dont la douceur l'émeut déjà d'un obscur éveil de tendresse, incarner pour lui la sainte qu'il veut sculpter, lui servir de modèle, dominer son âme de tout l'ascendant de son amour.
vi ARGUMENT
Et quand le regard songeur de l'imagier rencontre ses yeux, Loys, ébloui, subit déjà le charme de la troublante, de la superbe courtisane.