SCENE PREMIERE
Au lever du rideau, c'est déjà le soir; le ciel, derrière la /lèche de l'église, commence à se nuancer de tons crépusculaires.
Loys, dans une fièvre ardente, termine une maquette, l'ébauche fruste d'une idée nouvelle, encore mal réalisée.
Puis il recule, embrasse d'un coup d'œil l'ensemble de l'esquisse et, découragé, se détourne d'elle.
Eh! quoi!... Si loin du songe est la réalité!
(Il brise l'ébauche, renverse à demi la selle vide). Vaine image ! forme terrestre d'un rêve que j'ai cru divin !
Fatale impuissance d'un homme qui voulut faire, en son orgueil, rayonner dans la boue une clarté d'étoile !
(Accablé, il retombe sur un banc de pierre).
Honte sur moi ! je renonce
à l'impossible tâche !
Je m'ensevelirai dans la nuit et jamais
mes mains, de la pierre sans âme,
ne feront jaillir la beauté !
(Il cache son visage dans ses mains; mais le soir est si doux, où tinte V angélus, qu'il relève peu à peu la tête; un nouvel espoir luit dans ses yeux).
La voix céleste appelle à la prière
les cœurs ingénus, les espoirs meurtris...
Sainte Agnès, si mon doute prie
une dernière fois dans ton église calme,
verras-tu ma détresse avec plus de pitié?...
(Il tressaille et semble écouler en lui-même une voix mystérieuse).
Quel espoir refleurit, ô Sainte,
en mon âme, soudain vibrante de ton nom?
Je vais prier: sois clémente à ma plainte. (Il s'apprête à sortir).