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Le miracle moderne

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LE

Miracle Moderne

INTRODUCTION

LA MÉTAPSYGHIQUE. — LA SURAME. — LE SURHOMME

(( La nature est surnaturelle. »

(Elisabeth Browning.) Ad majorem hominis gloriam.

Rien de plus passionnant, de plus élevé, de plus utile que l'étude de notre âme qui plonge dans Tinfîni et aboutit au détail quotidien.

La psychophysiologie moderne, dont M. Th.

Ribot est le grand maître, reste à la surface de ces profondes investigations. Elle les a préparées pourtant en éliminant le bavardage des vieilles écoles et en se réduisant à des

études cliniques, à des descriptions exactes. L'examen des états morbides a été aussi très utile. A travers les maladies de la personna-

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lité, de rintelligence, de la. mémoire, de la volonté, elle permit d'entrevoir les abîmes de notre être, cette âme supérieure ordinairement inconnue et toujours agissante, notre véritable nous-même, qui commande à la fois à notre corps et à notre esprit, les unifie en ses mystères.

Ses capacités sont presque illimitées. Si nous en prenons conscience avec méthode et selon notre tempérament, nous pouvons devenir, — rappelez-vous la promesse antique, — sicut dii, pareils à des dieux, ou pour parler plus simplement, des hommes maîtres d'euxmêmes et la tête au-dessus du troupeau.

L'étude de cette âme profonde, nous l'avons appelée « la métapsychique » ; car elle dépasse les sciences psychiques, comme la métaphysique dépasse la physique. Son objet, c'est rOversoul dont parle Emerson, la Surâme ; son but, c'est de créer véritablement rUebermensch de Nietsche : le Surhomme.

Voilà le grand miracle, source de tous les autres. Là réside le triple progrès intellectuel, moral, physique. Il convient de consacrer à « la Métapsychique » , qui est encore en formation, les meilleures années de sa vie et les

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forces vives de son intelligence et de son cœup.

Malheureusement on ne s^achemine d'ordinaire vers de telles recherches que sur le tard. Alors l'énergie a baissé et le mérite est moindre, car les autres sollicitations ont perdu leur saveur. L'auteur de ce livre et de plusieurs autres abordant ces problèmes a au contraire sacrifié à ces patientes investigations maints plaisirs immédiats, des succès littéraires, des intérêts matériels. Il ne le regrette point, car il a péniblement conquis quelques certitudes supérieures, qui lui semblent dignes d'être propagées.

Ne serait-ce pas déjà une récompense enviable que de travailler à extirper les nouveaux surgeons des superstitions antiques, à libérer l'intelligence que le doute paralyse ou que l'illusion égare, et à augmenter notre patrimoine intérieur par des ferveurs et des vigueurs insoupçonnées?

Aucune conviction religieuse ou philosophique n'est ici mise en question, sauf la

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grossière superstition spiritique, en contradiction flagrante avec les faits. Ici je n'ai jamais escaladé les nuées de la métaphysique ; je suis resté sur le terrain solide de la métapsy chique.

J'ai conservé le terme de « miracle » , parce qu'il dégage un charme spécial et une poésie qui lui viennent du passé. Il eût été insensé de le dédaigner. Je lui ai accolé Tépithète de « moderne » , pour laisser entendre qu'il s'agit de faits contemporains qu'il est possible de vérifier, de contrôler, de discuter, et que Ton vérifie, que l'on contrôle et que l'on discute en effet.

Au milieu du tourbillon bruyant de la politique, des affaires, des plaisirs, ne perdons pas la trace lumineuse, cultivons la splendeur secrète de notre âme. Affirmations et espérances des sciences psychiques et métapsychiques : télépathie, rayonnement magnétique, pressentiment, bienfaits réellement magiques de l'amour, de la foi, de la volonté multipliée, régénération physique et morale issue de notre initiative, salut humain que conquièrent les déshérités du corps et de l'âme, — ah ! ditesmoi quel plus grand miracle? — thaumaturgie devenant psychothérapie ; et aussi, à tra-

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vers la brume déchirée du mysticisme, la vision nette de ces énergies mystérieuses que la nature nous a départies et que nous laissons s'étioler par ignorance. Chez les malades nerveux, les mattoïdes et les aliénés, ces puissances s'accusent en se perdant, se diluent et s'annoncent par des incidents, les uns clairobscurs, les autres jusqu'ici méjugés ou interprétés superstitieusement, tandis qu'elles se ramassent dans le héros, le prophète et le grand homme pour le chef-d'œuvre, pour l'acte en beauté et en bonté, ces miracles éternels.

11 n'est pas jusqu'aux miettes de nos morts, à la chère dépouille de leurs souvenirs, à leur immortalité terrestre qui ne transparaissent aux secousses d'organismes spéciaux et de mentalités plus friables. La personnalité de certains vivants peut s'entr'ouvrir jusqu'en ses profondeurs. Il en jaillit d'autres personnalités, comme du cratère des volcans réveillés une secrète flamme.

Ces merveilles authentiques et positives, je les compare à des trésors féconds. Elles ont été délaissées ou incomprises. On ne s'en est guère occupé jusqu'ici que pour épiloguer sur les mirages qui les enveloppent. On a faussé

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les jugements, exalté à vide les imaginations, déçu les âmes confiantes et augmenté le cortège des vaines crédulités et des névroses.

Je n'ai pas envisagé les problèmes adjacents de la survie extra-terrestre ou de l'intervention d'une divinité ou du conflit périmé entre le spiritualisme et le matérialisme. Il a été beaucoup écrit déjà sur de tels thèmes, et le besoin d'un autre essai ne se fait pas sentir. J'ai préféré suivre les principes de l'école positiviste qui eut pour maître, avant Auguste Comte , le plus grand des sages, Gautama Bouddha.

Celui-ci, malgré l'importunité de ses disciples, s'obstinait à garder un silence complet sur Dieu, sur le mystère de l'existence du monde et sur le problème de l'anéantissement ou de la survivance du « moi ». Il ne le rompit un jour que pour répondre à peu près en ces termes : a Je ne vous ai jamais rien enseigné de cela^ parce que savoir cela ne vous apporterait aucun avantage véritable, parce que cela ne vous conduirait ni à la paix, ni à la science, ni à l'illumination ^ »

« Cûla-Mdlunkya-Ovddâ (Majhisma Nihâya, vol. I, p. 426 et Samyntraka Nikaya, vol. III) ; voir aussi le Bouddha, par M. Oldenberg.

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Une autre parole, plus familière mais non moins significative, m*a encouragé à ne pas me risquer dans ces dédales où le charlatanisme aime trop à pénétrer. Une dame russe avait beaucoup fréquenté les spiritualistes professionnels et les mystiques de ce temps.

a Lorsque Tun d'eux, me confia-t-elle, me parle de l'immortalité de Tâme, je mets par précaution aussitôt la main sur mon portemonnaie... »

11 n'empêche que Ton ne doive juger très sévèrement l'attitude de la plupart des savants et particulièrement des Français qui, par peur du mysticisme (lequel n'avait là rien à faire) ont dédaigné les études a métapsychiques » ou, ce qui est plus grave, en ont sans enquête préa* lable nié rintérêt. Même si très sincèrement ils supposèrent qu'elles ne renfermaient rien de réel, leur devoir était de s'attacher à dissiper sur ce terrain a les fantômes de l'ignorance ; » car la science a deux missions : chercher la vérité et combattre l'erreur. Heureusement de notoires Anglo-Saxons accoururent à la res-

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cousse ; et il devint bientôt à la mode de les suivre. Je sais bien que les Anglais et les Américains, nourris de l'esprit et de la lettre bibliques, ne prenaient pas cette initiative sans arrière-pensée. L'un d'eux M. Myers, l'auteur A'Human Personality^ a formulé leurs prétentions en déclarant qu'il comptait trouver ainsi « la preuve expérimentale de l'existence de l'âme et de son immortalité ».

Dois-je dire que je ne partage pas plus les appréhensions des savants français que les mystiques illusions des Anglo-Saxons ?

A mes yeux les documents que nous fournit le miracle moderne ne faciliteront pas l'éclosion d'une religion nouvelle. Heureusement d'ailleurs. M. Myers espérait, avec un grand nombre de ses amis, étayer sur le miracle une morale invincible. Pour être efficace, urgente et féconde, la morale n'a pas besoin de prodiges.

Elle a ses racines dans la conscience et dans la raison, non dans le mysticisme. Si l'on serre de près la vie des fondateurs de sectes récentes, qui croient ou feignent de croire qu'ils sont en correspondance directe avec Dieu, l'Ame et l'Au-delà, nous découvrons de

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flagrantes inversions ou perversions de la morale traditionnelle \ Quand même nous arriverions à posséder des preuves expérimentales de la survie, Thumanité n'en deviendrait ni meilleure, ni plus pure. Notre égoïsme et nos vices sont trop ingénieux pour ne pas nous illusionner sur leurs conséquences ; et une sanction évidente dans l'Au-delà n'augmenterait pas le prestige de la vertu. Celle-ci trouve en elle-même sa raison d'être. Si elle a besoin comme point d'appui et comme excitant de la démonstration de l'immortalité, elle demeure inconstante et fragile ; elle n'est plus que son propre fantôme.

Je le répète, la question n'est pas là.

L'étude du miracle moderne donnera à la psychologie une extension pratique et une sève qui lui manquaient jusqu'à ce jour. Ainsi elle a son utilité flagrante. Se mieux connaître, se posséder mieux, savoir de quelles forces supérieures nous disposons tous et la méthode pour les atteindre et les ductiliser, c'est

* Je ne citerai que pour mémoire les tricheries de M** Blavatsky, de Judge, fondateur de la Société théosophique, les aberrations du Carmel hérétique de Lyon, les folies erotiques de Vintras, les mœurs au moins bizarres d'Harris le Ressuscité, de son disciple Oliphant, etc.

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incontestablement travailler au seul progrès qui compte, celui de notre caractère et de notre grandeur intime. Et ici on ne s'égare pas.

Cependant, quoique l'espoir de M. Myers et de son école soit une illusion, — et il est cela en effet pour nous — il incita puissamment à rétude attentive de phénomènes jusqu'ici trop dédaignés par les sceptiques latins. Eux aussi, comme Ta indiqué M. Berthelot, les alchimistes du moyen âge se trompaient en cherchant la pierre philosophale, et le secret du Grand-Œuvre. Mais ils préparèrent, sous cette impulsion, la découverte des lois qui président aux modifications de la matière ; et ils sont les pères de la Chimie moderne, dont les bienfaits ne se comptent plus. Les premiers chercheurs métapsychistes, occultistes, spirites, spiritualistes de l'école de M. Myers, ont été sans doute les dupes d'un beau mirage ; ils n'en ont pas moins travaillé à mettre en évidence les lois les plus profondes de l'intelligence, de la mémoire et de la volonté.

Ils ont analysé l'inconscient en nous, qu'ils

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appelèrent le subliminal self. Ils nous ont ainsi révélé quelques-unes des capacités encore obscures dont notre moi est secrètement riche. Notre reconnaissance leur est donc acquise, si nos convictions s'éloignent des leurs.

Néanmoins il est temps de renoncer aux illusions qui les ont bercés. Appuyé sur l'observation, l'expérimentation et la « métapsychique » comparée, je montrerai que l'officine même du miracle est en le miraculé ; le miracle s'élabore dans les régions inconscientes de notre personnalité. Il est dû à l'homme intérieur.

Les travaux de l'hypnotisme, de la suggestion, de la psychologie objective, en essayant une sorte de vivisection du a moi )) ont découvert la multitude des ce sous-moi )>. Ainsi nous possédons la clef de ces sortes de puits, de caves, de magasins de l'âme, où travaillent des ouvriers inconnus, constructeurs du rêve, de l'inspiration, du pressentiment et de toutes les variétés de prodiges.

Gomment avec prudence, sans déséquilibre, descendre vers ces profondeurs d'où notre personnalité résulte et s'élance ; comment y

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choisir les germes d'un meilleur nous-mème qui préparera un destin plus beau ? Voilà de passionnantes avenues s'ouvrant dans un mystère non chimérique, et qui, pour rester tout humain, n'en est que plus attirant pour les âmes fortes. Nous nous en occuperons plus tard dans les Cryptes de PAme et la Philosophie de r Espérance^ ouvrages qui seront les prolongements et les conclusions du Miracle Moderne.

A quels résultats aboutira ce livre? Que nous apprend-il dès maintenant ? *

Ceci : que V Au-delà est remplacé par YEn-

* Je tiens à affirmer de nouveau que cette étude sur le miracle moderne, son mécanisme et ses lois n'a aucune tendance irreligieuse ni agnostique. Cette analyse psychologique se défend d'empiéter sur le domaine de la théologie. Je vais même plus loin ; elle le laisse entier, ne s'en occupant pas. Elle se conforme au principe proposé par réminent professeur J. Grasset (Les limites de la Biologie p. 9). <c II est bon que chaque science fixe et connaisse exactement ses limites. C'est la condition de son succès et de son développement. » Or les limites de la métapsychique que je considère comme le couronnement de la psychologie sont d'une part la biologie, de l'autre la métaphysique. Elle est située entre ces deux frontières qu'elle ne doit pas dépasser sans risquer de se dénaturer et de se perdre. D'ailleurs les « miracles » que j'envisage dans ce livre ne sont point des miracles au point de vue catholique ; mais seulement des prodiges, ou des prestiges^ ou des grâces. Ils relèvent d'une critique toute laïque. Il n'y a

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decà^ le miracle hors et au-dessus de nous par le miracle en nous et par nous.

Des exemples.

Prenons le miracle de guérison.

Autrefois on supposait une valeur spéciale à telles paroles magiques, — et non à d'autres — prononcées par le thaumaturge ; on prétendait, — et certains le prétendent encore — que telle piscine et non une autre a une efficacité surnaturelle.

Or le psychothérapeute moderne sait bien qu'il n'est pas de formule infaillible ni même nécessaire; ce qui importe, c'est la suggestibilité du sujet, la dose de foi, les dispositions nerveuses. Et cela est si vrai qu'un hypnotiseur, un suggestionneur ne sont pas toujours indispensables. On le verra, au courant de ce livre ; l'auto-suggestion — le sujet tout seul opérant sur lui-même — suffit pour produire le miracle.

D'autre part, en d'autres pays, on a imité la grotte de Lourdes, on a simulé les processions; et des malades ont été guéris. Toute

pas en fait de « Miracle Moderne » auquel l'Église veuille qu'on croie. Elle n'a jamais imposé comme articles de foi les guérisoDS de Lourdes et elle s'est écartée *avec une salutaire méfiance des phénomènes du spiritisme et de Toccultisme.

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l'antiquité est pleine de sanctuaires consacrés à des dieux, morts aujourd'hui ; là s'effectuaient des prodiges du même genre qu'ici, à la Salette, à Lourdes, à Pontmain, etc.

Le miraculé porte donc en lui la possibilité du miracle. L'agent extérieur — qui n'est d'ailleurs pas indispensable — est réduit au simple rôle d'instrument, d'excitateur.

Passons aux prestiges des médiums.

Pour les spirites qui, nouveau- venus, subissent la traditionnelle illusion, ces opérations sont dues à des a esprits », êtres à part, extérieurs à nous, qui se manifestent du dehors et influencent les êtres et les choses.

Or rien dans les faits, rien, je le répète, n'oblige à une pareille hypothèse.

Même les phénomènes les plus physiques, que prétendent obtenir certains médiums fort rares (mouvements d'objets sans contact, attouchements, lumières, apparitions, parfums, etc.), ne s'accomplissent qu'en présence de ces médiums. Il y a entre eux et ces forces incoordonnées une relation constante. Le miracle moderne est inséparable d'eux. Nous sommes donc en droit de l'expliquer par eux, que dis-je? nous ne pouvons l'expliquer sans

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eux ; à moins de faillir au fait lui-même par une théorie préconçue. C'est eux qui, soit par fraude, soit par d'autres moyens loyaux et mal connus, sont les origines des prodiges.

Quant aux exploits intellectuels du spiritisme ou de l'occultisme, leur dépendance intime, leur lien direct avec le médium sont encore plus évidents. Le voyant crée l'image qu'il voit, le devin sa divination, le prophète sa prophétie, — comme à un plan de moindre inconscience le poète crée son poème.

De tels phénomènes peuvent être subjectifs et naître en nous ; ils n'en sont pas moins réels, puisqu'ils correspondent à des réalités inévitables. Ils sont.

L'inspiration, la méditation, l'exercice méthodique de la volonté soulèvent des forces sublimes qui dorment au fond de nous ; elles écartent l'écluse des routines, l'épetisse barrière des préjugés et des torpeurs ; et le fleuve se répand tout à coup. Quelle que soit la foi, elle est victorieuse, si elle se trouve d'accord avec la raison et l'expérience, car la foi aveugle ne produit que l'exaltation dans le vide.

Croyez ; — et s'il faut un point d'appui à

M. Charles Richet a proposé une appellation nouvelle au « miracle moderne » ; il Ta baptisé la Métapsy chique^ — terme dont nous nous sommes servis dès les premières pages de ce livre.

« La métapsychique », cela ne vous dit rien de prime abord. Mais en y réfléchissant, vous allez être accablés de lumière. Rappelez-vous quels hosanoas furent poussés lorsqu'on trouva les mots d* « hypnotisnae », d' « hystérie », de « télépathie ». Ce sont, eux aussi, des termes absolument vides ; mais on crut tout expliqué parce qu'ils embrassent sous l'aile magique de leurs syllabes grecques une série de phénomènes qui pataugeaient dans le plus honteux anonymat.

Quelle délivrance pour Tesprit, quel long soupir de soulagement poussé par nos doctes corporations, lorsque ces solennels baptêmes s'accomplirent! Et le public crut comprendre enfin et pénétrer le fond de Tarcane parce qu'on lui transmettait un mot d'ordre, un signe de ralliement. Le flacon n'existe pas, tant qu'il n'a pas reçu son étiquette.

LA MÉTAPSYCHIQUE REMPLACE AUSSI BIEN LE SPIRI- TISME QUE l'occultisme, EXPRESSIONS ET CONCEP- TIONS MYSTIQUES ou SURANNÉES.

En effet le mot de spiritisme ne pouvait que troubler les chercheurs, en imposant comme

article de foi l'hypothèse de Tintervention des morts; occuùisme ne signifie rien, car toute science est occulte à ses débuts. Quant au terme de « science psychique », il n'est pas heureux. Tout réflexe est psychique ; la pâleur d'un visage terrifié, le frémissement d'un chien devant l'opération dont il se pressent Tinnocente et utile victime. On se souvient de Ténorme succès du mot ce métaphysique » emprunté à Aristote, du titre d'un chapitre qui suit ceux où il traita de la physique. De même, après et par delà les phénomènes dits « psychiques », relevant de la psychologie rudimen taire, nous pouvons étudier les phénomènes « métapsychiques » — tels que la <c faith healing », la oc thought healing », les maisons hantées, la clairvoyance, les apparitions, les prodiges médinmnimiques, — et pour commencer la télépathie.

L£ BOEDERLAf^D

Une étude sur le miracle moderne doit être poursuivie avec méthode. Si le classement des faits et des commentaires qui en découlent semble difficile à établir, ce n'est qu'une raison plus forte pour l'essayer.

Avant d'aborder des problèmes très complexes et qui déroutent nos habitudes de croire et de penser, il sied de chercher un pays fron-

Le psychologue des « Affinités éleetires » fait ici surtout allusion au pressentiment.

Et il ajoutait, pensant à cette harmonie des cerveaux qui, vibrant ensemble, produisent des idées semblables :

« Une Àme peut aussi par sa seule présence agir fortement sur une autre âme... Bien sour vent, me promenant avec un ami, si une idée venait à me saisir vivement, Tami avec lequel j'étais se mettait à me parler de cette idée... Nous avons tous en nous comme des forces électriques et magnétiques; pareils à l'aimant luimême, suivant que nous venons en contact avec des corps semblables ou dissemblables, nous attirons ou nous repoussons... d

Gœthe ne se perd pas dans le vide, comme tant de nos chercheurs modernes ; c'est en notre organisme, régi par des lois analogues aux lois cosmiques, qu'il cherche les raisons de nos attractions et de nos répulsions, les causes de notre vivant mystère.

Un autre poète, anglais celui-là, Tennyson, a formulé par une métaphore hardie, peut-être moins chimérique qu'elle ne le semble tout d'abord, cette correspondance secrète des ^ moi » humains entre eux.

cueillies par Eckermann, traduites par Emile Delerat. (Bibliothèque Cbcirpantier.)

Star to star vibrâtes Light; may soûl to soûl

Strike thro some fîner élément of her own?

(La lumière en yibrantse communique d'étoile en étoile ; Tâme ne peut-elle pas envoyer aussi à Tante une parcelle plus subtile de soi ?)

Ce message, chez les Imaginatifs qui le reçoivent, sait revêtir Taspect d'une hallucination plias ou moins complète. On la nomme « fantôme de vivant », si elle renseigne exactement SUT rétat d'âme ou la manière d'être physique de quelque personne lointaine, — si, selon un terme aujourd'hui accepté, il s'agit « d'hallucination véridique ».

DÉFINITION hE LA TÉLÉPATHIE

L'ensemble de ces événements extraordinaires, dont Gœthe disait qu'ils sont « cependant très naturels, quoique nous ne puissions en saisir la clef », s'appelle la « télépathie* ». La télépathie embrasse à la fois les pressentiments, les rêves prophétiques, les apparitions des vivants. C'est aujourd'hui la grande actualité psychique ou plutôt c( métapsychique ».

S'il fallait essayer la définition de la télépathie,

* « Télépathie » de xeXstv loin, TaOojjiai je sens (sensation à distance dans le temps et dans l'espace) ; ou encore « télésthésie », mais ce dernier mot semble être appliqué surtout au pressentiment en général, sans hallucination correspondante.

je dirais qu'elle est la manifestation intermittente de Tunité humanitaire, la preuve de notre solidarité psychologique, Téclair qui rassure la conscience sur la secrète correspondance qui s'échange de toute part en l'univers animé*.

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