APPARENCE
Hé ! me direz- vous, l'impulsion définitive lui vient du dehors? Non, pas l'impulsion, mais l'expulsion. Le miracle existait déjà, il se montre enfin. Il n'y a guère de proportion entre la
médiocre cause occasionnelle et TeSet énorme. Evidemment il faut un choc^ un traumatisme.
Newton voit tomber une pomme, et il a Tintuition de la loi d'attraction universelle; Teau de la piscine ou la parole du thaumaturge apportent au paralytique le suprême sursaut nécessaire à la délivrance ; l'exemple de la médiumnité est contagieux ; le pressentiment divinatoire s'aiguise aux images du tarot, comme autrefois au vol des oiseaux sacrés; Thallucination télépathique concorde avec un événement lointain; la chaîne magnétique excite le médium des tables parlantes; la présence des consultants et leurs questions éveillent la clairvoyance d'une M" Piper ou d'une Adèle Maginot... Il est vrai; seulement tout cela n'est pas essentiel, tout cela est au contraire adventice, ne crée jamais la faculté, l'aide tout au plus à se manifester. Car reprenons Ténumération précédente :
Newton avait réfléchi longtemps avant que la pomme en tombant lui ait révélé la loi tant cherchée. Le pèlerinage vers la source ou la clinique, maintes autres influences menues, compliquées, des tendances congénitales, psychiques ou physiologiques, — suggestibilité, foi avouée ou non, émotivité ont préparé la guérison. Un médium pratiquant ne communique à un autre ses dons étranges que si cet autre jouit du tem-
pérament nerveux, de l'état d'esprit qui le prédisposent. Les tarots, comme autrefois le vol des oiseaux sacrés, déterminent l'intuition qui déjà réside en le devin. Je n'ai une hallucination télépathique que si j'y suis secrètement poussé par une angoisse consciente ou inconsciente et si je sais vibrer comme un instrument récepteur. Le médium des tables parlantes n'est qu'invigoré par la chaîne magnétique, à laquelle il participe ; la clairvoyance d'une M^' Piper ou d'une Adèle Maginot est en quelque sorte constitutionnelle, elle n'exige point Tinfluence d'un autre « esprit » que le leur; et les expérimentateurs en questionnant ne lui donnent que l'occasion de s'épanouir.
Rien n'est plus capital que cette observation. Il faut y insister, il faut y revenir. Remarquez que la question est déjà tranchée pour le prodige malfaisant (car il y a des prodiges malfaisants). La paralysie qui frappe une hystérique à la suite d'une émotion est attribuée, de l'avis général, à un état nerveux particulier, non à une influence mystique ; et certains voudraient voir une intervention étrangère dans sa guérisou, brusque aussi, et qui provient d'une nouvelle émotion, d'un autre soubresaut de son organisme \
* Ce n'est point que je nie au miracle moderne, comme à toute chose d'aiUeurs, une cause métaphysique; mais je n'ai
Sg6 LE MIRACLE MODERNE