CRITIQUE DES EXPÉRIENCES DU DOCTEUR BÂRÂDUG
Tout d'abord parlons du « biomèlre ».
Le D" Foveau de Courmelles m'a écrit la lettre suivante :
C'est Tabbé Fortin, Texcellent curé de Cholette- Montargis, mort en juillet 1894, qui a inventé le magnétomètre, constaté ses propriétés vitales et météorologiques, et le D"" Baraduc n'a fait que débaptiser l'appareil et essayer de rendre scientifiques les observations. C'est moi qui ai fait connaître l'abbé Fortin en 1890. Voyez la Revue universelle des inventions notcvelles des 5 janvier et 5 février 1890. J'ai alors étudié avec lui, dans le Loiret, une aliénée spéciale, présentée par lui comme « possédée du démon ». J'ai le 5 février 1890, même revue, raconté le fait. En mars, chez moi, avec MM. Ch. Richet et de Rochas, nous étudiâmes ladite possédée et le magnétomètre. Je mis en relations l'abbé Fortin, un initiatif et un excellent homme que j'ai beaucoup estimé, avec NoU, du Figaro. Vous savez le reste : le succès de ses prédictions météorologiques, la souscription ouverte par le Figaro^ les instruments pour examiner les taches du soleil..
Le magnétomètre m'a toujours paru donner des notions irrégtilières et indéfinissables. Je m'en sers cependant souvent. Le D'^ Baraduc s'y est attelé; l*abbé Fortin en était très fier.
ïy FOVEAU DE COURMELLES.
Le D" Baraduc répond qu'en effet l'appareil de Tabbé Fortin n'est pas un instrument de précision ; aussi Ta-t-il modifié par l'insertion et la torsion du fil de cocon arrivant au zéro de torsion et rinclinaison des fils de la bobine.
Mais le D*" Paul Joire, de Lille, qui lui aussi a fabriqué un biomètre, prétend que la bobine d'induction fausse tous les résultats. Le grand poète Guerra Junqueiro, qui s'était enthousiasmé tout d'abord, renonça à continuer ces expériences parce qu'il obtint des mouvements de l'aiguille, même en approchant des objets inanimés. Ne s'est-il pas découragé trop vite ?
Quant aux photographies elles demanderaient un contrôle qu'il est assez difficile d'obtenir; les unes ont été obtenues à la demi-lumière ; les autres dans une obscurité plus ou moins totale; certaines enregistrent des effluves électriques mêlés aux effluves vitaux ; le reste prétend n'avoir été influencé que par la radiation humaine. Il est difficile de se retrouver au milieu d'expériences qui n'ont pas été reprises
dans les mêmes conditions; il en résulte une confusion inévitable et un certain trouble dans l'opinion qu'on voudrait se former.
Remarquez que je ne mets pas en doute un seul instant la bonne foi du très loyal expérimentateur ; mais il est évident qu'une arrière- pensée occultiste et spirite le hante. Dans ses conclusions, je retrouve les affirmations d'Eliphas Lévi par exemple et des théosophes : aspir et expir de la force vitale, création de formes par la volonté et la pensée; Tidée des psychicones est charmante mais peu démontrée en fait. L'interprétation des images et des tourbillons sur le gélatino-bromure est arbitraire. LeDocteurAdam qui avait collaboré aux premiers essais s^en désintéressa, après avoir obtenu des clichés équivalents avec des plaques qu'il n'avait pas essayé d'impressionner.
En vérité que reste-t-il des assertions et des expériences du Docteur Baraduc ? Son biomètre est influencé, ses clichés reproduisent des mouvements et des signes. Mais quelle est la force qui intervient ? S'agit-il d'énergies déjà cataloguées (chaleur, électricité, luminosité faible ou cette «lumière noire » qu'a découverte le Docteur Gustave Lebon) ou réellement y a-t-il eu émission de la mystérieuse force de vie?
Quoi qu'il en soit, ses tâtonnements sont à la fois courageux et sympathiques. Le Docteur
Baraduc trayaille non à son avantage personnel mais an progrès de la métapsychique. G*est un pionnier et un apôtre, — avec des obscurités et des erreurs.
LES RAYONS N ABOUTISSEMENT DES VIEILLES RECHERCHES SUR LE FLUIDE UNIVERSEL
Les rayons N de MM. Charpentier et Blondot — hélas ! ils sont aujourd'hui éteints ou à peu près — vinrent à la rescousse de la découverte de Baraduc. Bien avant lui déjà, le baron de Reichenbach avait reconnu, dans ses Recherches Psycho^ physiologiques^ l'existence de Tod, fluide rayonnant qui, répandu dans tout l'univers, n'est pas le privilège de l'organisme humain. D'autre part, Charles Lafontaine^ dans Y Art de Magnétiser^ raconte comment une main peutàdistance influencer une aiguille de cuivre suspendue en un bocal de verre soigneusement fermé. Au moyen d'un autre instrument, le pendule de Bœhr, le chiromancien DesbaroUes obtint des oscillations d'attraction et de répulsion. M. Albert- Jounet, directeur de la Résurrection^ revue « métapsychique » d^ avant-garde, perfectionna encore les résultats acquis. De son côté, le magnétiseur Bué nous a laissé un opuscule, détaillant jusqu'en ses nuances la sensibilité de l'aiguille devant le fluide humain.
A propos d'une force similaire, découverte par M. Thore, William Crookfs prétendit qu'il ne s'agissait que d'énergies déjà cataloguées, soit chaleur, soit électricité. Certainement ces émanationsdoivent être très complexes. Les rayons N, très discutés déjà, représentent en quelque sorte la formule nouvelle et plus scientifique de ces trouvailles hésitantes. On les a niés ; sous une autre forme on y reviendra.
l'auréole des saints ET LA FLAMME DU GÉNIE
On sait qu'on a appelé « rayons N » une force qu'émettraient la nature de toute part et l'être humain particulièrement pendant l'activité des nerfs et des muscles.
Approchez, par exemple, du front d'un orateur, devant la circonvolution de Broca où est localisé le don de la parole, un peu de sulfure de calcium phosphorescent ; la luminosité de ce sel augmenterait sous l'influence des rayons N. Villiers de l'Isle-Adam a suggéré le paradoxe de « l'analyse chimique du dernier soupir... » Qui sait si nous n'arriverons pas à expliquer Tauréole des saints et la flamme du génie ?... Qui sait surtout si nous n'arriverons pas à nous assurer de la solidarité humaine même dans la méditation et le silence * ?
1 Pour le moment les démonstrations a physiques » de ces
ÉCHANGE PSYCHIQUE ENTRE l'hOMME ET l'UNIVERS
Cet « évanouissement de la matière » (je dirais plutôt comme les bouddhistes évanescence) que M. Gustave Le Bon constate dans Tunivers physique, ne s'accomplirait-t-il pas aussi dans notre organisme? Cette mystérieuse énergie, — on Ta appelée âme, esprit, force vitale, de mille autres noms encore — que notre corps enchaîne ou plutôt dont il est la limite et Taspect objectif, ne s'émanciperait-elle pas sans cesse, particulièrement aux heures de foi, d'enthousiasme, de prière, d'éloquence, d'extase, d'amour? Elles ne nous épuisent pas pourtant ces heures, elles nous fortifient, semble-t-il. Pourquoi une âme aussi ne rayonnerait-elle pas vers nous du monde, de ce monde qui s'anéantit en se créant perpétuellement? Et le grand homme en donnant ses vibrations individuelles, ne s'enrichitil pas de l'universel et divin frisson ?
subtiles émanations sont aussi fragiles que leur réalité « psychique » est incontestable. Les rayons N, qui avaient fait fureur et que tout le monde voyait sur la foi des deux savants nancéens, sont aujourd'hui rentrés dans l'obscurité ; le mystère ne s'est pas rendu.