AUTRES TEMPS, AUTRES FANTÔMES
Constatons d'abord que l'aspect des maisons hantées a évolué avec les siècles et l'état d'es-
prit des hommes. M. Lang, un psychologue distingué, cite un cas qui date de Tan 8S6^ Gomme vous le voyez, les maisons hantées ne sont pas une invention moderne. Mais autrefois les esprits se plaisaient à visiter les vieilles ruines, ils traînaient leurs linceuls et leurs chaînes dans les corridors des châteaux silencieux; leurs gémissements plaintifs réclamaient des messes^ ; s*ils exprimaient leurs griefs à quelque visiteur nocturne (celui-ci avait toujours, disposés sur sa table, un livre de prières et un pistolet), c'était dans un langage poétique et solennel. Et ils affectionnaient les douze coups du beffroi comme heure des confidences. Aujourd'hui le prodige affecte des apparences plus prosaïques et moins grandioses. Nos revenants sont devenus beaucoup plus mal élevés et bruyants. Ils n'attendent pas le recueillement de minuit pour commencer leur concert de cris, de coups frappés, d'usten-
* Il y eut des maisons hantées sous Tère païenne ; et il faut reconnaître que presque toujours, même alors, quoique le spiritisme ne fut pas inventé, c'est aux esprits des morts qu'on attribuait ces mystérieux fracas. Superstition profondément populaire que cette croyance en la visite assidue de certains trépassés là où ils ont vécu autrefois.
• Dans un étrange poème du xv« ou du xvi« siècle, correspondant pour le catholicisme au a livre des morts » des Egyptiens, et intitulé c le Pèlerinage de l'àme s, Tauteur, un moine, suppose que certains châtiés du Purgatoire, au lieu de subir le supplice du feu, restent attachés aux lieux où ils commirent leurs crimes et ne reprennent leur liberté que par des cérémonies du coite et après suffisante expiation.
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ailes décrochés et mis en branle. S'ils parlent, ce n'est plus dans un langage ossianique et fleuri, mais plutôt avec le vocable des halles et lexclamation chèreàCambronne. Au lieu de réclamer des messes, ils menacent, injurient, se vantent de faire déguerpir les curieux ou de leur infliger une peur mémorable. Ils ont un penchant pour la libre pensée; et peut être certains sont francsmaçons.. .Au lieu des graves fantômes d'autrefois, accourent de vieux cabotins désireux de parader et de pétarader au nez des pauvres vivaEts déconfits.
Aussi je me demande tout d'abord en observant ces laideurs, très en accord avec nos mœurs, si le cerveau des pauvres humains n'est pas plus sûrement hanté que leurs maisons.
LE PHÉNOMÈNE PHYSIQUE EST POURTANT AUJOURD'HUI A PEU PRÈS LE MÊME QU'aUTREFOIS
Cependant un fond reste le même ; et c'est cela qui montre la part de réalité autour de quoi l'imagination a tissé sa toile de merveilles. Une part du phénomène physique est immuable. Les craquements, les soupirs, les chutes de pierres, les mouvements des meubles, les projections de vaisselles et d'autres objets n'ont pas changé ; même on pourrait dire qu'ils se sont accentués davantage de nos jours, comme si les revenants
Pour eux, il existerait, en dehors du plan physique, le « plan astral ». Ce plan astral serait le lieu où évoluent non seulement les âmes des morts, pas encore déliyrées des illusions terrestres, mais toutes les coques, tous les yêtements psychiques, abandonnés par les esprits en s'élevant à d'autres régions. Ces débris d'âmes — si j'ose m'exprimer ainsi — ces « élémentaires » comme on les nomme d'après le glossaire mystique, sont des causes de dissolution, de trouble, de désordre. En se diluant pour se refondre dans le tout universel, galvanisées par des souvenirs de vie personnelle — ces larves tentent un dernier effort, un assaut suprême. C'est à elles que nous devrions ces phénomènes violents, d'une intelligence obscure et d'une incohérence manifeste... Mais ringéniosité des occultistes va plus loin encore. Ils supposent que ce plan astral possède des individualités autonomes qu'ils appellent « élémentals ». Ces élémentals, on les définit ou bien des forces cosmiques encore inconnues ou bien des pensées plus ou moins malfaisantes. Ces pensées, séparées de leur origine toute humaine, vivraient à part sur le plan astral... Ce peuple bizarre et disparate, mi-conscient et plutôt malicieux, qui rappelle les formes fantastiques et les monstres des « Tentations de saint Antoine » ou des a Sabbats » des peintres flamands, serait le
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fauteur des plaisanteries burlesques, si fréquentes dans les maisons hantées.
En somme nous aurions affaire, d'après les occultistes ces rêveurs, à des demi-morts ou à des demi-yivants.