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SIMULATION ET SINCÉRITÉ

La difficulté n'apparaît point pour cela toute tranchée. Le « médium » est généralement un sujet entraîné aux pratiques du spiritisme et de l'hypnotisme ou un hystérique qui ne se rend pas compte des funestes privilèges de son détraquement. Par malheur, de telles personnalités sont volontiers mystificatrices. Je ne parle pas surtout de la simulation grossière qui consiste à tromper consciemment, mais d'une simulation plus insaisissable par laquelle on trompe sans le savoir et avec une demi-sincérité ou même une sincérité entière qui déroute les novices expérimentateurs. J'ai connu, par exemple, une hystérique déclarée qui, domestique, se plaignait à ses maîtres des mauvaises farces d'un

esprit malin qui la tourmentait. «* Il renverse mes sauces, disait-elle, cache les objets dont j'ai le plus besoin, ouvre tout à coup les portes que j'ai soigneusement fermées... » Cette femme était très véridique et très malheureuse. On l'observa et Ton ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle même ouvrait les portes, renversait les sauces et cachait les objets. Seulement elle l'oubliait aussitôt, et, se trouvant en face d'un fait dont elle n'avait plus connaissance, elle l'attribuait à un agent extérieur et inconnu \ . .

LES MIRAGES DE l'iMAGINATION ET l' HALLUCINATION COLLECTIVE ACCROISSENT LES TROUBLES DES MAI- SONS HANTÉES.

Certains événements extraordinaires nécessitent une explication différente. Ils sont plus rares que ceux auxquels je viens de faire allusion, ils existent pourtant. Devant le médium cette fois

* Le D' J. Grasset, professeur de clinique médicale à T Université de Montpellier dans un livre fort prudent et bien documenté, Le spiritisme devant la science (de la p. 11 à lap. 70), rapporte une « histoire de maison hantée » des plus concluantes, d'après les notes très consciencieusement et très complètement réunies par son chef de clinique, le D" Galmette. Il en découle, selon les propres paroles du D^ Grasset, « que tout n'est pas fumisterie et que, sans évocations d'esprits infernaux et sans intervention de périsprit fluidique, il reste certaines choses, des mouvements automatiques involontaires et inconscients, qui sont déjà fort curieux et qui forment un chapitre vrai de science acquise, de physiologie démontrée. »

iomiobiie et inactif, des meubles se sont déplacés^ des chandeliers, des couteaux, des fourchettes, des vases, que sais-je encore ? sont entrés en danse et parfois se sont brisés, sansqu une force visible et déjà cataloguée les ait touchés et sans trac conscient ou inconscient. En ce cas, j'admets que chez certains sujets, où Téquilibre nerveux est détruit, les énergies naturelles, dont ils disposent s'irradient et suscitent des commotions comme les trombes électriques ou les caprices de la foudre. Le médium est encore l'occasion de rincident. Mais comment ? Les plus simplistes supposent que ses forces sensitives» motrices agissent hors des organes, projetées vers Tobjet. Ou bien induisent-elles, dans Tatmosphère, des puissances inconnues? Tout cela est obscur, mais ce que nous savons à n'en pouvoir douter c'est que là aussi, le médium éliminé ou guéri, le prodige s'arrête.

N'y a-t-il dans les maisons hantées (celles qui le sont vraiment, bien entendu, et qu'un subterfuge volontaire ou non ne rend pas bruyantes) que des secousses de forces psychiques? Je ne le pense pas. Autour d'un fait réel, souvent minime, l'imagination excitée tisse, comme je le disais au début, sa toile fantastique. Les cerveaux s'exaltent, la suggestion etrauto-su^estion s'emploient, l'hallucination collective s'en mêle ;

« ESPRITS » ET MfiDlUMS i7»

autour du noyau de réalité, les nuages brillants de rillusioQ s'enroulent.. De tels mirages ont lait longtemps répudier par les intelligences positives Tétude de ces forces inconnues ou déviées, tandis que la foule rit sans comprendre ou crie au mensonge... ou recommence ses vieux rêves de fées et de revenants.

QrELQITES EXEMPLES

Quelques exemples nous édifieront sur le merveilleux des maisons hantées. On sait que le s}ÂrLtisme (1^50) éclot dans un immeuble que les fameuses sœurs Fox rtimplissaient de rumeurs et de rappings. L'une de ces femmes d'ailleurs fit depuis des aveux complets et reconnut qu'elle avait triché. Elle n'en continua pas moins à recevoir une pension que lui servirent les adeptes crédules. Si Ton feuillette V Histoire du Merveilleux^ de Louis Figuier, ou les Annales des Sciences psychiques (1892) duD'Darîex, on y trouve les observations les plus intéressantes. Je n'insiste pas sur « le cas de la Constantinie » que M. Maxwell, substitut, analysa. Il s'en déduit que les accidents en quelque sorte traditionnels, coups frappés, bris de vaisselle, déplacement d'objets et même incendie, s'accomplirent en présence d'une servante de dix-^sept

ans, « petite, maigre, d'apparence délicate, » à la puberté retardée, dont la sœur est somnambule et dont la « famille passe pour un peu extravagante ». Le surlendemain de Tincendie, Marie Pascarel quittait le service de ses patronnes. Depuis lors, le calme de la maison ne fut plus troublé.

Deux cas récents méritent plus particulièrement notre attention; des médecins, à qui il était difficile d'en faire accroire, furent convoqués. Dans le premier cas, la fraude semble manifeste ; dans Tautre on pourrait trouver l'application de notre théorie sur l'ébranlement contagieux des Forces psychiques, magnétiques et électriques.

UNE PETITE FILLE QUI s'ÉTIRE

En février 1897, Yzeures (Indre-et-Loire) se flattait de posséder une maison hantée ; une enquête fut instituée où prirent part, si j'ai bon souvenir, entre autres personnalités, M. Georges Montorgueil, M. Gustave Kahn et le D'' Légué, auteur estimé de plusieurs livres d'histoire touchant au merveilleux. On remarqua la sonorité de rhabitation et les lectures qui prédisposaient cette famille à la croyance aux esprits, — les volumes d'Allan Eardec par exemple.

Le maire d'Yzeures, M. le D' Boutet^ m*expliqua

qu'il avait été d'abord surpris par les phénomènes : bruits de pas dans la maison, grands coups de poing dans les cloisons, etc.. L'Esprit évoqué avait^ parfois, indiqué l'âge d'une personne présente, mais choisie parmi des gens très connus de la fille de M. X...^ l'enfant dont la présence seule amenait la présence de l'Esprit; sur des points moins notoires, l'Esprit s'embrouillait et témoignait par des griffements dans le mur sa résolution de ne point répondre.

Une première séance ne donna pas de résultat concluant ; mais la seconde paraît décisive.

(( Le D' Légué était arrivé; nous recommençâmes : l'Esprit^ averti que nous partirions dans l'après-midi, accepta de travailler tout de suite. Le docteur examina la petite demoiselle^ qu'il diagnostiqua neurasthénique et impressionnable à l'excès. Il se plaça dans la chambre contiguë. Je demeurai dans celle où M^*** X... était étendue sur son lit. Je me rendis compte en une séance de deux heures que, tant que je restais en face du lit^ aucun bruit ne se produisait; que, dès que je sortais de la chambre, un coup de poing ébranlait la cloison. Je laissai la chambre vide, et regardai à travers la fente de la porte mi-ouverte, avec un jeune homme fort intelligent qui, la veille encore^ était convaincu de la réalité des phénomènes. Je vis que la petite fille observait curieusement ce qui se passait derrière cette porte. Je lavis se mettre en posture de frapper avec sa tête sur le bois du lit placé derrière le sien. J'installai une glace pour la surprendre. Je l'aperçus

soulevant la couverture qu'elle avait jetée sur elle (étant étendue sur le lit tout habillée) et raidir la jambe comme pour frapper le mur. J'entrai à cet instant et le coup ne fut pas porté; elle sembla s*ôtre étirée.

a Notre conviction était justifiée ; nous avions affaire à une enfantine simulation due à la lecture de quelque opuscule mal compris^. »

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