ET POURQUOI ILS SE SERVENT DE MÉDIUMS POUR COMMUNIQUER AVEC LA TERRE
En somme, G. P. n'est pas fâché d'être dans l'autre monde. <c Quand j'ai constaté que je vivais encore, j'ai sauté de joie! » Etplusloin : «Ditesleur que je ne suis pas mort, et que je voudrais les savoir aussi heureux que moi. Il n'y a pas lieu de « renverser le gril » {Kicking up a broil over nothing (c on sort du corps et tout est dit ! »
Il explique clairement sa nouvelle manière de communiquer avec ses amis de la terre.
— La pensée existe, dit*il, sans le corps ; elle continue à vivre quand il est dispersé. Elle est même plus libre ; mais, comme tout de même il faut un cer-
veau pour s'exprimer^ un médium devient nécessaire. L'esprit du médium s'en va, laisse son cerveau vide ; alors, moi ou un autre, nous venons et prenons possession du cerveau.
Phinuit, à son tour, exprime en des termes encore plus pittoresques la situation respective des vivants et des morts au moment du message spirite.
(( Il y a un pouvoir infini au-dessus de nous, Lodge, croyez-y fermement, un pouvoir infini et merveilleux. Un médium est pour nous comme une sphère lumineuse. Vous autres, vous êtes pour nous aussi obscurs et aussi matériels que possible; mais nous trouvons de temps en temps quelques-unes de ces lumières. C'est comme une suite d'appartements obscurs, avec quelques bougies à une extrémité. Naturellement ce sont là des comparaisons pour me faire comprendre; quand vous avez besoin d'une lampe vous vous en servez ; votre travail fini vous l'éteignez. Les médiums sont comme les fenêtres à travers lesquelles on regarde. Lodge, c'est une énigme. — C'en est une pour nous aussi, bien que nous comprenions mieux que vous. »
La simplicité de cette théorie ne saurait satisfaire les psycho-physiologistes modernes. Du moins tout semble se passer superficiellement comme le supposent G. P. ou Phinuit.
i22 LE MIRACLE MODERNE
ENCOMBREMENT « d'eSPRITS » ET COMMÉRAGES
En effet, le corps dépossédé de Mrs Piper est saisi par des forces multiples et différentes. Je Tai dit, il arrive par exemple qu*un c esprit » s*empare de la main droite de ce médium, un de la gauche (chaque main écrit en même temps un message différent); et qu'un troisième invisible s'exprime par la voix. Il faut se pencher soit vers la main, soit vers Toreille, selon que Ton veut se faire entendre de tel « esprit » ou de tel autre. C'est Pliinuit, le soi-disant médecin lyonnais, qui, généralement, conduit la troupe, même du temps de Pellew.
Parfois, sur cette scène encombrée, — j'appelle ainsi le médium endormi, — se précipitent des personnages de Tlnvisible, trop impétueux et trop loquaces. C'est une cacophonie, un mélange de mots et d'idées, où il devient impossible de se retrouver. Les lettres qu'écrivent ces morts bien vivants, trop vivants même, sont morcelées, saccadées, interrompues, parfois illisibles, comme si, là-bas, ils étaient redevenus des écoliers brouillons et impatients. On dirait encore ces communications du téléphone, où plusieurs voix s'entre-croisent, ou bien des dépêches qui se chevaucheraient l'une l'autre daus l'alphabet morse. Parfois même ils se querellent amicalement. Ils
ne s'en tiennent pas, comme les esprits d'AUan Kardec, qui sont « vieux jeu », au langage pompeux des métaphysiques. La plupart du temps, ils sont bien « Américains », abondent en vues pratiques. Il y a des potins dans leur monde comme dans le nôtre. Georges Pellew, à un moment donné, « débine » son camarade de TaU'delà, Phinuit, qui, cependant, fut son introducteur dans ce monde qu'il avait quitté...
Décidément, la jalousie, elle aussi, est plus forte que la mort...
— Je ne crois pas, écrit G. P. aux consultants, que vous deviez beaucoup demander à Phinuit maintenant. Il est porté à essayer trop de projets à la fois et il s'imagine entendre des choses qui ne sont pas à sa portée. C'est un bon camarade, mais il exagère un peu quand il est sombre. Ne lui dites pas que je vous Tai dit...
ALTERNATIVES DE LUMIÈRE ET d'eRREUR
Parfois Georges Pellew apporte des révélations foudroyantes et qui annihilent tous les doutes. A la première séance, M. Hodgson lui demande de rappeler quelques-uns des souvenirs qu'eux deux seuls possédaient en commun. Georges Pellew écrit par la main de Mrs Piper, sur une feuille du block-notes, sa communication, en tête de laquelle il met : Privale. Il détache la feuille et
la tend à M. Hodgson, qui en est tellement saisi qu'il tombe des nues. Georges Pellew aime d'ailleurs à faire allusion à d'intimes souvenirs d'enfance. Il rappelle à sa sœur que son violon, quand elle Tétudiait, le mettait hors de lui. M. X. avait Thabitude de fumer après chaque repas : « Allons, dit-il, prenez votre longue pipe. »
M" Piper ne s'en est pas tenue là, malheureureusement ; et elle est tombée dans les pièges que lui tendait son propre inconscient. En état de transe, elle se crut en communication avec Stainton Mosès^ TAllan Kardec anglo-saxon et avec les esprits qui le conseillaient pendant sa vie.
Imperatory le principal de ces émissaires de Tau-delà, promit de « réparer la machine » qui s'était sans doute à l'usage un peu encrassée. Mais avec des aides Hector et Prudens (deux appellations qui, en la circonstance, ne tinrent guère ce qu'elles promettaient), il fabriqua une maladroite imposture.
Voici comment.
Stainton vivant avait confié à Myers, — et à lui seul — les noms véritables que, selon leur propre dire, ces personnages, voilés sous des pseudonymes, auraient portés pendant leur vie terrestre. Or, le Stainton Mosès, l'Imperator, le
Hector, le Prudens de M*^ Piper questionnés à ce sujet en Amérique, — tandis que Myers était en Angleterre, — se flattèrent de révéler ces noms. Non seulement ils ne le purent; mais, prétendant les fournir, ils mentirent et en donnèrent de tout différents.
Comment ne pas reconnaître, cette fois encore, les illusions de la personnalité seconde, alors que la sincérité du médium ne fait aucun doute?