I.EFRANC, narquois
VA ton ieune frère de même?
ROBERT, évasif.
Oh! lui! A seize ans...
LEFRANC;, achevant.
On peut se débrouiller?
ROBERT
Tl me semble, du moins.
LEFRANC, avec force.
On peut faire semblant de se débrouiller, se figurer qu'on se débrouille, mais, par la même occasion, on peut prendre la mauvaise route.
ROBERT
A ton âge, les hommes voient tous la vie en noir.
LEFRANC
D'abord c'est faux, et ensuite, tu es bien la preuve qu'au tien, ils ne la voient pas tous en rose.
Moi, j'ai mes raisons...
LEjb'RANC, (jrnve
Mon fils, il est rare que l'on soit triste sans raisons. Quelles sont les tiennes?
ROBERT
Les miennes ? J'ai raté ma vocation.
LEFRANC, étonné.
Ta vocation V j'étais charpentier, tu es né et tu as été
élevé avec les charpentiers. Tu as appris ce métier sans manifester le désir d'en apprendre un autre ; et c'est à vingt-six ans que tu viens me parler de ta vocation?
ROBEBT
J'aurais dû rester au régiment.
LEFKAXr.
T'en ai-jc empêché?
ROBKRT
Non, mais j'ai subi comme presque tous l'attrait de la liberté. J'ai crié avec les camarades : Vive la classe! Aujourd'hui...