‹ Le mirage d'or; piece en un acteChapitre 7 sur 15 · JEANNINE, ANDRÉ BRÉCOURT JEANNINE · texte numérisé non relu

JEANNINE, ANDRÉ BRÉCOURT JEANNINE

Bonjour vous !

ANDRÉ

Bonjour, vous êtes seule ?

JEANNINE

Maman s'apprête. Elle en a pour un moment. Mais aussi vous arrivez à des heures.

ANDRÉ

Est-ce un reproche ?

JEANNINE

Oh ! une remarque... tout au plus.

Merci {un temps). Et tout le monde va bien ici ?

JEANNINE

Tout le monde. Et vous ?

ANDRÉ, s'asseyanl.

Peuh !

JEANNINE

Enfant gâté ! Sybarite ! Personne n'a une vie comme la vôtre : loisir, bonne santé, pas de soucis...

ANDRÉ

Moquez-vous, moquez-vous. . .

JEANNINE

Vous n'avez pas honte de vous plaindre! Ah! vous devriez connaître la vraie souffrance !

ANDRÉ

Comme vous dites cela !

JEANNINE

Je dis cela comme je le pense. Et vous n'avez pas à médire de la vie. Voilà.

ANDRÉ

Ah! si vous saviez! On croit qu'on s'amuse! C'est sur Je moment, et puis après on se dit : comme j'ai été bêle !

Allons, remontez-vous, sapristi ! Vous avez sans doute assisté à un enterrement ce matin... ou à un mariage. Ah! cela vous t'ait rire... Je vous aime mieux ainsi.

ANDRÉ

Alors, je me fige dans un sourire éternel !

jeannim; Taisez-vous! Vous seriez affreux!

ANDRÉ

Ah! que vous êtes délicieuse ! Vous avez la verve et la désinvolture de la jeune fille moderne. Et puis on peut vous parler de

tout... en tout bien tout honneur, et vos réponses ont quelque chose de... mystérieux, de... décidé, de... provocant.

JEANNINE

Vous trouvez ? Ah ! que vous êtes drôle!

ANDRÉ

Pas du tout. Je ne badine pas. J'ai beaucoup de sympathie pour vous. Cela se voit d'ailleurs. Oscrais-je vous demander ?

JEANNINE

Si j'en ai pour vous ?

ANDRÉ

Juste !

JEANNINE

Mon Dieu... Mon Dieu... oui, d'une certaine façon ..

Pas de toutes les façons ?

JEANNINE

Oh! vous êtes gênant... Eh! bien, oui! voilà, êtes-vous content?

ANDRÉ

Mais, si je suis content! Plus que content : flatté, heureux et tout à coup, je vois luire un espoir. Aimer une femme et en être aimé...

JEANNINE

Penh! les grands mots! Vous avez aimé tant d'autres femmes! Tenez... rappelez-vous, vous m'avez même faitdes confidences... ou presque. La rue Lépreux?

ANDRÉ, se levant et se promenant dans la pièce.

Ma garçonnière? Ah! oui. Elle est gentille...

JEANNINE

Comment, vous l'avez encore?

ANDRÉ

J'ai cette chance.

JEANNINE

Cette chance?

ANDRÉ

Mais oui. Elle est prête. Elle m'attend.

JEANNINE

Ah! il y a quelqu'un qui...

Personne... personne. Elle est vide comme ma main.

JEANNINE

Alors? pourquoi « cette chance » ?

ANDRÉ

Vous ne devinez pas?

JEANNINE

Vous attendez quelqu'un?

ANDRÉ

Oui... oui, c'est cela, quelqu'un. C'est-à-dire pas dans le sens où vous l'entendez. Voyons, Jeannine, vous êtes intelligente, vous n'avez pas de préjugés...

JEANNINE

Non, pourquoi?

ANDRÉ

Je vous demande ça d'abord....

JEANNINE

El après, qu'est ce que vous allez me demander?

ANDRÉ

Bah! je ne sais pas moi...

JEANNINE

Oh! Alors!

Plutôt si, je sais, jp sais... mais je n'ose pas vous dire ça de but en blanc, je ne sais si vous consent iriez ;.;

18 LE MIRAGE d'()R

JEANNINE

C'esl une méchanceté?

ANDRÉ

Non... qu'allez-vous penser...

JEANNINE

C'est grave?

Non plus.

C'est un crime?

ANDRE

JEANNINE

ANDRE

Encore moins. Ecoulez-moi Quand un homme et une femme jeunes, libres tous deux, s'aiment... mais là, sérieusement, que doivent-ils faire, Jeannine, diles... je veux que ce soit vous qui me disiez. .

JEANNINE, troublée.

Vous voulez que je dise, vous voulez?

ANDRÉ

Mais oui.

Oh! non, je sens, je vais être ridicule. Eli! bien, mais c'est simple, je leur dirais... je leur dirais... je leur dirais de s'épouser, voilà...

ANDRÉ, décontenancé.

Ah?...

JEANNINE

J'ai dit une sottise?

ANDRÉ

Oh! non... non... au contraire.

JEANNINE

Vous avez l'air tout drôle. J'ai parlé trop vite? Tout à l'heure vous étiez gai, plein d'entrain, et voilà que vous croulez comme un château de cartes. Qu'aurais-je dû répondre?

ANDRÉ, prenant un parti.

Voyons, ma petite Jeannine. Je veux vous parler avec franchise, en toute sincérité. Ce que je vais vous dire va vous paraître dur, cruel, injuste. Eh! bien, ma petite Jeannine... je vous aime, mais j avoue que vous m'avez trompé!

JEANNINE

Je vous ai trompé? Moi !

ANDRÉ

Oui, votre allure libre, le pimenlé de vos propos, le mépris des pudeurs ordinaires aux jeunes filles, tout votre être, enfin, disait une âme un rien libertine. L'intimité entre nous grandissait, la jeune fille disparaissait pour faire place à la femme. Je vous ai crue coquette... un peu... enfin... je me suis trompé. Je vous l'avoue, je me suis trompé. J'ai pris le marivaudage pour de la galanterie. Alors, oh! mais cela devient inexprimable, j'avais cru...

JEANNINE, farouche.

Que j'aurais été votre maîtresse. Dites-le donc! Mais n'êlesvous pas honteux? Comment osez-vous avouer cela? Votre maîtresse, n'est-ce pas, mais pas votre femme... et je sais pourquoi, vous n'avez pas besoin de le dire. Maman avait raison. Et vous osiez me parler de votre garçonnière; mais vrai, je ne vous reconnais pas.

ANDRÉ

Jeannine !

JEANNINE, gagnant peu à peu la porte.

Oh! ne me parlez plus !

ANDRÉ

Jeannine !

JEANNINE

Ne vous défendez pas... non, je sais d'avance tout ce que vous me diriez. Vous avez fait votre métier d'homme. Je ne vous en

veux pas {elle sort).

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