ANDANTE
Le crin des longs archets mord aussi notre cœur, Bcthovc, et le sanglot de ta longue souffrance Emplit notre âme encor d'ineffable langueur, Et se prolonge en de profondes résonnances.
Du chaos de l'orchestre où chantent tant de voix Vers un ciel nuancé de couleurs indécises Se déroule d'abord comme spirales grises La tristesse légère et fine des hautbois.
Comme le bruit lointain d'une source sonore Du haut des harpes d'or les notes jaillissant Font le bruit cristallin des anciennes mandores Ou des luths que les dieux s'en allaient caressant.
La sveltesse du thème attristé, le murmure Des flûtes chuchotant des aveux ingénus, Tout se mêle et voici qu'on ne distingue plus Qu'un tumulte croissant d'angoisse et d'aventure ;
Les désirs, les remords, les chants voluptueux Fusent confusément comme dans un bruit d'aile Et le grave regret des lents violoncelles Pénètre doucement l'andante douloureux.
Un chant claircependantgranditdansl'ombre etmonte Ainsi qu'un long jet d'eau par dessus les bassins, Le violon respire, enfle la voix, surmonte L'incertaine rumeur des instruments voisins,
Et comme en paraissant un jeune dieu s'impose, S'insinue en nos cœurs le jeune virtuose :
Par lui nous défaillons comme sous un baiser Qui nous épuiserait, et ses longues tenues Font tressaillir parmi nos âmes suspendues De minces fibres d'or effilé si ténues Qu'on les dirait toujours prêtes à se briser.
Quand il frémit, on croit qu'une main féminine Se joue en nos cheveux avec des doigts légers, Et Ton ferme les yeux à demi pour garder L'austère expression d'une extase divin» ;
Mon visage inondé de pleurs silencieux Se penche en savourant son cantique suave, Je me sens la pâleur délicieuse et grave D'un amoureux fervent écoutant des a\
Je suis comme un enfant dans ses langes natales,
Mon sang tumultueux s'apaise, je souris
Au rêve intérieur de mes songes fleuris
Et m'abandonne au gré des ondes musicales...
Soudain de lents hautbois reprennent tour à tour Sur un mode mineur leurs plaintes trop subtiles, Et comme exaspéré de tendresse inutile Le bois des violons se déchire d'amour.
Ah ! cris aigus des chanterelles douloureuses ! Dernier sanglot, semblable au spasme, rire amer, Cordes, vous souffrez donc comme mes propres nerfs Que vous hurlez ainsi dans les heures affreuses !...
Qu'on laisse maintenant planer de grands accords, De blancs accords pareils à des envols de cygnes, Je sens déjà flotter une douceur insigne Et le calme descendre en moi comme la Mort.
Tapis de haute lisse où le musicien
Comme un peintre retouche une ébauche incertaine,
Le prélude s'estompe en douceur et s'enchaîne
A l'andante déjà plus grave et plus humain.
Esquisse vague ainsi qu'un mirage qui bouge, Il s'y pique bientôt des touches de couleurs, Des personnages fins, des guirlandes de fleurs, Et des tonalités chaudes comme du rouge.
8o LA MUSIQUE
Je m'enivre à saisir l'ingénieux dessin Du thème mélodique où le chant s'ingénie A faufiler d'or clair l'incessante harmonie Des basses dévidant du brouillard doux et fin,
Et mon plaisir parfois d'ordre géométrique Scrute l'orchestre ainsi qu'une démonstration Où j'écoute chanter dans les vibrations Des nombres ignorés l'accord mathématique.