‹ Le Mirliton (volume 2)Chapitre 8 sur 69 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Je ne puis m'empècher de sourire en écrivant ce titre pompeux et vieillot.

Et surtout Préface aux chansons de Bruant! In comble, comme disaient nos pères.

Quelle singulière idée a donc eue l'ami Bruant de (aire précéder ses chansons dune préface quel drôle de mot), et quelle plus singulière encore de m'en avoir chargé !

Enrin, j'ai promis, je dois m'cxécuter.

A moi. ma bonne plume de Tolède, c\prè- /açnns avec l'émotion inséparable dun premier début.

J'ai fait la connaissanced'ArisiideBruant dans des conditions que je n'oublierai jamais.

C'était, si j'ai bonne mémoire, en septembre i8So. Nous étiims partis à pied, quelques camarades et moi, de Bois-le- Roi à Melun.

Non loin de ce chef-lieu, nous nous assîmes, un peu fatigués, dans un petit bois, et nous devisâmes doucement des plus hautes questions esthétiques ou amoureuses, je ne me souviens p;is bien.

Tout à coup nous vint du lointain une grande clameur adoucie par la distance, mais d'unegrande harmonie et d'un rvthme agréable.

Nous écoulions, étonnés et charmés, quand l'un de nous hasarda :

— Ce doit être des soldats qui chantent.

En ctlct, au loin dans la route, apparaissait un poudroiement de troupe en marche. I.e régiment se rapprochait en chantant, et bientôt nous piimes lire sur les collets le numéro i i.^.

C'était en eflet le ii?* de ligne qui passait, recelant dans ses tlancs une foule de joyeux réservistes parisiens, et le i i .'•'

qui passait chantait une chanson dont le refrain était :

\"là l'i i3* qui passe.

Bon Dieu, quel rcgiment!

Faut qu'ça pète ou qu'^a casse Quand il marche en avant.

Et le 1 1 3' passa, marchant en avant, sans que rien, d'ailleurs, eut pété ou cassé.

Nous étions restés sous le charme de celte chanson exécutée avec un ensemble et un brio incroyables par tout le régiment.

Le soir, comme nous félicitions un othcier sur le bel entrain de sts hommes, il nous répondit :

— Nous devons s'a î* "" Parisien qui fait ses 28 jours chez nous. Ce bougre-là lerait marcher des paralytiques avec ses chanson-:. C est a croire qu il a avalé un clairon.

Le bougre en question était Aristide Bruant, alors me'letaire, mais, à part <a, chansonnier, interprète et éditeur de ses propres leuvres.

On nous présenta ce Tyrtce de la réserve. Je dois même a|outer que son accueil fut dépourvu d'effusion. Il méprisa profondément ces pékins qui ne faisaient pas leurs 2S jours comme lui.

Depuis sa periiide d'instruction, je n'avais jamais revu Aristide Bruant, quand, un beau soir, je le vis entrer au cabaret du Chat Xoir. Immédiatement je le reconnus à sa tète de Bonaparte, mais d'un Bonaparte qui n'aur.iit pas pris de k'sons de mainiien a Briennc.

Bruant nous chanta tout ce qu'on voulut, de sa bonne voix chaude et métallique, avec sa fa^on un peu naïve de s'emballer lui-même, de tout cœur, dans ses propres chansons.

Comme interprète de ses chansons ou des chansons des autres, je place très haut Aristide Bruant dans l'Olympe du Café-Concert.

C'est une nature, comme on dit au thé.Ttre, et si j avais une comparaison a risquer, ce serait la grande Iherésa qui me la fournirait.

Comme Thérésa. Aristide Bruant phnsc largement et simplement. Sans recherche et sans etVort apparent, il dégage une grande impression puissamment dramatique.

.\ristide Bruant plut vite au public du Chat \nir, public difticile pourtant et blasé.

C'est qu'on s'aperçut qu'il y avait autre chose en Bruant qu'un fournisseur de café-concert. On vit le poète qu'il était, non pas un poète éperdu dans V azur infini, mais un artiste épris des tableaux de

la rue, les vovant bien et traduisant ses impressions cfans des formules à la fois très simples et très fidèles... comme qui dirait un impressionniste de la chanson. Ecoutez ce couplet :

Quand a s'balladait sous l'ciel b'ei Avec ses ch'veux couleur de feu, On croyait voir eiine auréole A Batignolle.

N'est-il pas très japoniste, ce petit coin de tableau parisien?

Et cet autre dans la Noire, une chanson de route qui fera vite le tour de l'armée française :

Son haleine comme sa peau A des senteurs de fruit nouveau; Quand on aspire entre ses dents, On croit respirer du printemps.

Ne trouvez-vous pas comme moi que ce couplet amoureux et attendri révèle en Bruant le poète exquis à ses heures, ne cherchant pas du tout, comme on l'a prétendu, à se confiner dans les bas-tonds parisiens !

Ne vous fait-il pasleffet, ce pv^tit quatrain dans la chanson militaire, dune clématite qui grimpe après des clairons .-

D'ailleurs, chacune des chansons de Bruant est un petit poème consciencieusement observé et rendu avec une fantaisie pleine de joie et de bonne santé.

On sent que dans les veines de ce Parisien gouailleur coule un généreux sang de Bourguignon honnéie ei bon enfant, et, sans prétendre qu'on distribue les chansons de Bruant dans les pensionnats de jeunes filles, on peut affirmer que son (cuvre est propre et morale, au vrai sens du mot.

Tout le monde lui a conseillé de réunir en un recueil ses refrains du Chat Noir.

Bruant a eu raison découterce conseil : a-t-il été aussi bien inspiré en me demandant d'en écrire la préface?

La postérité jugera, mais dans tous les cas je n'ai pas hésité à le faire, tant je suis heureux d'accoler mon nom à celui d'Aristide Bruant, le bon poète et le joyeux chansonnier.

ALPHûNst; Allais.

REFRAIN DE MAIGRIOU

Gens de ville et de faubourg bisi, (jcns de boutique et de cour ibis), Gens sans reproche et sans peur, Kcoutez chanter en chœur le refrain de Maigriou :

Miaou! Miaou!! Miaou!!! Miaou!!!!

Nous nous foutons des riclies.

Nous leur taisons des niches.

Et nous chantons, le soir.

Au cabaret du Chat noirl [bis]

Vierges folles de Paris {bis) Qui répondez à nos cris bis).

Restez avec vos matous, Nous ne chantons pas pour vous Le refrain de Maigriou :

Miaou ! etc..

Vous, les classes dirigeants [bis), Vous qu'on dit intelligents [bis).

Jamais vous ne comprendrez', Jamais vous ne chanterez Le refrain de Maigriou :

Miaou ! etc..

Et vous, les Non possumus [bis), Qui dites des Orcmus{bis), Votre programme est trop vieux.

Notre Père aimerait mieux Le refrain de Maigriou :

Miaou I etc..

Frères, qui dites de nous : [bis) Ce sont des toqués, des fous {bis\.

Nous ne vous répondrons pas Puisque vous chantez, tout bas, Le refrain de Maigriou :

Miaou! etc..

Jean l'Académicien (è/5\ Il ne taut jurer de rïen... (bis) Dans vingt ans, peut-être avant.

Nous chanterons, sur ion banc, Le refrain de Maigriou :

Miaou ! etc..

b'iurc, r.ni> f'c m\W ci i , , t^rj, r.ti., rfe

biui • tiqur fl de l-Mir, («ru» <1c buu . lti|Ur e1 dr

Iri, tLj.,t«T rii '1:91, Lr rc . fr-mi îr >Ul<(ri

.Voir, Au m . b* • trt du fkat >uir.'

Mnnt-martrf, ti<>(,

Ahistiok Bruant.

Grande Fabrique de Vélocipèdes P. FAGEOT Aîné

CONSTRUCTEUR BRBVBTÉ S. O. D. O.

Page 1