LÉGENDE
ENTRE LES MONTS (i)
à Edmond LEPEtLl TIER.
Tic, tone.
Que le ciel bleu moutonne
Ou que la foudre tonne.
Tic, tac.
De l'automne à l'automne, Chaque moulm chantonne Tie. tac,
Chaque moulin chantonne Son rhythme monotone, Tic, tone!
Noirs et redoutables tous deux.
Géants superbes et hideux.
Dans la nuit sombre de mystère Deux monstres jaillissent de tare!
Ils se toisent en se bravant.
Et la fureur qui les forcené Fait claquer leurs ailes au veut Par dessus le cours de la Seine.
L'un surgit en aval, V autre pousse en amont Et contorsionnés de rages diaboliques f
L'un à l'autre il se font de grands gestes
\ obliques Lançant le bruit de leurs répliques Entre Montmartre et d'Orgemont.
Tic. tone, etc..
Infernales chauves-souris, Ces monstres aux larges vols gris.
Par leurs ombres ensorcelées 1 errifièrent les va lices.
Puis, un beau jour, soudainement Leurs deux gigantesques poitrines Sans qu'oit sût pourquoi ni comment, expectorèrent des farines.
Ou les bénit pour en expulser le démon- Et brûlant de l'encens à pleine cassolette, On vint les baptiser en pompeuse toilette.
L'un prit le nom de la galette, Et l'autre celui d'Orgemont. Tic, tone, etc..
(I) Extrait de nos NOS PLAIES.dc Paul Roixard. Dépôt principal : Guillosou, 4-, rire Boursault. Paris.
Mais, maigre l'encens des dévots.
Les moulins restèrent ri: aux lit. comme deux oiseaux rapaces, Si disputèrent les espaces.
Chacun dans son coffre en sapin Cloue, comme cadavre en bière, L'un broyant le blé, fit du pain ; L'autre, avec l'orge, fit la bière.
I), s lors, . hacun des deux, en arrêt sur sou
| mont,
Triture sourdement ses diverses besognes.
l'un donne à mordre aux gueux, l'autre a | boire aux ivrognes, lit l'on se traite de carognes Entre Montmartre et d'Orgemont.
Tic, tone. etc.
L'un combattant pour les vilains
lit l'autre pour les châtelains.
Suivant la haine séculaire Des puissants et du populaire.
Depuis la féodalité Jusqu'aux guerres religieuses, L'un contre l'autre ils ont lutte.
Pleins de rages prodigieuses, Tenant pour la d'Estrce ou pour la de
Grammont.
L'un fut aux parpaillots et l'autre an*
| catholiques.
Sans cesse, ils ont heurté leurs grands gestes
| obliques.
Et leurs éternelles répliques Entre Montmartre et d'Orgemont.
Tic, tone, etc..
Ce duel de haine et de renom Finit par des coups de canon :
lit, dans les jours de représailles Où Paris fut pris par Versailles Leurs bras démesurément longs D'où partaient de grands jets enflammes Semblaient, par dessus les vallons.
Croiser d'étincelantes lames.
Enfin, chacun quittant son air de rodomont. Désireux d'une vraie et bonne République, Pour l'embrasser étend vers l'autre un bras
| oblique.
Et la musique au chaut réplique Entre Montmartre et d'Orgemont.
Tic, tone,
Que le ciel bleu moutonne Ou que la foudre tonne.
Tic, tac.
De l'automne à l'automne Chaque moulin chantonne
Tie, tac.
Son rhythme monotone.
Tic, tone I
Paul ROINARD.