CHEMIN DE FER DU NORD
Les relations entre Paris et Bruxeli retour sont assurées par quatre services d'express dans chaque sens :
Les départs de Paris ont lieu à 7 h. 30 du matin, 3 h. 50, 6 h. 20 et 10 b. 15 du soir, et les arrivées à Bruxelles à 1 h. 55. 10 h. 27. li h. 52 du soir et 5 h. 18 du matin.
Les départs de Bruxelles son! fixés a B h. :: I
9 h. 15 du malin. 1 h. 20 du soir et minuit et les arrivées à Paris à midi 33, 5 h., 0 h. 40 du soir et ii h. 10 du matin.
Le Gérant : A. Bruant.
Imprimerie Ch. Dumont, 28, rue Stiot-Uun,
le MiatiTON
Il y eut un moment d'hésitation dans l'enavant de la troupe...
En groupe ils s'approchaient ; alors bondissant à droite, à gauche, le turco tirait, tirait et chaque balle atteignait son homme — il avait le coup d'oeil sûr.
Il était légion.
La troupe encore une fois recula, le gros des forces fut prévenu, la cavalerie déployée, des mesures prises comme pour attaquer des bataillons entiers retranchés là derrière les cépées silencieuses — des mesures de grande bataille.
La forêt se taisait, les Allemands profitant du répit, assujettissaient leurs baïonnettes à l'extrémité des fusils.
Une clameur... en avant! c'était la charge. Ils se ruèrent, tête baissée dans les broussailles. Comme un chat-tigre sautant, grimpant, se défilant, le turco chargeait, tirait et rechargeait sans relâche — démon noir avec ses yeux flambants, ses dents blanches, découvertes au satanique plissement des lèvres contractées, son cri rauque de fauve traqué.
Belle fête pour lui, et héroïque !
La forêt s'allumait entière; dans toutes les directions les Allemands tiraient sans voir, sur des ennemis qui n'existaient pas. Tout le corps d'armée se disposait à la lutte- Mais ils avaient beau batlre les buissons... rien, la rage les prenait à la gorge, ils se battaient avec les arbres.
Derrière eux tout à coup, un éclair, une balle, encore un qui roulait, et sautant par-dessus le cadavre, insaisissable, lentement, le turco reculait.
Leur fureur était au comble. Maintenant les canons tiraient dans l'enfilée de la route se déroulant, nue, comme un large ruban blanc. C'était l'ouragan de fer et de feu soufflant en diabolique tourmente, cassant les branches, sifflant, froissant les dernières feuilles restées aux arbres, accompagnant les clameurs des soldats.
Il y avait trois quarts d'heure que la lutte durait, le turco chercha dans sa giberne — plus rien — il jura, c'était fini de rire.
S'élançant en arrière, il se piaule droit au milieu de la route, brandissant son fusil audessus de sa tète en un formidable moulinet.
Sa silhouette sur le sol gris le fait paraître
plus grand. Aucun n'ose s'approcher un
boulet passe, le turco tombe.
Surgissant des buissons qui bordent la route, comprenant la ruse de ce sauvage qui leur a fait perdre un temps précieux, comme des chiens à la curée, les Allemands se précipitent sur lui et leurs baïonnettes s'enfoncent en pleine chair. Un officier excite la meute de ses cris.
Alors, dans un dernier ressaut, se dressant, les vêtements en lambeaux, demi-nu, les yeux injectés de sang, de la bave aux lèvres, terrible,
il les écarte, encore puissant, et sur la face de l'officier vient tomber un crachat.
En un long ricanement de haine, de mépris, de triomphe, battant l'air des bras, enfin terrassé, vaincu, le turco hurle :
Salauds !...
E. Saint-Colas.
DEVWTIHE DU (1H.1MI TEKIE
La queue en tire-bouchons, Le prix d'honneur des cochons Dort, le grouin dans la paille.
Sous l'œil charmé du passant Qui s'arrête et rit, pensant :
« Joli sujet à ripaille ! »
Énorme et plein comme un œuf,
On l'a remis tout à neuf
Et fait beau pour le supplice ;
Sarcey (Francisque) verrait
Avec envie et regret
Sa chair, que la graisse plisse.
Devant la porte étendu, 11 ronfle comme un perdu.
Beau d'ampleur et d'indolence ; Resplendissante au soleil, Sa médaille de vermeil Sous sa gorge se balance.
Dors en paix, mon pauvre vieux:
Encor plus en paix et mieux, Tu dormiras tout a l'heure, Quand le fer aura, tout vif, Détruit en ton cœur naïf L'espoir fou dont il se leurre.
Vivre ' Aimer .' Ne crois pas ç i ; L'homme veut ton sang, en s i Féroce et sombre démence !
Oh, lâche amour du jambon !
Monsieur Grévv, toujours bon, Te restera sans clémence !
Et demain le persil vert Ornera ton ventre ouvert Devant la foule accourue :
Indifférents, nous verrons Ton sang pur, couler en ron \ Sur l'asphalte de la rue !
Adieu donc! pour l'inconnu, Embarque, jeune ingénu \ j i irderai ta mémoire.
Que t'importe le trépas,
Tu ne t'en vas ,lu moin ■ pas Sans avoir connu la gloire !
Georges Coi hteline.