MAGNÉTISME
i rteline.
a De toutes L sions poignantes dont nous
sommes avides, de tous les tremblements nerveux ébraux que nous recherchons en radin-
décadence, nul ne peut produire d'effet plus sai-isque la communication directe avec les esprits hantant les étbers, impalpable», délivrés de la maig nant avoir des rapporta avec nous.
Pan- l'ineubstantialité de ces relations où les seules se rencontrent, d'étranges frissons se communiquent à nos moelles, et par l'intermédiaire des nerfs s'étendent aux corps en rapport direct ave-- !'..■•
« Les tables tournantes sont l'enfance de l'art, la conversation par l'alphabet avec l'âme évoquée — qui ne fait pas de faute- d'orthographe — n'est qu'un degré dans l'acheminement vers le rapport simple et sans l'intermédiaire de la matière l'être voulu, incapable de résister à notre évocation - Scientifiquement, li - n sultata sont connue
-. mais défiant toute explication humaine. Les Brahmes, dans l'Inde, peuvent imposer leur volonté a des millions d'êtres, dans le même temps, à la même heure, et des gène tendent que la révolution contre les Anglais n'eut pas d'autre cause. »
l'n éclat de rire accueillit ces mots. Jean avait l'air et les allures d'un prophète en nous contant mais aucun de nous n'y croyait. Déjà, à plusieurs reprises, il nous avait conté de fantastiques histoires auquelles nul d'entre nous n uter foi.
Ceci se passait ,i Yarangeville, un village dégringolant entre deux trouées de falaises base vertes de verdures. — un joyau de la riche Normandie, — à la fin d'un déjeuner qui remues artistes. L'eau-de-vie de cidre aidant, on ■i ait joyeux, et le discours de Jean n'était pas fait pour arrêter les rires d'incrédules de notre trempe.
Aussi, ti sa :
— Puisqu'il doit eu être ainsi que tu le aeax, et que par le magnétisme pratiqué à distance, sans la rencontre, ou du moins le contact immédiat
, tu peux diriger la volonté de quelqu'un. toi donc aimer ce soir même, au coucher du de la belle M X"". à qui la faveur même d'un is facile à arracher.
— ("est. dit Jean, tenter le diable qu'entreprendre une semblable expérience.
Gontran, pour le décider, conclut :
— Tu sais bien que le diable est des nôtres. L'amour-propre de Jean était piqué au vit', le
prophète se retrouvait, voulant prouver la vérité de ; rine, i I prononça :
— Soit, à ( ix Cheminées, mais, quoi qu'il arrive, ne vous montrez pas. ne dites pas un mot, le réveil brusque déterminerait une mi rt infaillible.
Les '• un éboulis «le roch -
par la nier, a cinq minutes de Yarangeville.
LE MIKI.ITOS
M11, X*** venait à Varangeville depuis de longues. années avec sa famille. On l'avait connue enfant, on l'avait vue grandir, et elle était devenue la splendide créature que nous admirions aujourd'hui.
Elle se sentait chez elle dans ce pays intime où Ions se connaissent, et n'éprouvait pas la nécessité d'y contraindre son allure aux conventions des plages guindées. Simplement vêtue d'une robe matelot dégageant le col, elle laissait ses cheveux très longs couler comme un fleuve d'or sur sa nuque ambrée et le long de sa taille souple.
Elle causait à tous d'un ton égal, joyeusement) librement, en camarade, sans avoir l'air de prendre garde à l'admiration excitée, aux intonations tendres des voix qui lui parlaient.
Ses yeux immenses, bleus, semblaient se confondre au-delà de vous avec le ciel, leur reflet.
Aucun ne pouvait se vanter qu'elle l'eut regardé avec plus d'intérêt qu'un autre, malgré les efforts de chacun pour se distinguer.
Trop belle pour n'être pas indifférente.
Il y avait une cruelle impiété à s'attaquer à pareille vierge, mais tous doutaient du résultat annoncé, si nous a\ ions su. . .
A l'heure, nous étions aux Cheminées, tapis, dissimulés derrière les broussailles roussies de soleil, accrochées aux flancs de la falaise bouleversée en cahop.
Le ciel, gris au-dessus de nos têtes, plus loin opalin, s'affirmait rouge à l'horizon, barrant la mer verte vers qui lentement il comme une
boule étincelante h- soleil incandescent.
Grandi dans la lueur fantastique des couchants, debout, immobile, Jean attendait, l'œil fixe.
Cel homme ■ royant, dressé devant la nature àqu il allait commander, prenait de terrifiantes proportions eu nos esprits surexcités.
Par le sentier grimpant au long de la falaiseï comme une apparition, M1' X''' surgit.
Le sentier était < u pente douce, e1 nous la vîmes peu a peu m; dresser au-dessus de l'arête \ ive de la 'alaise. Ses cheveux rutilaient SOUS les cl
tes du soleil, son visage transparant s'égayait d'un sourire pâle, tandis qui es yi ex démesurément ouverts s'attachait a •!« an toujours immobile.
Puis elle vint, à lui, marchant doucement, sans secousse, comme glissant — adorable pectru — dans l'atmosphère irradiée, et si i ipuj èrenl
a ses I'
l'n frisson nous courut les os; quelle infamie avions-nous commise en déliant cet homme qui ii se l'ai bèir des êtres par la seule concentration de sa volonté.
■Jean avait sui ni toujours l'hypnotisée,
il avait entouré sa taille de ses bras, et tous doux
enlacés restaient à contempler le soleil mourant dans les Ilots.
Puis leurs lèvres s'unirent a nouveau, longuement, lentement; nous eûmes peur que les sens éclatant victorieux ne lissent perdre toute raison à notre ami, le grand effroi d'une infamie dont nous serions la cause s'empara de nous, et comme ils semblaient s'étendre pour des amours défendus sur les gazons d'or roux, ayant honte de nous-mêmes, du soleil, de la mer, à la face de qui nous laissions la vierge sans volonté succomber à l'étreinte de l'un de nous, nous allions bondir, quand Jean, d'un geste, nous arrêta.
Puis lentement, derrière la falaise, ils disparurent. nous nous approchâmes, et le vîmes souiller violemment sur le front de M:;" X"".
Elle battit des paupières, se passa la main sur les veux comme une personne au réveil, tandis que Jean nous rejoignait.
Et nous entendîmes un cri poussé par une poitrine angoissée, mais cri chargé cependant de toutes les tendresses d'un cœur :
— Jean! Jean! criait M"" X*'*.
— Voilà le moyen, nous dit simplement Jean, et maintenant je vais la demander en mariage.
Heureux Jean ; nous avons tous i ssa; ■'■ ce moyen infaillible, nous n'avons jamais réussi.
Allez donc conclure???
E. Saint-Colas.