QUI GRELOTTENT L'HIVER
Voici l'hiver et son manteau de glace.
Le vent du nord, de son souffle mordant, Pique le bon bourgeois qui se déplace Emmitouflé d'un paletot prudent.
Chauds! les marrons. Les gamins vont rôdant Près du fourneau de l'Auvergnat rustique. C'est bien l'hiver: à moins d'être sceptique, On est gelé quand on n'est pas couvert. Dans leurs haillons d'allure romantique, Les pauvres bougres ont bien froid l'hiver!
Mornes, ils vont, et la démarche lasse, Ces gueux qu'on voit partout se balladant. Tandis que l'un s'abreuve de Wallace, L'autre, affamé, couve d'un œil ardent Quelque pain chaud; celui-ci se perdant Avec amour en un rêve extatique, Croit dévorer un poulet authentique.
Ah ! s'ils avaient seulement le couvert! Pas n'est besoin de sommier élastique.
Les pauvres bougres ont bien froid l'hiver '.
Vous les heureux et vous les gens en place, Dans vos mai su n s. vous vous chauffez pendant Qu'eux vont traînant, sous le froid qui les
[ glace, Leurs membres las, sentant la faim grondant Et n'ayant rien à mettre sous la dent. Que faites-vous donc dans votre boutique, Faiseurs de lois, à l'aspect dogmatique? Sur tout et rien votre esprit est ouvert. Pendant que vous rabâchez politique.
Les pauvres bougres ont bien froid l'hiver.
Envoi
Dieu puissant, toi qui comme un bonze
[ antique, Vis entouré d'un calme hiératique, Le pauvre est là, tremblant, nucommeunver. N'entends-tu pas ce refrain pathétique:
Les pauvres bougres ont bien iroid l'hiver!
Grassouillet.
Notre collaborateur et ami Charles Leroy vientde faire paraître à la librairie illustrée, 7, rue du Croissant: Les malheurs du Capitaine Lorgnegrut. Ce volume, qui se vend 3 fp. 5© dans les gares et chez tous les libraires, obtiendra certainement le
Lecolonel lîamollot vient de partir pour un petit voyage d'une quinzaine de jo.. et Pinteau, se trouvant libre, en a profite pour décrocher an péquit congé qu'il compte passer dans sa famille.
Avant de lui accorder ce congé, le colonel n'a naturellement pas manque de traiter son soldat de carottier, de J...-1... et de noceur, mais il ne lui en a pas moins laissé un louis pour l'aider à payer ses frais de voyage.
Détenteur d'une somme pareille, venant se joindre à ses économies personnelles, Pinteau relevé le nez avec une majesté extraordinaire. 11 prend des airs importants, se dandine avec une grâce qui n'exclut pas le côté martial, et il juge inutilede se priver des bienfaits de l'existence, ainsi que des joies que procure la fortune.
11 enfile sa grande tenue, ses gants, et, en se rendant à la gare, il s'offre chez un épicier bien monté, une excellente bouteille debordeaux vieux falsifié à 1 franc, pour les besoins'de sa route.
Ricfie, Pinteau trouve qu'il serait vraiment stupide de fréquenter avec les pauvres b... des troisièmes, et il s'offre un billet de seconde, oùsqu'on se trouve avec du mondeplus mieux.
Arrivé de bonne heure. Pinteau choisit un coin dans une voiture libre, il y de; son léger bagage, puis il redescend sur le quai, et se plante à la porte même du wagon, pour que les voyageurs qui circulent voient bien qu'il ne voyage pas dans les compartiments bon marché.
A ce moment il aperçoit une nourrice fort appétissante qui semble chercher une place. Très roublard, notre gaillard s'écarte dequelques pas du wagon : la nourrice voit le compartiment libre, elle y grimpe avec son poupon, et sa tactiqueayant réussi. Pinteau. très ému, grimpe à son tour et referme la porte.
Des indiscrets la rouvrent, mais la vue du moutard les fait fuir et ilslarefennent vivement. On la rouvre et on la referme dix fios, enfin on siffle ettçhou! tchou ! tchou ! on part.
Militaire, nourrice tête-à-tête, poésie.
Pinteau n'est pas joli, joli, mais il a l'air d'un bon et brave garçon: de plus, sa physionomie se ressent de ses impressions agréables : le sac, en congé, et seul ! une créature du sexe, dedans un coin o qu'on est bien assi S.
Bien astique, superbe, il ne peut donc produire une mauvaise impression sur so compagne.
Quant a la nourrice elle est absolument gentille, fraîche, l'œil éveille, des cils étonnants, et des lèvres rouges comme des lises: toilette simple, mais non dépourvue de coquetterie, le pied mignon, la peau blanche, suffisamment grasse de partout
el très avantageusement pourvue des ustensiles spéciaux a sa profession.
L'impression produite sur Pinteau est inutile à préciser, on la devine aisément.
Pendant les premiers instants qui suivent le départ, Pinteau observe une altitude discrète, tout en jetant à la dérobée sur la nourrice des regards éloquents.
De son coté, la nourrice observe en dessous les allures du militaire, et elle lui trouve bon air..
Ils grillent tous deux d'entamer la conversation, mais sans qu'il y ait timidité de part et d'autre, ils cherchent mutuellement comment commencer, afin de ne pas dire une de ces choses banales qui restent ordinairement sans suite.
Comme c'est encore à Pinteau que la langue démange le plus, c'est lui qui se risque le premier.
— Fait chaud, nom de nom !
■ — Oh ! oui, par exemple !
La glace est rompue, soulagement sur toute la ligne; on se regarde en face et chacun se sent beaucoup mieux, et cent fois plus à l'aise que précédemment.
Pinteau s'intéresse d'abord habilement du péquit bourgeois, et la nourrice qui ne demande qu'à bavarder lui apprend qu'elle le mène pour quelques jours chez ses grandsparents qui désirent le voir et qui, vu leur âge, ne peuvent plus guère se déranger de leur pays.
Pinteau répond que lui il voilliage pour son agréablement.
La nourrice reprend que d'habitude elle reste à Paris, que quant à elle, elle est de la Bourgogne, et tout en causant, elle installe le petit bonhomme sur la banquette, où le bébé dort comme dans son lit. Pinteau a retiré ses gants, et à bout de son rouleau il répète sa première phrase :
— Fait chaud, nom de nom !
— Oh! oui, par exemple, répond de même la nourrice, qui, débarrassée du moutard, se met discrètement à l'aise, et passe sur son front un léger mouchoir blanc. Ft quand je pense que j'ai oublié mon panier!
— Yot'e panier! mais vous aureriez évu aussi chaud avec un panier.
— Je sais bien, seulement j'avais dedans une bouteille, et au moins j'aurais pu boire en route.
— Oh ! mais si ce n'est que ça , belle demoiselle, risque galamment Pinteau, rentassez-VOUS de regrets, j'ai là une camarade que je m'obligerai agréablement de vous offrir à fréquenter.
— Ma foi, monsieur, j'accepterai volontiers, car si vous saviez comme ça altère de nourrir! et puis avec ça, vous savez, je suis d'un pays où on ne méprise pas le vin !
— Je m'en doutais, ma belle amie, repond Pinteau qui se lance décidément dans la fine galanterie. Kl sans plus larder, il débouche sa précieuse bouteille, il essuie soigneusement le goulot avec le pan de sa tunique, et le sourire aux lèvres, il présente l'objet a sa compagne.
La belle amie prend la bouteille, en remerciant Pinteau a l'aide d'un sourire qui découvre des dents admirables: faute de verre, elle boit à même, et du premiercoup,
elle lait disparaître la moitié du contenu >• de la camarade ».
Pinteau se sentait assurément une amiquié véritable pour la nourrice, mais en voyant filer aussi rapidement son « 'vieux bordeaux », il commence à faire des réllexions améres sur les dangers de la concupiscence.
Voulant toutefois profiter des avantages de sa situation, des qu'il rentre en possession, de sa bouteille, il s'en introduit lestement dans le bec le goulot encore humide des lèvres de la nourrice, à laquelle il lance un œil «je ne vous dis que ça ! » et plus modeste que la Bourguignonne, il se contente de boire la moite de ce qui reste.
La conversation reprend de plus belle, avec une tournure plus intime cette fois. Sous prétexte d'un soleil qui le gène, Pinteau prend place près de la demoiselle, qui ne se recule pas, et sans qu'on sache comment l'insinuant militaire avait posé négligemment son bras autour de la taille de la nourrice sans qu'il y eût résistance.
Ft le péquit pékin y dormait toujours, ce péquit n... de D...!
C'est même ce qui ennuyait la « personne », car elle avait déjà fait entendre d'une manière décente que son lait la gênait, et cependant elle ne voulait pas le reveiller, car il crierait et ne téterait sûrement pas, s'il ne se réveillait dé lui-même.
— Si ce péquit j...-f... il avait l'âge de... dé la chose je vous f... mon billet, Hère de beauté, qu'il entendrait vot'e affaire d'un autre œil !
Et la mimique du militaire avait fait sourire la nourrice qui, profitant canaillement des dispositions galantes de Pinteau, n'hésita pas à lui demander avec une petite inoue positivement incendaire et un regard irrésistible:
— Il vous reste-t'y encore quelque chose dans la bouteille ?
Pinteau n'était pas très content de dire oui, attendu qu'il avait soif aussi, et confiant sa bouteille à sa voisine, il ne se faisait aucune illusion, il savait fort bien qu'il n'y resterait rien dans le fond. Dire non, ce n'était pas commode !
C'était du moins compromettre gravement une situation agréable, et qui pouvait avoir des suites aimables, vu qu'on pourrait se retrouver à Paris dans quelquesjours, et qu'un service... il en vaut bien un autre.
Et pourtant Pinteau hésita. En plus de la chaleur du jour, son émotion, ses sentiments, le contact de la belle amie lui avaient rendu la langue sèche comme une planche, il lui dit d'un air souucieux :
— Fectivement,.. mais... mais c'est que j'ai bougonnent soif aussi !
— Oh! pas tant que moi! répondit en riant la nourrice qui ne manquait pas de toupet.
Pinteau perplexe ne se décidait pas : — Enfin Sacornom, ma belle amie, voilà une f,.. affaire lout de même ! TOUS démandez qu'à biberonner cèpolichinelle, etcé péquit, n... de D..., il a l'air de s'en f...
Si que je serais t'a sa place, que je mè f... pas de... de la chose, el VOUS m'offr !
rien. Dé plus, je mè crèvre de soit, et va
mè demandez lé... lé machin dé ma bouteille! Ce qu'il n'y aurait-t-y pas moillien d'arranger l'affaire?
— Mais dame '. c'est bien facile, répondit la gaillarde, en retenant de son mieux le rire qui cependant éclatait dans ses yeux, donnez-moi toujours la bouteille, nous verrons après.
— Oui... mais comprènez-moi bien, jéne personne d'amour; vous me transvasez que ça vous gêne que le petit né... comprenez pas vrai, moi ma provision y mè gêne pas. Si que je vous rendrais le service de... dé çui-ci, que vous pourreriez-t'y pas mè rendre en ésange, le service dé... de çui-la '.
Et en disant « dé çui-là », Pinteau très troublé, l'œil allumé, désignait du doigt un péquit machin très affriolant, placé vous savez bien où.
— Oh ! par exemple ! répondit la nourrice modestement effarouchée et en éclatant de rire, c'est pomr les petits enfants, est-ce que vous plaisantez ! voulez-vous bien vous taire !
Elle repoussait doucement Pinteau, toujours en riant, mais avec un air néanmoins très fâchée.
— Permettez, permettez, flère d'amour, né cro\*ez pas que c'est pour la... pour la chose, mais comme que ce... tout ça y vous gêne et que ça m'obligerait ce une manière de vous rendre un péquit service, dont y serait un ésange, rien qu'un ésange.
Et pour tâcher d'opérer un rapprochement, Pinteau saisit sa bouteille afin de fasciner sa voisine altérée.
L'effet fut immédiat.
— Oui, je comprends bien; mais enfin monsieur, pensez donc, si on nous voyait, qu'est-ce qu'on dirait?
— Que nous sons seuls, — râla le militaire en roulant des yeux fantastiques, et en se rapprochant au plus près, sa bouteille à la main — et... et je fermerai les estores!
— Je ne vous dis pas non, répondit la nourrice indécise, rougissante et les yeux baissés, mais qui. pour plus de sûreté avait déjà saisi la bouteille d'uu air innocent;
ndant vous comprenez que lorsqu'on
connaît pas dava; - Nous m' connaisse] •
— ... On ne peut pas comme ça...* Non décidément, dit-elle, d'un air décidé, mais sans lâcher la bouteille, vous auriez une trop mauvaise opinion de moi.
— Comment?... puisque ce un service, c'est du libre-ésange. quoi !
— Oui, je le sais bien, mais si on savait ça :
— Personne y saura la... la chose, affirma Pinteau de plus en plus pressant, depuis surtout qu'il avait abandonné son talisman.
Bien vrai '.
— Voui :...
— Bien vrai, vous ne le direz à personne?
— Non ! !...
— Et vous allez d'abord me laisser boire?
— Voui ! : :
La petite nourrice commença par siffler la bouteille, avec une lenteur qui désespérait Pinteau. et quand elle eut vidé jusqu'à la dernière goutte, elle rendit l'objet désormais inutile à son compagnon tout haletant.
C'était le moment d'opérer le « libreésange»; la jeune fille, très embarras-ce cette fois, était absolument cramoisie, mais Pinteau d'un « hum! » discret cherchait à lui rappeler les conventions quand on entendit crier :
— Creil ! dix minutes d'arrêt ! les voyageurs pour la ligne de Beauvais changent de voiture !
C'était le tonnerre ! Pinteau en effet devait descendre, tandis que la nourrice n'avait pas à bouger.
Pinteau fut noble, il tendit sa bonne grosse main à la belle amie, sans rien dire.
Celle-ci, heureuse de son départ, mais plus émue au fond qu'on aurait pu le croire, se leva d'un bond, et dans un élan de reconnaissance, elle embrassa d'elle-même Pinteau qui n'osait rien demander. — Seulement, quand il se trouva seul sur le quai, on affirme qu'il s'écria : N... dé n.., de 1)...'. c'est b... entortillant tout d'mème '.
Charlbs Leroy
CHEMINS DE FER DE L'OUEST
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Les Refrains du "MIRLITON,,
Par Aristide BRUANT
;. A Batignolles. — 2. A la Villette. — 3. A Montparnasse. — VCà V choléra qui arrive. — ■">• Alléluia. — 6. La Noire. — 7 : Serrez vos rangs. — 8. L<- Trompette. u. A Grenelle. — 10. A Montrouge. — 1 1 Belleville-Ménilmontant. — / -'• A la Bastille. — 13. A La Glacière. — /•/. La Ronde de$ Marmites. — /•">. /" Marche des dos. — i€: A Saint-Lazare.
Chaque numéro : 50 centimes franco, contre mandat ou timbres-poste.
Au cabaret du MIRLITON, Si. boulevard Rocheehouart, Paris-Moutmartre.
/ e G \rani : Aristide BRI W I
[mp, Lucotteet Cadouy, 21, r Crois-des-Petits Champs.
Troisième Année N° 1.
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Décembre 1S37
PARAISSANT TRÈS IRRÉGULIÈREMENT UNE VINGTAINE DE FOIS PAR AN i aris, on an: 5 m. Bureaux : Boulevard Rochcchouart, 8i, au cabaret du «Mirliton» Départements, un an: pa.
Directeur : Aristide BRl.WT
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Dessin de Heidbrin
LA PASTILLE GÈRAUDEL
Un jour le bon Dieu, notre père, Dit : Nom d'un chien, c'esl embôtanl ! S'il esl un' chos! qui m'exaspère C'est d' Les entendre, â chaque instant, Crier d'en bas : Dieu vous bénisse !
.l' leur avais donné la réglisse, Il paraît qu' ce r'mèd1 ne vaul rien, Qu'est-o' que j' leur ordonn'rais donc bien?...
l,i d'ssus, 'lu haut 'lu ciel,
Il iiii :'i i . raudel, Tu vas prendr' ton plus grand chaudron Et m' fair' des pastill's au goudron,
Puis t'en donn'ras à tous
] . -, malad's qu'a la toux,
Ci' r'inéd' li's guérira Et bientôt tout 1' mond' répét'ra :
Refrain :
Quand vous touss'rez,
Quand vous éternuerez,
Quand vous vous répét'rez :
I lien vous bénisse !
II n'y a rien d' tel Qu'un' pastill' Géraudel, Ça guérit mieux que 1" miel
Ou la réglisse.
Alors notre homm' se mit â l'œuvre Et lïl si bien qu'il réussit A produire un petit chef-d'œuvre La pastille utile dulci Joignant l'agréable à l'utile; Les clients arrivèr'nt par mille Tous les enrhumés suçaient pour Deux ou trois sous d' pastill's par jour.
Les catarrh's de Paris
Fur'nt aussitôt guéris.
Les petits vieux à têt' de veau Rigolaient îles rhum's de cerveau.
N'y avait plus d'enroûments
Dans les départements.
Ceux qui n'avaient plus il' voix Chantaient au bout d'deux on trois mois Refrain : Quand vous touss'rez, etc.
Bref aujourd'hui, par tout' la France.
La coqu'luche a déménagé.
Les asthmatiqu's ont l'espérance
De voir la toux.donrier rongé.
Errant, sur la machine ronde,
Le rhum' chassé par tout le monde
En vain s'. ai ira jusqu'au bout,
Les pastill's le suivront partout :
L'étranger en d'mand'ra,
On en exportera Dans chaque trou, dans chaque coin Et même encore mi peu plus loin,
Du poT Nord au Midi,
Chez F Sultan, chez 1' Mahdi
Partout on entendra Jusqu'aux bords du Niagara :
Refrain : Quand vous touss'rez, etc.
Aristide BRUANT.
LE BAPTEME
La s'maine dernière j'ai été parrain, s'crongnieugnieu '
C'tait la première fois d'ma vie, maisj'vous transpose que ça marcha f...bien tout d'même. E'tait très gai, n... de I)...! aussi j'vais vous raconter la chose en \
L'baptême, vous l'savez, c't'un sacrement dont auquel, en f...'lTeau sur le trognon d'un moutard, ça suffit pour lui uettoyer l'âme. Si on trouvait l'moyen d'f... de l'eau sur l'âme pour s'débarbouiller, s'rail '-ommode, mais les jean-f... de malin- n'ont pas encore trouvé l'fourbi.
Pour ce n... de D... d'baptAme, on avait bien un p'til enfant; c't'absolument nécessaire, me direz-vous;je l'sais f... bien, s'ment on n'avait pas .l'parrain, c'est là-d'sus qu'Ia famille est v'nue m'trouver, pour à seule fin de... de c'te foutaise, quoi !
Et maint'nant, pour vous mé-morer la chose, je commence :
S'crongnieugnieu I j'vais vous parler
La chose qui m'arrive.
S'crongnieugnieu ' j'vais vous parler
('.'qui vii'iit d'm'arriver.
D'sirant un parrain c'quia d'mieux, M'a-t-on pas prié, s'crongnieugni Vu tout l'sufficit dont j 'dispose, . D'servir de... machin à... la chose, Ça n'était pas beaucoup d'mon goût, Mais j'ai répondu : Bah I je m'en f. . . ! Du moment quVui-ei vous amuse :
V's'entendez bien c'quej'vous infuse.
J'n'aurais pas t'ait la chose pour le premier quiconque, c't'évident, s'ment c'sont des civils qui propagent d'satisfaction d'fréquenter un homme comme lequel j'suis susceptible. ( personnes m'avantagent d'une estime tonte autre pour l'honneur dont j'ies imbibe, Ht comme de l'ait, le pékin n'Mctionne pas souvent d'une main qui monte à ch'val à la tète de deux mille hommes.
Ensuite, je m'suis mémoré cette belle parole de... île cho
« Le civil et l'armée doivent se mai dans la main. »
que j'ai autorisé ces bourgeois du... du cid'sus, dont ils m'avaient submergé d'invitation avec enthousiasme et flatterie.
Pendant la... le chose religieux, J'dis à un rentassé : P'tit vieux, J'entends que Pmoutard s'appell'Charles, Vous entend''.-: bien c'quej'vous parle?
Au p'tit l'curé rinçait l' trognon, C't'eau embêtait l'sacré mouch'ron, Mais c'curé qu'avait la vue courte Y en f... tout l'teinps comme une tourte. Quand l'petit a été enrhumé s'ion l'inconvénient de c'n... de D... d'sacrement, nous sommes rentrés chez les parents, pour fréquenter d'un déjeuner comme lequel d'à seule lin d'fêter la.. . la chose.
— J'mangeais d'tout, n'disais rien, m'contentant d'm'imbiber l'anatomie par l'endroit vraisemblable à cette opération, quand tout d'un coup, la mère se favorise de çui-ci :
— Colonel, vous qui savez tout faire, voulez-vous improviser d'un p'tit couplet en faveur de votre filleul ?
Ça m'embêtait, mais comme elle est énorme, cette femme, — une femme étonnante, s'crongnieugnieul — n'pouvais pas r't'user. Je m'iève, pour lors, et lui propage çui-ci :
i Madame, le militaire se fait honneur et « devoir de servir Mars, mais il se rougirait « d'oublier Vénus. Amour et vaillance qu'il « est sa devise, et que vu le... la chose, saa chant ce que je me dois devers le sexe dont •< vous êtes probablement susceptible et liomo- « gène, sufficit! Je vais donc vous propager « le... le raachin dont vous préconisez d'in- • tention. »
Et là-d'sus, au bout d'cinq minutes, j'ai favorisé la société de la poésie suivante, qui n'est f... pas piquée des moustiques :
B... de résidu d'amour.
Tu r'mercieras ta mère un jour De t'avoir fait voir la Lumière, Et... l'trognon de monsieur ion père.
Mais d'ici-là, tu vas téter :
Si l'as des fois besoin d'trinquer, Tu n'auras qu'à me faire un signe, N'rat'rai f... pas la consigne.
Comme c'tait la mère qui nourrissait l'mouch'ron, c'tail une politesse à son vU-à-vis, comprenez, galant 'rie, quoi! Semblait flattée cette dame, c't'évident, s'ment v'ià sou n... de I).. d'mari qui me r'garde en f'sant une gueule de tourte
S'crongniéugnieu I quand j'vois ça, la moutarde me monte au nez, et j'imbibe la société d'un s'eond couplet :
Enfin, supposons qu'un d'ees jours T'épouse une paire d'yeux de velours, — L'amour l'ayant piqué d'sa flèche, - X'fais pas comme ton père un Bobèche.
Tout en conservant l'pantalon, N'risque pas d'passer pour un m'ion Kl ne va pas t'f... en colère I >es mots .l'un galant militaire.
Il a compris l'mari, j'vous en f. . . mon billet, n'a rien dit c'te rosse-là. Du reste, j'iui f... un œil !...
El puis, c'couplet était très spirituel, n... de l>.... pas à dire non; la mère m'a r'mercié, comme de l'ait, et l'dlner étant terminé, m'suis r'tiré.
Mais maint'nant que j'eennais l'fourbi, n'vous gênez pas si vous av.'/ besoin d'un parrain, voilà, s'crongniéugnieu !
S'ment choisissez-moi une marraine un peu forte, car celle que j'avais c'jour-là était si mince, que j'nai pu m'empôcher d'iui dire : N... de D... ! j'vous donne pas l'bras, on croirait qu'j'ai un parapluie.
Charles Leroy.
LA PASTILLE BRACHAT
Je n'veux pas attaquer la gloire
D' la célèbr' pastill' Géraudel
Son efficacité notoire
S.' recommande à toul mortel ;
Aussi comm' b' chante Aristidi .
La terre entière se décide
A prendr' ce remèd' précieux
Pour s' guérir des rhum's les plus vieux. Mai 3 l.' père Éternel i laine- et tranquille au ciel,
Un jour voit qu' dans L'antre sacré
Malgré lui l'rhume a pém
Il fait app'ler ses saints Aux fronts d'aùréol's c< ints Et d'un' voix de Stentor
11 Leur dit ces paroles d'or :
Refrain :
Si vous toussez, si vous êt's oppressés, Si vous expectorez Après un' cuite.
Fait's don.- l'achat De pastill. -s Brachat, I i suppiïm' b' crachai Et la pituite.
11 est vrai qu' la terr' notr' vassale
Aeelaiu' la pastille Géraudel,
Sa célébrité colossal.'
Mini.' aussi haut qu'la tour Eiffel;
Mais moi j' possèd' la science infuse.
Aussi y vous 1" dis. je me r<
A reconnaître dans l'goudron
Un r'mède aux rhum's qui séviront.
Forl heureu s'menl qu'avant
l îéraudel, un savant, Brachat, puisqu'il faut le nommer, A su découvrir [.oui' calmer
Les bronchit's el les toux.
Les quint's qu'vous avez tous.
Une pastill'. quel lapin !
A bas' de sève de sapin.
Refrain : Si vous ton- ... etc
Maintenant, suivez au plus vite Les cous. 'ils que j' vous ai donnés, Dès aujourd'hui j' veux qu'on évite De venir me tousser dans 1 ne/.
Ach'tez d'ce.s célèbres pastilles Fait's en prendre à tout's vos familles, Et quand les rhum's s'ront expulsés Chantez en accents cadencés,
La gloire .•! la grandeur
De Brachat l'invenb air Qui sauve des rhum's assassins Jésus-Christ, la vierge et les saints,
Et dans l'éternité
Redit's avec fierté
La terre à ( réraudel Mais Brachat triomph' dans le ciel !
Refrain : Si vous toussez, etc.
Grassouillet.
VIEILLES CHANSONS
LA PTITE ROSETTE
Voici le jour venu
i »ù Rosett" s'y marie :
A prend in homme
De quatre-vingt-dix ans:
La p'tit' Rosette
N'a sonnent pas tiinze ans.
I'I a prend pie la main, ['la mené a l'église :
« Vue-tu. Rosette, 'l'es amis, tes parents < Ma p'tit' Rosette.
As-tu le ticeur content ? ■
['la prend pre la main ['la mené à la danse :
« Danse Rosette, Ménage bien tes pas Ma p'ti le Rosette, Ne te fatigue pas. -
['la prend pre la main.
I'ia mène à la table:
<• Mange, Rosette.
bis.
bis.
bis.
bis.
Quand vint le matin jour,
Où Rosett' s'y reveille :
• Mon Dieu, dit-elle.
Tii Tarait jamais dit Qu'à mon mai J'aris si bein dormit! »
bis.
Mais mange doucement.
Ma p'tit' Rosette,
Vebreche pas tes dents. •
lia prend pre la main.
lia mené en sa chambre :
« Voé-tu, Rosette,
La chambre et le biô lit.
Ma p'tit' Rosette,
< )ii je pass'rons la nuit ' -
Quand vint sur la minuit,
Le vieillard s'y reveille:
« Dors-tu Rosett Dormiras-tu trejous ?
Ma p'tit' Rosette.
Pensons à nos amous. »
Les Refrains (lu "MIRLITON,,
Par Aristide BRUANT
1. A Balignolles. — 3. A la Villètte. — 3. A Montparnasse. — V'Cà l'eholéra t/iti arrive. — J- Alléluia. — 6. La Noire. — :. Serrez rus rangs. — S. Le Trompette. '.). A Grenelle. — 10. A Montrouge. — / / Belleville-Ménilmontant. — ! 2. A la Bastille, — i3. A La Glacière. — il. La Ronde des Mu-mites. — Jô. La Marche des dos. — 16: A Saint-Lazare.
Chaque numéro : 50 centimes franco, contre mandat ou timbres-poste.
Au cabaret du MIRLITON. Si. boulevard Rochechouart, Paris-Montmartre.
Pour paraître le 9 janvier prochain
LES FEMMES D'AMIS
Par Georges COURTELINE