‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 176 sur 243 · AMOUREUX · texte numérisé non relu

AMOUREUX

ITu/.. nom de Dieu !.. me o'id cinglé.

Depuis tantôt que j'me trimballe

C'est toujours moi qu'j'ai régalé,

Et j suis rond., mais rond comme un' balle.

Quand f vas rentrer, CéciV gueul'ra

A' tap'ra su' son p'tit Francisque,

Mais puisque c'est ell' qui trinqu'ra

J' suis pas pressé, moi, qu'est-c' que f risque?

lin ! nom de Dieu\... v'ià qu'fai l'hoqv Ça s'rait du prop' que j' dégobille.

Si f trouve encore un mastroquet D'ouvert, je m' paye un' petit' fille.

Ça m' débarbouill'ra V cœur et puis D'abord, ef suis rond comme un dise, J' m? arrondirai pasp'us qu'je Vsuis IV h ! puis f m'en fous, moi, qu'est-c'que

j' risque :'

ll'u'... nom de Dieu'... ça va pas mieux : C'est c' bon Dieu d'hoquet qui m' trai Ef vas m'payer un' demi' d'vieux, Ça me r' mettra V cœur à sa place.

In' demi' d'vieux... c'est pas de r'fus, Dante, ef suis raid' cotnm' l'obélisque, Sûr, ef me raidirai qias pus H'u !.. puis j' m'en fous, moi, qu'est-c' que f

■ [risque!

H'u'... nom de Dieu\..f suis amoureux.

ILiis, ce soir, CéciV f'ra la rosse :

Madam' ne. veut pas m' rend ri' heu,-, Quand f suis plein.:, aile a peur d'un gosse. J'en ai soupe du boniment,

Ef vas m'payer une odalisque;

Après, si a' devient maman

CelVlà.j m'en fuus, h'u\.. qu'est-V g>]

[risque f

A Georges Courtelixe.

Comme II avait longtemps joué les t amoureux » en province,nombreuses avaient été ses victimes; et ce passé La hantait — jalouse! — et lui faisait endurer mille et mille tortures.

Aussi, dès son dos tourné, Elle fouillait anxieusement jusqu'au fond des poches vidées en un tour de main et des tiroirs rageugement bousculés — heureuse et désappointer à la fois quand ses recherches demeuraient infructueuses

l'A la vie s'écoulait ainsi, toujours la même, insoutenable, traversée de scènes sans fin où Elle se montrait ti . lui jetant toujours

à la face te passé gros a, tandis que,

très Lâche, Il tendait l'échiné, définitivetmen assoupli par 1h prudhommesque bien-être du pot-au-feu conjugal succédant aux incohés équipées de sa vie de garçon.

Ils étaient la risée de tous les camarades, très au courant des petites misères de leur ménage.

Un soir qu'lL se vêtait vite, le moment de paraître en scène approchant, le concierge du théâtre lui monta, dans sa loge, on mot qu'avaient griffonné en bas, à son adr* deux petites .lames qui attendaient une réponse.

Il ouvrit, sans nulle impatience, et lut, très indifférent :

Chéri.

s Je suis là avec une excellente camarade. Tu serais bien gentil — mais, là ! bien gentil — de nous faire caser quelque part pour

l'applaudir.

« Merci ; et baisers de

« Ton ancienne amie de Limoges « Clara. »

Il fronça les sourcils, cherchant à rassembler se» souvenirs ;

— « Clara !.. . . Limoges .'.... Le diable m'enlève si N'importe !.... »

Et, prenant une de ses cartes, li. traça vivement quelques mots pour prier le contrôleur de placer les deux femmes, l'uis l rendit en hâte sur le théâtre ou le réclamaient

i appels répétés de l'avertisseur.

A peine parti. Elle était là. fiévreuse, furetant à sou ordinaire, au milieu des fards et drs cosmétiques, cherchant comme de cou-

tume, mais sans grand espoir, quelque preuve enfin manifestée des galantes aventures d'antan.

Dédaigneusement oubliée sur un coin de la toilette, la lettre révélatrice gisait, ouverte, à peine froissée.

Un vrai coup de foudre! « Chéri!

Baisers! Ton ancienne! «

Ce fut horrible !

Il remontait, sifflotant, tout enorgueilli de l'effet obtenu, se changer de « pelure » poulie « deux ».

Sitôt en loge, l'explication commença, plus terrible que jamais, bientôt dégénérée en dispute, avec de grasses injures incessamment renouvelées — forte qu'ËLLE était de posséder enfin ce -témoignage si longtemps attendu.... Et les gros mots se pressaient, entrecoupés de dénégations humbles mais aussi de révoltes timidement articulées; jusqu'à ce que, pour terminer dignement la chose, le bruit .eût retenti, très sec, d'un soufflet des plus vigoureux.

C'en était trop. Elle ne put résister au besoin de se mêler aux papotages; et la conversation s'envenima.

— « Voyez-vous çal c'est à coups de

trique !... »

El I'.lle se mit. vivement, i n accusations multipliées, pi I précises, à éplucher à son tour le ménage du comique, racontant enfin tout haut ce que chacun savait bien et répétait tout bas : les mœurs par trop écœurantes de ce moraliste de bas étage qui fermait volontairement les yeux et la porte sur l'inconduite tarifée de sa femme — tout heureux et tout aise, an fond, d surcroît de

recettes amené à la bourse du ménage par la « noce » de sa moitié.

Puis, avec un geste de défi, «'approchant à deux pouces de son nez pour lui mieux cracher l'injure au visage :

— « Si c'était toi!... mais, qu'est-ce que tu ferais donc, sale maquereau? »

L'injure était trop forte. .. une gifle vola, terrible... Et Elle alla s'écrouler dans les bras des femmes agroupées, le corps secoué d'une tempétueuse attaque de nerfs.

Pour tous les bons petits camarades aux écoutes derrière les portes et les cloisons, dans les loges et les couloirs, pas l'ombre d'un doute: c'était assurément Lui qui avait i étrenné ».

Et, tandis que, très promptement habillé, sans aucun soin, il se précipitait en lias pour aller jouer sa grande scène d'amour, les groupes de se former et les commentaires daller leur train.

Elle était là, derrière la porte, verdie par la colère, nerveuse, agitée d'involontaires tremblements, écoutant — attentive — les appréciations chuchotées, honteuse de voir ainsi déshabiller par un chacun ses sentiments les plus intimes, mettre à nu sa jalousie rétrospective, son amour un peu trop geôlier.

Les uns — des femmes surtout — approuvaient décidément cette façon d'agir. Quelques antres — des indifférents, des blasés —

haussaient les épaules : et, p ' faire montre

de leurs connaissances shakespeariennes, citaient Beaucoup de bruit pour rien. Un Méridional concluait: i Tout ça, tel c'est de la foutaise. ■ Les derniers enfin — des justiciers, plus acerbes — blâmaient ouvert, 'ment. condamnant sa trop lâche docilité, à Lui.

l'.n Mii ces derniers, un surtout, bruyant, se faisait remarquer par la violencede sescriliques : c'était Le i comique grime délai ri mpe, donl le menton, définitivement tourné au bleu, attestait les longs états de service el le i.ii ail semblable a ces vieux clowns usés à

qui l'on fte demande plus que des grimace,.

crainte de les voir se casser les reins en un ultime saut périlleux.

— « Les femmes i me i-a. vraimenl I

à coups de trique qu'il fallait les mener

Ah ! si c'était à lui que i

Un gros scandale! .. Tout le personnel de l'administration, du directeur au garçon d'act ssoires, était accouru au bruit. On fit les verbalisations ordinaires, accumulant les griefs : tapage pendant la représentation, entrées manquées de plusieurs figurants demeurés en curieux spectateurs du tumulte. voies de fait — quoi encore?... Au total, pour le vieux comique, l'amende réglementaire d'un louis.

I oufflé du long duo amoureux men vite, "ii par suite du débit préci-

pité commencé à un diapason trop hau Il remontait, prenant tout son temps, revêtir

son manteau de voyage pour la déchirante scène des adieux. En un clin d'œil, Il tut au courant de l'histoire, grâce i quelques mots habilement articulés à son passage par tout le monde et à coup sur | une.

On espérait qu'une nouvelle scène d'explications allait s'ensuivre. Qui sait:' peut-être un second pugilat.

L'attente fut déçue... Les yeux brillants,

humidité de larme au bout des cils,

Il s'approcha tout émotionné, uni par un insurmontable sentiment de reconnaissan par un besoin irraisonné de remercier celui qui l'avait ainsi vengé, — enfin I

A.près avoir fouillé en son goussetjt donna au comique une longue poignée de mains motivée, lui chuchotant à l'oreille, une en

Lble caresse :

— « Tiens, mon vieux, voilà ton amende... Et merci ! »

Paul MA.RION.

VIEILLES CHANSONS

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