PIERROT
Ça n'est pas un de ces gros moineaux de province, Moines-moineaux, de corps très-lourd, et d'esprit
[mince.
Enfin de ces bourgeois ayant de plume trop Et d'aile pas assez. Non, c'est un vrai pierrot, Un pierrot de Paris, né dans la capitale, Dont la plume ardoisée élégante s'étale En pourpoint sous la gorge, et qui se drape bien (Sachant l'aire, ma foi. quelque chose de rien) Dans une cape rousse. 11 se donne des airs Fricoteurs, et mettrait son chapeau de travers, S'il avait un chapeau... Ses yeux qui sont deux perles De jais, brillent malins plus que les yeux des merles Moqueurs, et sa cravate est un plastron coquet De satin noir lustré... Vif, alerte, friquet, Frétillant de la queue avec une cadence, Il fait sa promenade et saute — trotte — danse, Ici, là, dans Paris, sans s'effrayer des gens, Et s'occupaut fort peu qu'ils soient intransigeants, Ou blancs, ou bleus, ou verts, ou d'une autre
(nuance, La politique ayant sur lui maigre influence... Nous nous aimons; voici comme je l'ai connu : Je lui donnai du pain, il s'en est souvenu...
Depuis lors, mon pierrot revient à ma fenêtre; Chaque jour ; c'est de lui que j'apprends à connaître Le parler des oiseaux qui, dans une chanson, Parlent bien mieux que nous et sans tant de façon.
Si vous voulez que je décrive Le langage de mon friquet, C'est un adorable caquet :
« Cuic! me dit-il quand il arrive.
Cuic! cela veut dire bonjour.
Il le lance clair et sonore...
Cuic! pieu ! viens, me dit-il encore, Viens donc au balcon faire un tour,
Cuic! pieu! cuic! c'est une espérance ! Pieu! cuic! pieu! veut dire j'ai faim ! — Mange en ma main. — Pieu! cuic ! enfui ! Cuic! il me fait la révérence.
Cuic ! cela veut dire merci.
Pieu ! pieu! je suis heureux de vivre ; D'amour, de printemps je suis ivre, Cuic! je suis libre et sans souci.
Pieu ! je suis un petit bohème Avant tout très-indépendant...
On en rit? mais en attendant Cuic! je ne fais que ce que j'aime.
Pieu .' cuic! une miette de pain Cuic! pieu! gentiment arrosée Cuic ! d'une goutte de rosée Suffit a contenter ma faim.
Cuic! ma parure n'est pas riche, Mais je m'en contente, cuic! pieu!
Pieu! mon tailleur est le bon Dieu.
Pas de loyer, cuic! où je niche...
Cuic! je fais mon nid de trois brins D'herbe... Ce dont j'enrage, Cuic! pieu! c'est de voir vivre en cage Des gens qui s'apoellent serins...
Serins, en effet, cuic! Le jaune Est la couleur de ces bourgeois...
Sur leur tète il pousse du bois; Pieu! je les laisse sur leur trône....
Pieu! leurs palais sentent mauvais...
Pieu! pieu! pieu! leur richesse est triste: Mieux vaut ma misère d'artiste ; Cuic! à demain ! frrroutt ! je m'en vais. n
Il s'est posé sur une branche verte Au Luxembourg; il y dort au soleil, Et du ciel bleu la porte grand'ouverte Laisse tomber un rêve à son sommeil.
Mais près de lui la pierrotte grisette S'en vient galante,... et mon friquet heureux Baise Mimi qui lui fait la risette...
L'arbre frémit de leurs cris amoureux.
Il n'est pas seul là, mon petit bohème... Le Luxembourg est le gai rendez-vous De ses pareils; tous chantent le poème De liberté ! Qui donc dit qu'ils sont fous - *
En traversant un jour la grande allée.
Arrêtez-vous, les bohèmes sont là...
«Je suis heureux! ■■ a dit dans la feuillée Un cri : «Cuic ! pieu! •■ — Mon pierrot, le voilà. George Herbert.
VIEILLES BLAGUES
Trois heures du matin.
Après avoir inutilement cherché son vase de nuit, un pochard se décide à faire par la fenêtre ce que Gargantua faisait du haut des tours Notre-Dame.
Un passant, qui reçoit l'averse, proteste avec énergie:
— Dis donc, d'en haut, t'as pas fini c. . . ? Furieux notre pochard referme sa fenêtre.
— Ah zut! — crie-t-i!, — ya du monde dans 1' pot !
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