‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 29 sur 243 · LE LIT · texte numérisé non relu

LE LIT

Ils ne s'épousèrent pas d'abord. Marcel prit, à vingt-six ans, pour femme, une veuve qu'il n'aimait guère et, provisoirement, oublia que feanne s'était fiancée à lui.

ne resta vierge et fidèle, attendant que la Providence prit souci de son bonheur.

mourut. Marcel revit Jeanne, l'aima encore : ils se marieront enfin.

Deux ans de joie passèrent. Nés l'un pour l'autre ils vivaient l'un pour l'autre et rien n'était plus charm ir union.

Un soir i n se mettant au lit, elle vit une épinquée dans le rideau.

— Qu'est-

Marcel sourit. L'autre était morte dans ce l:i et l'épingle, piquée là, sans doute, par Jeanne n'en parla plus.

jours après, elle prenait un amant.... Elle en eut d autres et devint une épouse scandaleuse. Las des duels, des explications et de toutes ces scènes de mélodrames, Marcel la mit à la porte.

De bras en bras, Jeanne disparut, abimée dans la prostitution.

• Marcel, devenu libre, l'avait depuis longtemps volontairement oubliée, lorsqu'un matin il reçut avis qu'il devrait se rendre, sans retard, à tel étage, tel numéro d'un garni du boulevard Clicliy.

C'est sur une ignoble couche, dans la crasse et l'indigence qu'il retrouva décharnée, mourante, infâme de laideur, de souffrance et de honte, sa |eanne.

— Tu pleures, dit-elle pleurant aussi . Tu

me pardonnes. . . As-tu compris que si je meurs ici, c'est parce que je n'ai plus voulu dormir dans le lit de l'autre ?

Camille de SAINTE-CROIX.

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ICUX

Poar qaov jWessire Noël ne least poinct repçea en la porte du Paradis le ioar du Resi eiglion. et de ce qui en suiiit.

Messire S'-Xicholas sur le boullevart estoit ma foy fort mal en poinct et ne sçavait où il estoit plus qu'une vache d'Hispanie ne parle breton — Or, de bons noctambules vindrent à passer emprès de luy et veiant son paradisiacque costume l'entraînèrent avecque eux.

Où ils furent ? poinct ne sçais. — Mais l'eudemarn vers la septième heure matutinale, alors que le iour n'estoït poinct encor levé,lepaouvre bonhomme de sainct, plus saoul que oneques mortel ne fust, erroit sur le boullevart de Monsieur S'-Michel. Il advint qu'il encontra deux genduguetsi toi isiours deux sont-ils1 qui faisoient leur pourmenade monotone et cadencée. On cause de leurs capuchons poinctus (et aussi pour ce que le paouvre célestial incole n'yveoit

plus cler) S'-Nicholas les prist pour moyncs soy en allant à Matines.

— Ça ! bégaya-il, bons moynes moynant, prêtez-moy aide et seccours; ie suis S'-Nicholas perdu sus terre.

Ensemblement les deux capuchons appréhendèrent le bienheureux et luy dirent, sans plus déraison: << Suivez-nous. »

— Ah ! mercy 1 fist le bon sainct, meicy ; car poinct il ne sçavoit où on le menoit.

Nos genduguets le conduisirent en certain endroit où ils ont accoutumance de mestre les ivrongnes quand ils veulent chanter Matines, et qu'on vocite le violon pour ce que aultrefois on y estoit emmené entre deux archers.

— Où suis-ie ? feist le bonhomme de sainct, où suis-je ?

— Ah! ah mais au block, mon vieux, luy respondist un des genduguets qui l'avoist ammené.

— Oh ! abomination de la désolation reprist S'-Nicholas dégrisez tout soubdain. Mes bonnes gens, ouvrez viste ceste porte; ie suis S'-Nicholas — lairrez-moy remonter au ciel.

— Tu diras ça au commissaire tantost, reprist un aultre genduguet.

Vers la unzième heure on ammena Monsieur S'-Nicholas devers le commissaire (c'est ainsy que on vocite à Paris les capitaines des genduguets.) Cettuy l'interrogua, et sus son nom, et sus son costume, et sus Testât en lequel il estoit.

Les étranges respons du bon sainct feisrent que le commissaire le prist d'abord pour un fol et paouvre d'esprit. — Mais comme il luy avoist dict ; Si vous ne me croiiez pas, allez au pais de Montmartre quérir Messire Bruant, le bon chanteur, et il vous asseurera que ie suis un paouvre sainct égaré ici-bas.

— Enfermez-le, ordonna le commissaire et allez comme il le demande quérir Bruant aupaïs de Montmartre.

Ainsy fust-il faist et Messire Bruant vinst comme on le luy avaist demandé réclamer le sainct.

Oui, oui, y paroit que c'est S'-Nicholas, — mesme qu'y m'a apporté un cadeau de la part du père Noël.

Incontinent, le commissaire, tout esbahy de ceste affirmation, fist venir le bon sainct et les genduguets qui l'avoient appréhendé et il les fist tous soy agenoillier, courbant l'eschine luymesme cependant que Bruant, battant la mesure,

chantoit à pleine voix : Ta la ta ta la ta

1ère... et que Messire S'-Nicholas donnoit à tous sa bénédiction et la manière de soy en servir. Là dessus il leur fist de sa mytre un gentil

salutz et s'en fust pour le Paradis, par la cheminée qui est, comme vous sçavez, le chemin qu'il prend tousiours.

Or, là-haut ce fust bien une aultre histoire. En le veiant arriver en si piteux estât et si mal en poinct, Messire S'-Pierreluy refusa net l'entrée du séjour des bienheureux, maulgré toutes les véridicques démonstrations que luy fist le sainct des enfançonnets.

Et le paouvre homme de sainct soy départist de l'entrée du Paradis cependant que S'-Pierre haulsant les épaules le regardait de sa loge avec un soubritz comme pipelets seuls en ont.

HORTUS

CABOCHONS PARISIENS

lies Supprimées.

C'était dans un passage luxueux, fréquenté par des gens comme il faut, où la foule épaisse, grouillante, badaude, s'égrène en chapelets devant les devantures fastueusement éclairées.

Entre deux montants banaux, d'un gris sombre, la boutique projetait sa lumière discrète, rosée par les stores de soie cerise descendus jusqu'au milieu des glaces. En face de la porte, au fond, par un entrebâillement -de tapisserie, on apercevait, au-dessus d'un divan très-bas et également rose avec des fleurs en relief, — le bord doré d'une glace ovale.

Dans la première pièce, paresseusemant enlacée par les bras d'un fauteuil dont le haut dossier lui soutenait la tète, une femme lisait. Sa robe de satin noir, très serrée, lui collait aux hanches et aux cuisses en rondeurs pleines d'ombre ; tandis que le haut du corsage, ouvert en pique, la pointe en l'air et pincée par une agrafe d'argent, jetait une note de chair blanchie coupée par une raie sombre, une raie qui traçait d'un coup d'estompé la naissance des seins. En bas, le vêtement tombant des cuisses en plis obscènes, se roulait aux pieds comme un reptile lustré. La tête était renversée, une tête de brune ardente et déjà vieille d'amour ; une tête à la chevelure merveilleuse, à la bouche large, carminée, violemment rouge, placée audessous d'un nez gourmand ; avec des yeux noirs, éclatants, dont les dessous avaient des tons bistrés, prometteurs.

Un monsieur entra discrètement, gêné un peu. La femme se leva et vint se placer devant un petit meuble d'acajou, sorte de compt'iir

tr ' -,-coquet. Puis, elle descendit d'une vitrine quelques objets de fumeurs. Ce faisant, avec des mouvements d'une grâce ti-line, sa taille s'allongea, ses seins se tendirent, son œil s'agrandit, s'alluma d'une flamme nouvelle, et sa bouche s'élargit dans un sourire mouillé, tout rose : Elle semblait vouloir envelopper cet homme de son fluide de femelle grasse et brune.

Le monsieur, rouge aux tempes, un peu interloqué, remuait les briquets, les blagues, sans se décider. Cependant il prit une blague, et la présenta à la vendeuse :

— Combien?... s'il vous plaît.

Celle-ci la prit entre ses doigts, l'éleva gracieusement a la hauteur de ses yeux, la fit tourner adroitement dans la lumière, développant, ainsi dressée, toute la richesse de son corsage et de ses hanches ; puis, dévisageant l'homme qui s'allumait, elle dit, lui remettant:

— C que tu voudras mon chéri.

Après un tintement d'or, les stores tombèrent jusqu'au bas des glaces.

Henri LETOURNEUR.

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