‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 93 sur 243 · ALPHONSE KARR · texte numérisé non relu

ALPHONSE KARR

DICTIONNAIRE DU PÊCHEUR

I R \l I É COMPLE 1

De la pèche en nu douce et en eau s.. Histoire, mœurs, usages des poissons, crusta etc., Lis. usages, ruses, secrets des pécheurs.

Un volume in 18 3 50

Ce traite est le plus amusant et le plus spirituellement écrit.

UN PECHEUR (delà Mayenne]

LA PÊCHE DE LA CARPE

A I. \ III UNÉE OU I ORDÉE

Manière de procéder à cette pèche; description détaillée des engins, appâts, etc.., avec B— - l 3

Ihlll!IMIKllMU!MIIII l'HIlKII!

Mt - ■ de pêche contenant lc> i (tes et lu osition d'appâts poui prendre et attirer le

3 m, suivi d'un carnet OÙ l'on peut inscrire par jour 1 tï

Envoi franco, contre timbres-poste ou mandat.

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Deuxième Année — N° 24.

Prix : 10 centimes.

1" Septembre 1886.

PARAISSANT LE I" ET LE 16 DE CHAQUE MOIS Paris un an: 5 fr. — Bureaui : Boulevard Rochechouart, 84, au cabaret du « Mirliton » — Départements, un an : 6 fr.

Rédacteur en chef: Directeur : Secrétaire de la Rédaction:

Camille de Sainte-Croix ARISTIDE BRUANT Georges Courteline

Les DOS, par JEAN CAILLOU

Si on pourrait vivre toute sa vie comme ça , on penserait jamais à taire des sales coups.

ANNONCES PA YEES

La Meilleure Kière est la Bière de Sapin

SANGUINES ET FUSAINS

Il y a actuellement, dans la rue Neuve- Coquenard.de braves bourgois qui nagent dans la jubilation. Ayant eu la brillante idée de conduire leur fille au cirque Fernando — spectacle qu'ils avaient jugé peu dangereux pour une demoiselle — cette jeune grue y tomba amoureuse d'un écuyer qui avait une paire de bottes molles, et, surtout, une culotte de peau.

Sa famille qu'elle en informa, déclara la chose peu sérieuse. Elle l'était en effet si peu, que la petite demoiselle vient de se faire enlever par le fiancé de son cœur, et que depuis une huitaine de jours, vêtue d'un maillot de soie vert, elle saute d'un trapèze à l'autre, aux acclamations de la foule, entre huit heures et demie et neuf heures moins un quart.

Ces choses-là sont excessivement agréables pour des parents signalés au Bottin comme notables commerçants.

Je rapporterai à ce propos, si personne ne s'y oppose, une petite conversation que j'eus un jour avec un monsieur de ma connaissance.

j'ignore si c'est amusant, mais en tous cas c'est instructif.

Ce monsieur que la Providence met quelquefois sur mon chemin daigna m'apprendre, il y a quelques mois, que son fils, élève de cinquième, venait d'être le premier en récitation. Je lui manifestai la joie que me causait cette heureuse nouvelle, ce qui le décida à entrer plus avant dans le terrain des confidences et à m'avouer son intention de conduire le collégien au théâtre pour le récompenser de son zèle.

— Il est absolument certain, lui dis-je, que vous ne sauriez vous en dispenser, sous peine de passer pour le dernier des mufles aux yeux de cet aimable enfant.

Il m'ouvrit alors tout son cœur et mit à nu tout exprès pour moi, les vives a; -ions

que faisait naître en lui la perspective de cette partie de plaisir.

— Mon fils, m'expliqua-t-il, a été élevé et maintenu par sa mère dans les principes les plus chastes, et je redoute l'influence pernicieuse que pourraient avoir certaines pièces sur son imagination romanesque. Vous, qui connaissez tant de monde, ne pourriez-vous, en cherchant bien, m'indiquer une bonne et honnête comédie, divertissante et attachante tout à la fois, et ne laissant, sur des horizons nouveaux, aucune porte, mèm<> entrebâillée -

J'insinuai que la Joie fait peur me semblait réunir ces diverses conditions, mais l'homme prudent auquel mes paroles s'adressaient poussa un léger rugissement :

— Peste, fit-il, comme vous y allez !

— Cependant...

Il m'interrompit :

— Mon garçon a seize ans à peine et je ne veux, pour rien au monde, l'initier à un tas de choses qu'il apprendra toujours trop tôt. Aussi, toutes réflexions faites, je le conduirai à Peau d'Ane .

Je contemplai mon interlocuteur avec une émotion sincère ; puis, prenant ses mains dans les miennes :

— Ecoutez, dis-je, ne faites pas cela, ne faites pas cela, je vous en supplie.

— Pourquoi? demanda-t-il très surpris.

— Parce que les principes de Monsieur votre fils ne lui permettant pas de voir ]aJoie fait peur avant qu'il ait achevé son volontariat, ce serait une folie de le conduire à M. de Crac avant qu'il soit passé dans la territoriale.

— ■ Que dites-vous là?

— La venté. Mon cher monsieur, permettezmoi de vous dire que vous» ne comprenez ; un mot à l'art d'élever les garçons. Comment, vous refusez la Comédie-Erançaise au nv'r'o blanc qui vous doit le jour et vous lui accordez le Chàtelet ! Vous redoutez que la prose de Mme de Girardin ne lui ouvre des aperçus et vous songez à le mettre face à face avec des jambes de ballerines soigneusement choisies et triées par un directeur expert! Si vous croyez que ce spectacle ne lui en ouvrira pas, des aperçus ! Les mots, avec un peu de candeur et dé bonne volonté, ça peut quelquefois ne pacomprendre, mais les jambes de femmes ça se comprend toujours; comme l'argent c'est toujours clair, et il n'y a pas besoin d'avoir appris l'anglais pour savoir ce que ça veut dire.

Le monsieur me regarda avec une douce t; tesse; il me donna, séance tenante, un mot de recommandation pour son médecin, et alla louer deux fauteuils pour M . de Crac.

Or j'ai appris dernièrement, par hasard, que l'élève de cinquième avait complètement renoncé aux exercices de mémoire pour se livrer, dans la société d'une petite danseuse du Châtelet dont les jarrets avaient exercé, parait-il, une fascination irrésistible sur son imagination romanesque, à des exercices d'un autre genre, réputés excellents, d'ailleurs, pour la moelle épinière des élèves de cinquième.

L'avouerai-je? Cela m'a fait plaisir.

Au fond, j'avais mal pris de me voir traité de fou pour avoir dit une chose juste après avoir fait croire tant de mensonges aux femmes.

Georges Courteline.

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