INTRODUCTION. VII
est la bouche du passé, Vart, ce sont ses yeux. Et il est vrai que les yeux ne peuvent montrer beaucoup de choses diverses, mais c'est là que se révèle, par instant, ce quil y a, dans Vêlre, de plus profond.
En ce sens, inconscient et fidèle, Vart est bien le « miroir de la vie ». Mais c'est un miroir magique où les choses se reflètent tantôt avant quelles ne soient, tantôt quand elles vont cesser d'être. Une chronologie exacte des mœurs et des sentiments fondée sur la chronologie des images, serait crime critique grossière. Elle demanderait, au moins, qu'on fît un départ entre les divers ordres de témoignages que V artiste nous apporte. Lorsqu'il nous montre des objets réels, il y a beaucoup de chances pour qu'ils soient ses contemporains, encore que^ souvent, Vesprit ne soit touché par la beauté des choses familières qu'au moment où ces choses passent, deviennent plus rares et disparaissent de la vie. Mais quand il nous montre des aspects ou des états moraux de ïhumanilé, V artiste peut devancer son temps et témoigner bien moins de ce qu'il voit autour de lui que de ce qu'il désire. Watteau exprime le rêve du XVIIIe siècle avant qu'il ne soit réalisé — car Watteau meurt Tannée de la naissance de Mme dePompadour — et Chardin exprime la réalité de la vie patriarcale et bourgeoise du XVIIIe siècle, au moment où, déjà, elle passe et bientôt va n'être plus. Les Primitifs flamands expriment une paix heureuse qui ri a régné, dans leur pays, que plusieurs siècles après eux et, au contraire, les plus beaux tableaux de batailles datent du XIXe siècle, c'est-à-dire du temps