‹ Le miroir des heures, 1906-1910Chapitre 96 sur 105 · LA VILLA · texte numérisé non relu

LA VILLA

Quel Prince au nom romain ou quel allier Prélat, Las de la Cour papale ou du roug-e Conclave, Au milieu de ce site agreste, noble et g^rave, A tracé ces jardins autour de sa villa ?

D'intrig"ue ou de complot venaient-ils rêver là, De plaisir sans regret et d'org-ueil sans entrave. Et dans leur cœur encore ambitieux et brave Quel lon^ désir d'amour ou de gloire brûla ?

Je ne sais, mais il rôde en ces lieux mag-nifiques. Plantés de rouvres verts et de cyprès coniques, Comme une obscure fièvre et comme un philtre errant,

Et, vers le soir, du bord des terrasses hautaines,

On entend se mêler et frémir sourdement

Le frisson du feuillag-e au frisson des fontaines.

2g6 le Mmom des heures

RENCONTRE STENDHALIENNE

L'ombre qui m'accompag'ne et que suivent mes yeux N'est point votre ombre, à vous, Madone du Gorrège, A qui l'ascension des Ang-es fait cortège Dans la coupole haute où vous êtes aux cieux.

C'est une autre et qui rit d'un air mystérieux. Sa grâce lui compose un tendre sortilège; Elle semble mener vos pas vers quelque piège Que saura déjouer son pied malicieux.

Elle est belle, amoureuse et duchesse. Fabrice L'aime. Ranuce-Ernest s'incline à son caprice, Sachant quel ongle aigu sa main délicate a. . .

Et j'écris ce sonnet dont la rime me charme,

A l'heure où l'angelus sonne à la Steccata,

Dans les jardins Farnèse, un soir d'automne, à Parme,

LE UEDAILI.IER 207

BRESGIA

Jadis, tes artisans savaient l'art belliqueux De battre et de polir l'acier d'une cuirasse Et, sur son dur métal, de nouer avec grâce L'élég-ante arabesque au rinceau vigoureux.

Nuls forg-eurs d'Italie ou de France ainsi qu'eux Ne surent, d'une main qu'aucune ne surpasse, Tremper l'arme qui garde et l'arme qui terrasse Dont l'éclair brille au poing- prudent ou valeureux.

C'est pourquoi, il convient, Brescia l'armurière, Qu'un jour on ait trouvé dans ta cité guerrière Cette Victoire antique et qui, toute d'airain,

Semble, vibrante encor des enclumes frappées,

Avoir mêlé jadis, ô fille de Vulcain

Le bronze de son aile au fer de tes épées I

Page 1