‹ Le miroir des joursChapitre 33 sur 120 · FEUILLE PLAINTIVE · texte numérisé non relu

FEUILLE PLAINTIVE

Dieu ! Je m'en vais au vent funeste qui me prend I

Je suis toute petite et le vent est si g^i-and !

Ah ! je la pressentais cette suprême épreuve !

Je m'en vais dans le vent comme au courant d'un fleuve,

Chose menue et frêle avec des taches d'or !

Je m'en vais, et mes soeurs sont aux branches ciicor !

8i, cnrome les oiseaux à tous les venta rebelles,

Pour m'ei, aller là-haut mourir, j'avais dos ailes !

Que j'^^tais bien hu bout de mon rameau, là-bas I

î/ii brise m'iijritnil, je ne la craignais pas.

Et du sommet de l'arbre éclatant et sonore,

Je voyais la première, au loin, roufçir l'aurore.

Je déployais mon ombre étroite sur un nid,

J'étais jeune, et voilà mon beau destin fini !

Oii vais-je m'arrêter en proie au vent infâme ?

Ah ! je sens que je tombe ! Ah ! j'ai l'angoisse à l'âme !

Je descends, j'ai frôlé le trottoir inégal,

Je nuis perdue !. . . Adieu, mon bel arbre natal !

Mais le vent me relève et, brusque, me remporte ;

Avant de choir, pourquoi ne suis-je donc pas morte !

Je vole, mais bientôt je m'en irai glissant

Dans la rue, ou sous les pieds distraits du passant î

Si, dans ma course triste à la fantasque allure.

Je pouvais m'accroeher à quelque chevelure !

Si, me voyant frémir de stupeur, une main

Douce me ramassait sur le bord du chemin !

Si je pouvais — mais dans le vent je suis inerte —

Kntrer par la fenêtre au soleil tiède ouverte !

Si je pouvais monter, n^nter jusqu'à l'azur.

Fuir ce vent qui m'entraîne et m'étreint, ce vent dur

Qui me flétrit, me roule ou sol, et me secoue.

Hélas ! et qui m'écrase, en sifflant, dans la boue !. . .

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