TRISTESSE D'AMOUR
J'ai tenu ta main tiède et j'ai baisé ta bouche I Ton sein a palpité comme un oiseau surpris, Et de ton jeune sang le rose coloris A ton front est monté, neige qu'un rayon touche !
Tes yeux étaient baignés d'ineffable langueur,
Et tes lèvres tremblaient d'émotion divine ;
Et penché, j'écoutais battre dans ta poitrine,
Lourd d'amour, à grands coups désordonnés, ton coeur 1
Oh I les mots qui jamais ne finissent en phrases, Et dont l'âme retient la moitié, qu'ils sont doux, Les mots tendres, les mots tremblés, mourants et fous Qui s'exhalent chantants dans les longues extases !
Et qu'il est beau le front que d'épais cheveux bruns Semblent voiler aux j'eux indifférents des hommes ! Qu'il est exquis le nom secret dont tu me nommes ! Qu'ils embaument les mains aimantes, tes parfums !
Je t'aime confiante et pure, et je t'adore De n'avoir pas appris des autres à mentir, De te faire une angoisse et de te repentir Des infidélités qui ne sont pas encore !
Car le temps, ma chérie, usera ton amour,
Et peut-être le mien, hélas ! un peu plus vite . . .
F,( ton coeur, qu'aujourd'hui la passion habite,
Qui sait ? tout comme un autre oubliera, quelque jour.
Tout homme est ainsi fait, changeant quoique sincère. Et pendant que je tiens ta main et que je sens Tes doigts presser les miens, nerveux et caressants, Mon âme est triste et songe à l'humaine misère . . .