LE LIVRE
J'ouvre un livre, et c 'est comme une v&ix que j'entends. Un visage adorable apparaît dans les lignes. Si je lis Rodenhach, je vois nager des cygnes Sur des canaux et dans la brume aux pUs flottants.
Je vois des ciels, des mers, des jardins êclat<inis, Par le miraculeux pouvoir de petits signes; Et j'écoute, égayé, — faveur des plus insignes, — Une reine m<e dire un conte du vieux temps.
Avec un Uvre, on ne craint pas la solitude. Le Uvre, c'est l'ami dont on a l'habitude. Dont l<i joie est la nôtre et la douleur aussi;
Le miroir oil le coeur se regarde lui-même.
Etonné de sa voir à nu, triste et saisi
Devamt la ressemblance effrayante et suprême!
L'AME REVELEE
Méditer de beaux vers, c'est apprendre son âme. La strophe est un miroir fidèle où l'on se voit Dans les traits d'un visage ami, pareil à soi, Avec la même angoisse aux yeux, la même flamme.
Ce que j'ai de secret, un verbe le proclame ; Ce que j'ai de confus, un mot l'éclairé en moi ; Et dans sa vérité mon être s'aper^uit, Cruel et lamentable, ou doux comme une femme.
Je suis là, par moi-même en face regardé, D'espérance ou de crainte ou d'amour obsédé, Libre de l'apparence imposée, — ô misère 1 —
Vraiment tel que je suis intérieurement. Triste, inquiet, rêveur, inconstant et sincère, Mais esclave soumis d'une bouche qui ment I