‹ Le miroir des joursChapitre 85 sur 120 · EN LISANT RONSARD · texte numérisé non relu

EN LISANT RONSARD

Ce soir, je lis des vers : je n'y suis pour personne.

J'ouvre mon vieux Ronsard dont le vers hautain sonne

Plus que tous les clochers aux riches carillons,

Que les flûtes d'argent et que les violons I

Les beaux sonnets d'amour qu'il chanta pour Hélène I

La langue savoureuse et colorée et pleine !

Oh I le verbe sincère et le coeur inconstant !

Hélène après Cassandre, et Marie, un instant,

Puis d'autres,. , . et toujours la musique est divine I

Chaque strophe est éclose en rose purpurine

Pour dormir sur un sein de neige, ému d'amour,

Et la gerbe tressée en poème, le jour,

Est défaite, la nuit, de ses fleurs parfumées

Pour être répandue aux pieds des bien-aimées !

—Ton vers a capté l'ombre et saisi la clarté,

La fraîcheur des forêts, la vie et la beauté !

Il sent le miel, il est plein de claires fontaines.

De vignes, de lait pur, d'agneaux aux blanches laines !

0 Ronsard, vieux païen né trop tard, quand les dieux

Depuis longtemps étaient dépossédés des eieux.

Epris des corps sans tache, amant des belles lignes

Où la grâce s'allie à la blancheur des cygnes.

Vois : ta gloire est vivace et croît comme un grand lys I

A sa robe les temps ne feront pas de plis

Comme à la rose que ta voix a consacrée,

Qui se fane éternellement à la vesprée !

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