DORMEZ
Dormez. Dans l’ombre vaste où rôde le vent frais, Le feuillage murmure en un bruit de marée ; L'espace est plein de lune et la nuit est sacrée.
Dormez comme ceux-l} qui dorment pour jamais !
Vous appeliez l'oubli : voici l'heure propice ; La grande paix descend pour habiter en vous.
Dormez suavement, comme les enfants doux
Qui sourient quand la nuit sur leurs fronts pâles glisse.
Dormez, vous que la vie affreuse a tourmentés, Ou que le sort fatigue infiniment et blesse ; Ah ! laissez s’assoupir enfin votre faiblesse
* Et reposer un peu vos esprits agités !
Dormez ; la nuit est bonne, Ô mortels misérables ! 4 Dormez ; l’aube viendra vous éveiller trop tôt ! Trop tôt, vous reprendrez la plume ou le marteau,
Et sous l’aiguillon d’or des rayons implacables
Vous maudirez l’azur ardent du jour si beau !