LES GANTS
Quand elle met ses gants, je l’aide, et c’est très long... Nous sommes tous les deux dans le petit salon
1Qui retient le parfum de sa robe d'automne.
Elle me tend ses mains; j'hésite, je tâtonne :
-Ses doigts sont délicats, fuselés, élégants !
Je les baie à loisir, quand je lui mets ses gants !
Je prolonge—elle est bonne et tendre—ce manège,
Et je goûte longtemps cette vivante neige,
Chaude comme le sang du coeur qu’elle m'offrit ;
Et pendant que je tiens ses doigts clairs, elle rit...
NS
—S’ils ne sont Pas bien mis, leg gants ?—On recommence !
Jeu d'enfants ou folie ! Q divine démence !
Les poètes aimés, tour à tour, vous diront
La caresse des doigts de femme à Votre front, Et l’exquise douceur de la chair féminine,
Et la bouche tremblante effleurant la Main fine !
Mais elle à mis ses gants Sans ïon aide, à la fin,
Je regarde ses Yeux humides gris de lin Avec Liut de regrets subits et de prièiss, Que ‘ouriante et rose et joigrant sos Paupières,
Elle se penche et vient Offrir À mes baisers
L'amour qui luit au fond de ses beaux yeux baissés !
oo