‹ Le Misanthrope, comédie en 5 actes et en versChapitre 15 sur 32 · CLITANDRE, ACASTE · texte numérisé non relu

CLITANDRE, ACASTE

' . CLITANDRE

CHER marquis, je te vois l'âme bien satisfaite, Toute chose t'égaie , et rien lié t'inquiète. En bonne foi, çrois-tu j sans t'éblouir les yeux,, Avoir dé grands sujets de paraître joyeux?

* , . '...'■■ ACASTE.' -■■■[' ■

Parbleu !. je ne vois pas,"lorsque je m'examine , Où'prendre aucun sujet d'avoir Tâme'çhagrine. J'ai du bien, je suis jeune, et" sors d'une maison Qui se peut dire noble avec quelque raison;.

Etjé crois, par lé rang que me donne ma race, Qu'il est fort peu d'emplois dont je.ne sois en

passe ';■"■"'•■ -, Pour le coeur, dont surtout nous devons faire

- ca? ?" . ■ ■ '.'■.'... .'.

On sait, sans vanité ,- que je n'en manque pas ; Et l'on.m'a vu pousser, dans lemonde, une af--

, faire ; D'une'assez vigoureuse et gaillarde manière.

Pour de l'esprit, j'en ai-, sans doute, et dé bon

^goùt, ' - , ■ ■'-- ' A juger sans étude; et raisonner de tout;.

A faire aux nouveautés , dont jesuis idolâtre , Figure de savant, sur les bancs du théâtre ; Y décider en chef, et faire du fracas A tous les beaux endroits qui méritent des ah! lié suis assez adroit, j'-ai bon air^ bonne mine , les dents belles i surfout, e't la taille fort fine ; Quant à se mettre bien, je crois, sans mé flatter, Qu'on serait niai venu 3e me le disputer. , Je me vois dans l'estime, autant qu'on y.puisse

être ; - . ''■•'.". --. . ' Fort aimé du beau sexe , et bien auprès du

.maître. . • , .

Je-crois qu'avec cela,.mon cher marquis, je croi Qulon peut, par tout pays, être content de soi.

P'LITANDKE-. ,. ' - ■ 7 - Oui ; mais , trouvant ailleurs des conquêtes fa--

. elles,:- ■-..',-. > . . ' - - ■ ' ' .- Pourquoi pousser ici des. soupirs-inutiles ?

■ -ACASTE. ■ .'

Moi, parBleu! je ne suis ni de taille -, ni d h'u-:

- meur s.- -;' ■ . ■ A pouvoir-d'une, belle essuyer la froideur.

C'est aux genë .mal tournés, aux mérités yiil--

• ■ gaires,/ .. ;. ►'".,., \- ■-, '.' Abrû|er cbnstamiiient pour des'béautéssévères; A languir à leurs pieds, et suuffrir.l'eurs rigueurs; A chercher le&secoùrs des soupirs et des pleurs ,y Et tâcher par des soins d'une, très-longue suite, D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite." Mais les géris de mon air,-marquis, ne sont pas

: faits''. . ■'■"■■■ -, •-.'..'- .-. ' '[ ; '; POÙT aimer à crédit, et faire tous les frajs.« . . Quelque rare que soit, le mérité des belles ,,, Je pense, dieu merci, qu'on vaut son prix

comme.elles ;:"'.,'■ ' : >.".', Que, pour se faire, honneur d^un coeur comme

le mien ,'■'■',': ..-'-':

Ce n'est pas là: raison qu'il fte-leur,çPÛte rien ;

- ACTE ÏÏI, SCÈNE I. 401 Et qu'ari moins, à.tqut mettre en de justes ba--

-.-■ lances';. •':■■"■" ■"■-'■ .■'.'■

Il faut qu'à frais communs se fassent les avances. . ' À ' ' ■ " '^CLITANDRE. ..■■-.- - '. ' .- . r. .' •< Tu pensés donc, marquis;; être fort bien-ici?

' ■ . A CASTE. . . ■'.' .'. i ■':"." ' .

J'ai quelque lieu, marquis , dé le pense,r ainsi ?.

•; CLIJANDRE:, • ".' . , : ■'"

Çrois-moi, détache-toi de cette erreur extrême : Tu té flattes, monclier,»et tVveiigles'tôi-même,.

'•-. -' •' •' • ' '.ACÀSTE. I -, ,v':-K--

Il est vrai, je me flatte , è;t m'asveùgle en effet.

' ' ■. - " "' ■-.' CLITANDRE.V . ■"■'- ' • ,-

Mais qui té .fait juger .tonbonhéursï parfait?! • ' '-"" - . ■ '■" '-';' À CASTE". ■ "'. . v'' '■"..' '. Jeme"jlatte.■ /.'.. , '■'■- .' -. ' . ' •'■;.-.'■ - - CtlTANDRÉ. ". ....'*-.

, V . Sur qupifonder tes conjectures? .

■„' " ■'' . ■ "• ' -, ACASTE.~ '.-' ■ '

Je.m?,aveu'gls. , '" . \, ' ,•/*

- CLÎTANDRE,... •- ;. - ':

: • ■ En asrtu des ^preuves, qui soient sûres ?".

-' ... . -,-.-■ : ^ACASTE. -' .-; - . ■ ..';' .•'■

Je m'abùsé, ,té di&-je:; '..". . ■■ ; .'■'--,,■. ,

■'' .,'..,'.'■ '.". ' ÇElfANDRE. ' ^ -. .. ■':''.

, ',-',. ,' ■ ;' Est-ce que de ses voeux

Célimène t?a fait quelques secrets aveux? '

;- .-..-' ' '" ■' ,"ACASTE-. .--- .;.,' ■•''.' . -'

Non,'J£suis maltraité. " . ' " " -,;.' .'•'■!■■."'* '"■'■.''■'-'•'. .ÇLÏTANDRÊ.- .,.-' - .;

■ ""c Réponds-moi;, je te prié,

- - . .•■'■-': -.'.ACASTE..''."•■ .":..."-'•-

Je ii'-ai que dès rebuts. •• 7 '. ...-'. y CLITANDRE. . • ■■■.:' :

;'. "Laissons la Raillerie,

Jt me dis quel espoir on peut t'ayoir. donné.

-■ ACASTE.,. " i, , Je suis le misérable-, et toi le fortuné ; On a pour ma personne une aversion grande ; Et, quelqu'un de ces jours, il faut que je me*

pende.

' ." CLITANDRE

Oh çàj veùx-tu, marquis, pour ajuster nos

voeux, '' ■ .'.'."'' Que nous tombions d'accord d'une chose tous,

deux? ; '■.. .....

Que, qui pourrai montrer une marque certaine D'avoir meilleure part au coeur de Célimène, L'autre ici fera place: au vainqueur prétendu , Et lé délivrera d'un rival assidu.

' '. ACASTE

Ah! parbleu! tu me plais avec un tel langage ; Et, du bon dé mon.coeur, à cela je m'engage.- Mais, chut. .' ■■.'-- ' '. ■

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