‹ Le Misanthrope, comédie en 5 actes et en versChapitre 17 sur 32 · ACTE lllj SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE lllj SCÈNE V

ARSINOÉ; . . !-

« -, .-• . v II n'est pps.néceSsaire, Madame , l'amitié doit surtout éclater Alix choses qui le plus nous peuvent importer ; Et, domine il n'en est point déplus grande im--

portance ■ >-'•".. '.,-'■ Que celles dé l'honneur e't de 'a bienséance,, Je viens, par un àyis qui touche votre honneur, Témoigner l'amitié que pour vous a mon coeur. Hier, j'étais chez des gens de vertu singulière , Ou sur vous, du discours, on tourna la matière; Et là , votre"conduite,.avec ses grands éclats , Madame , eût le malheurqu'on ne la loua pas.

Cette foule de gens dont vous-.souffrcz visite , Votre galanterie, et les bruifs qu'elle excite. Trouvèrent des censeurs plus qu'il n'aurait fall u , Et bien pius,ri.goureux'qne je n'eusse voulu. Vûûs. pouvez bien penser quel parti je sus pren--

,' dre : ' . ... ' Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre, Je youS excusai fortsur votre intention, • Et voulus de vôtre ânie.être la caution. , Mais vous savez qu'il est des çhoses.dans la vie Qu'onne-peut excuser, quoiqu?on en ait envie; Et je nie vis contrainte à demeurer d'accord QuèJ'âirdont vous yivez vous faisait un peu tort; Qu'il prenait dans le monde une méchauté-face ; Qu'il n'est conte fâcheux que partout On n'en

fasse ; ' ; ■ . . - Et que, si vous vouliez, tous vos déportements Pourraient moins donner prise aux' mauvais ju-- - . gèments.-- ,.-.-', :'&- Non que j'y croie au, fond l'honnêteté blessée ; Me préserve le ciel d'en avoir la pensée !

Mais aux Ombres du crime on prête aisément foi, Et ce n'est pas assez dé bien vivre pour Soi. Madame, je vous crois l'àme tropraisonnable Pour né pas prendre bien cet ayis'profitable ;; Et pour ne l'a.ttribuèr qu'aux mouvements se--

. 'créts.7 ■ • ..'..■• •/■ . '' ' 7. '•'." .

D'.un zèle qui m'attache à tous vos intérêts. " . . ■ . CÉtlMÉNE.7 ;' .. , Madame, j'ai Ijeaucojrpde grâces à vous rendre; Un tel'avis m'oblige, et, loin de le mal prendre , J'en prétends reconnaître à l'instant la faveur Par un avis au.ssi qui touohe v.otre\honnevir ; Et'comme je vous vois vous montrer mon amie, En'm'apprenant les bruits que de moi l'on publie, Je yeuxsuivie ; à mon tour, unéxémple si doux, En vous,avertissant de çé qu'on dit de vous.

Enimlieii, l'autre'jour; où je faisais visite j ■ Je trouyai quelques gens d'un très-rare mérite^ Qui, parlant des vrais soins'.d'une âme qui vit

'., bien,. ■' '• ..." , - Firent tomber sur vous, rnadame ,-.l?eutreticn. Là; votre pruderie et yos'éclàts de zèle ,- Ne furent pas cités.pommé un-fort bpn modèle. Cette affectation d'un grave extérieur, *'■.-. Vos discours éternels de.sagesse et d'honneurj Vos'mines et vos cris aux ombrés d'indécence-, Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence ; jSettç- hauteur d'estimé où vous "êtes de vous, Et ces yeux,de pitié que yôusvjetez sur tous; Vos fréquentes leçons et vos aigres censures Sur des choses qui sont innocentes et, pures ; ■ ',. Tout cela , si je puis vous, parler franchement:, Madame, fut blâmé d'un commun sen.tim.é*nt,

« A quoi bon," disaient-ilstcette miîîè modeste,,

« Et ce sage dehors que dément tout,le reste? « Elle est à bien prier exaxte au dernier' p*bint ; ' « Mais elle bat ses gens , et,ne les payé point:

- .-ACTE. III,,.'SCÈNE..y. 407 « .Dans tous les lieux dévots elle étale un grand

« zèle; :• ' '..-• ',.,■'■ »' Màis-elle met du blanc,' et Yejiït paraître belle. « Elle fait, des-tableaux, couvrir les nudités; « Mais elle a de l'ampùr pour les réalités, » Pour moi, contre chacun, je pris votre défense, Et leur assurai fort.que c'était médisance ; ' Mais tous ]es sentiments'combattirent le mien , Et leur .conclusion fut, que vous feriez bien tic prendre jnoins.desoins-de? actions des autrçs, Et de vousméttréjn peuplus en peinè'des vôtres; Qu'on-doit se regarder soi-même un fort long

Ttemps. ,■ • '■l '■•■',.'- \ Ayant quy de songer à condamner les gens ; Qu'il faut mettre lé poids d''ùiie yie exemplaire Dans lés ç'orréctionsqa'àux>aû très oh veut faire; Et. qù'enfcor vaut-il mieux: s'en.remettre au bè-- -■ soin, '■' ..'?,,;. ■ . / ■ i - A.'ceux à*qai le ciel en a commis le soin.

Madame , je vous-crois aussi t'rpp'raisonnahle Poiir né pa's prendre bien cet avis profitable,, ! Et pour ne l'attribuer'qu'aux/'mouyements scr : cre.ts■'• - . ..■ ';, - .;•-. ,-'•',,. '; •'■■■:'. .;'.-• D'un zèle qui m'attache.à; tous vos intérêts.

.•:,':. . ... ' ' ■ ÀRSiSoÉ.; A quoi qu'en reprenant on sûltassujettie y •Je ùë m'attendais pas à cette repartie, a '. ,Madaïne,;'et je vois bien-, par ce qu'elle a d'ai--

•;gieur£:;.-"-'; -.;.,- r ' , «■'* 'Queincn sincère avis Vous a b"lessée'au coeur. '

',' .- ' ■ ■',-.-CÉLIMÈNE".- ' ", -, ■ ,- - .' . .." Au contraire, madame; et, si l'on.était sàgé, Ces avp "mutuels, seraient mis en usage..

On détruirait pâr-là , traitant *de bornié foi, fie grand aveugleméhi où chacun est pour soi. Il ne tiendra qu'à Vous;<qu'ayeç le même zèle , Nous ne-continuions cet office fidèle; tEt' né prenions grand soin' dé nous dire, entre

" nous , ', "''■. ■'.-•-.- .7 Ce que nous entendrons^ vous de- moi, moi de

vous. '7 .. ' ,

' '■■.''■ ARSIN.OÉ. ','".'• Ah !. madame, de vous je ne puis rien entendre ; C'est en moi que l'on peut trouver/ort à repren--

■ dre. ... .<.'. .- .- '■" ' -. "-...'»

. ' ' " CÉLIMÈNE.- ■ ' i -.- Madame, on peut, je crois, lpuer etblâmertout, Et chacun a raison suivant l'âge ou: le. goût. Il est une saison pour la galanterie, Il en est une aussi, propre à la pruderie ;.

On peut, par politique , en prendre le parti Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti Cela sert à> couvrir de fâcheuses disgrâces.

Je ne dis pa*s qu'un jour je né suive vos tracés, L'âge amènera tout; et ce n'est-pas le temps, Madame ', comme on sait,, d'être prude à vingt

i ans. ; .'., '"•-.,-'-. ' ■'■» '.'■ "

- • ARS1N0É

Certes, vous vous targuez d'un bien faible avan-:

■ ;-tage, ., -'- , ."• 7 ; ' Etvous faites sonner terriblement votre âgé ; Ce que de plus que vo.us oii en pourrait ayohy N'est :pas d'un si. grand cas pour s'en tantpré--

; valgir'; ' ,•'■ 7 '.;' ■•■-.' .-" ..'■/-'■ "/• ' Etje ne sais pourquoi votre àmè ainsi s'emporte. Madame , à me pousser de. cette-étrange sorte.

-, ;CÉi,lMÈNE. , • ' - 7-- Et' moi je ne sais pas, madame, aussi pourquoi ' On vous voit en tous lieux vous déchaîner sur

moi; -, '--... • Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vbu§ .

prendre? ■'•' --'-..■,

, ACTE III., ^ SCÈNE V. 409 Etpùis-je mais des spins qu'on ne vaj>as vous.

- rendre? : " . , -'. ' > Si nia pefspnnè aux gens inspire de.l'gmour, Et si l'on continue à m'offfir chaque jour Des voeiïx que. votre coeur peut souhaiter qu'on ,

rn'ôte, . . ' ■ ■,- 7 .--.*..-' Je n'y saurais que faire, et ce n'est p'ts ma faute; Vous ayez le champ libre,,et je n'empêchepas Que, pour les attirer, vous n'ayez des appas.

, '/ ARSINOÉ. ■ Hélas! etcroyez-ycms que l'on se mette en peine De ce nombre Û'amants dont vous faites la Vaine? Et qu'il ne. nous soit.p'as fort aisé déjuger A quel.prix aujourd'hui l'on peut les engager? , Pensez-vous faire croire, à voir comme tout

roule", -..'-,,,, .:''.' Que votre' seul mérité attire cette foule ? /„■' Qu'ils'ne brûlent, pour- vuus.què d'un honnête

amour, ' .•';-'. ''..■.-'-. ; Et que, ppur vos vertus , ils vous;font tous'la

. cour?. '.- - -'-' 7 ' ..'••* ■,.':'-:.' '-" On ne s'aveugle poiht.par de vaines-défaites, Le "mondén'est point dupe ; et. j'en vois qui sont

faites • .,' ." A pouveir inspirer de tendres, sentiments , Qui chez- elles, pcurtant, ne fixent point "d'.a--

. niants- : '; ; -, -,'".- , ' ' Et, dé là , nous'pouvons tirer des conséquences Qu'oii n'acquiert point leurs coeurs sans de

grandes avances ; Qu'aucun", pour nos'beaux, yeux,' li'est^ notre

„ soupirant, ' " ,' ' Et qu'il faut acheter tous .les soins qu]on nous

'• rend. , . "' .-.-.■' ' Ne vous'enflez'donc point d'une si grande gloire

Pour les petits brillants d'une faible victoire, Et corrigez un peji" l'orgueil de. vos appas De trailer polir celàies gens du haut en bas. Si nos iyeiix enviaient lés conquêtes des vôtres, Je pense qu'ph'pourrait faire comme les autres, Ne se. p.oiût ménager;, 'et vous faire bien voir • Que l'onia des amants quand on en veut avoir. " ».-,-•• J -, - ÇELlMÉNE. ,' .,'■'-.

Ayez-en donc j-iriadanie, et voyons cette affaire : Par ce rare secret, éffprcézrvous de plaire ; Et sans.... •."•.- ... ■'." ' - !..- .'.'* \ ■ ' '. '. ARSINOÉ.* ..-. ■' .'

; ; 7Brisons/madame, un psireilentretien,, Il poiissëràit.trop-loin, yptr^e esprit et le mien ; Èfrjîau.réis pris déjà le congé qu'il faut'preridre. Si mon carrosse encor ne m'obligeait d'attendre:

".' ''; .. , ' eÉLrMENEt- . . ■; '■'..' Autant qu'il vous plaira', vous 'pouvez arrêter, Madame, et là'-dësus, rien ne doit vous lia ter:. Mais ', sans vous fatiguer dema cérémonie', ' - Je m'en vais .vous, donner meilleure compagnie ; Et monsieur ,,qu'a*propbs le hâsard.fait Venir '■' Remplira mieux ma placèà' vous entretenir.

7 -,.-.' {Alceste salue,Célimène.), ';i'-;.:;>;';;SCÈNÉ;:VLV;v^;;'

ALCESTE ,;C-iÉLIM-.ENÈ'-,: ÀRSINOÊ;.

' '.' -- -, '' , ÇÉUMÉNE • • ,. " ; : ,.-.

Alceste5.il faut que. j'aille écrire 'un mot^de

lettré ■•■'.'•. ' , -■.-" ; -7 '".:,-

Que!.,sans rnè:faire tort, je ne saurais remettre.

Soyez avec madame ■;, elle aura là bonté. .'

D'excuser aisément mon incivilité.

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