‹ Le Misanthrope, comédie en 5 actes et en versChapitre 28 sur 32 · CLITANDRE, ORONTE · texte numérisé non relu

CLITANDRE, ORONTE

'-" ' ACASTE, à Célimène:

Madame, nous venons tous deux, sans vous dé--

plaifey ..■'■'.'■.'' Eclaiicir avec vous une petite affaire. '

-..CLITANDRE, à Oronte et à Alceste.

Fort à propos, messieurs, vous vous trouvez ici ; Et Vous êtesmêlés dans cette affaire aussi.

ARsiNoé ,Jà Célimène. .

Madame, vous serez surprise de ma vue,' Maièrce sont cés.méssiéurs qui causent ma venue. Tous deux ils m'ont trouvée, et se sont plaints à

.moi ' ' ," '" D'un trait à quiriion coeur rie saurait prêter foi. J'ai du fond- de votre âme une-tirop haute estime Pour vous croire jamais capable d'un tel crime; MèsVéùx prit démentileurs témoiris'lesplus forts, Et, l'amitié passant sur de petits discords, ; J'ai bien voulu chez yens leur faire compagnie, Pour VPUS voir, Vous laver de cette calomnie.

ACASTE. .; . . . - Oui; madame ^voypriSj d'uri esprit adcuci, Comment vous vous prendrez à soutenir ceci.

Cette lettre par vous estécrit&à Clitandre.

CLITANDRE

Vous avez, pour Acaste, "écrit ce billet tendre.

- ACASTE , à Oronte et à Alceste.

Messieurs, ces traits pour vous n'ont point çTob--

scurité, ]"■ ' Et je ne doute pas que sa civilité A connaître sa main'n'aittroprsuvous instruire; Mais ceci vaut assez la peine je le lire.

Yous; êtes ira étrange homme,- Clitandre, 'de con-damner mon eujouemerit, et de me reprocher que je n'ai jamajs tant de joie que lorsque je ne suis. pas,, avec vous. Il n'y a rien déplus injuste; et si. vous ne. venez bien vite me demander pardon de celle offense,' JB ne vous la pardonnerai de ma vie. Notre grand Ûandriu de vicomte H devrait être ici." Notre grand flaiidtin de vicomte ,. par qui vousi com-mencez vos plaintes, est un .homme qui ne saurait'me revenir; et, depuis que je l'ai yïi, trois quarts-d'heure durant., cracher dans un puits pour faire des ronds, je n'ai pu jamais prendre bonne opinion de lui. Pour-le petit marquis C'est moi-même,'messieurs, sans nulle vanités Pour le petit marquis, qui. me tint:hier loligLcmps la main, je trouvé qu'il n'y a rien de si mince.que"loute sa personne ; et ce sont de ces mérites qui n'ont que la cape et l'épée. Pour l'homme aux rubans verts...*..

{à Alceste.) -, , ... V 'y V A vous le dé, monsieur..

Pour l'homme tfux rubans vcrjts, ii'me.dîvcrtii quel-quefois aVéc ses brusqueries'' et son chagrin "lioîi.rru;; mais il est cent moments ou je le trouve le plus'f&éheùs du monde. Et pour l'homme au sonnet..%.. *'-'"'<■ ; '

(à Oronte.) ■ ■--'"■''. ■''■' ■'•■>■'' '-'!*'< ■' Voici votre paquet.

Et pour l'homme : au sonnet, qui s'est jele'-daris'Ie -bel

ACTE V, SCÈNE V. 441 esprit; eL veut être auteur maigre' tout le monde, je ne puis me donner 4a peine d'écouter, ce qu'il dit ^ et sa prose me fatigue autant que ses vers. Mettez-vous donc eu tête que je ne me divertis jjas.toujours si bien que vous pensez *, que je vous trouve à dire, plus que je ne voudrais, dans toutes les parties où l'on m'entraîne; et que c'est un merveilleux assaisonnement aux plaisirs qu'on goùle, que la présence.des gens qu'on aime..

t , 'CLITANDREi Me voici maintenant J moi.

Votre Clitandre, dont vous me parlez , et qui fait tant le doucereux, est le dernier des hommes pour qui j'au-rais dé l'amitié. Il est extravagant de se persuader qu'on l'aimé, et vous l'êtes de croira^ qu'on ne vous aime pas. Changez, pour être raisonnable, vos sentiments contre les siens, et voyez-moi le plus que vous pourrez , pour m'aider à porter le chagrin d'en être obsédée... D'un fort beau,caractère on voit là le modèle, Madame ,'et vous savez comment cela s'appelle. Il suffit. Nous allons, l'un et l'autre, en tous

lieux, Montrer: de votre coeur le portrait glorieux. '

' AC.ASTE.'- J'aurais de quoi voùs:dire, etbelleéstla matière; Mais je ùe vous tiens pas digne de ma colère; Et je vous ferai voir que les petits marquis Ont,pour se consoler, des coeurs de plushaut prix.

{Clitandre et Acaste sojtent.)

Page 1