ACTE TROISIÈME 7I
ACASTE Moy? Parbleu! je ne suis de taille ni d'humeur, A pouvoir d'une belle essu^'er la froideur. C'est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires, A brûler constamment pour des beautez sévères, A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs, A chercher le secours des soupirs et des pleurs. Et tâcher, par des soins d'une très-longue suite. D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite. Mais les gens de mon air, Marquis, ne sont pas faits Pour aimer à crédit, et faire tous les frais. Quelque rare que soit le mérite des belles, Je pense, Dieu mercy, qu'on vaut son prix comme elles; Q,ue, pour se faire honneur d'un cœur comme le mien. Ce n'est pas la raison qu'il ne leur coûte rien, Et qu'au moins, à tout mettre en de justes balances, Il faut qu'à frais communs se fassent les avances.
CLIÏANDRE Tu penses donc, Marquis, estre fort bien icy?
ACASTE J'ay quelque lieu, Marquis, de le penser ainsy.
CLITANDRE Crois-raoy, détache-toy de cette erreur extrême : Tu te flattes, mon cher, et t'aveugles toy-mesme.
ACASTE Il est vray, je me flatte et m'aveugle, en effet.
CLITANDRE Mais, qui te fait juger ton bonheur si parfait?
ACASTE |e me flatte.
CLITANDRE
Sur quoy fonder tes conjectures?
ACASTE |e m'aveugle.
CLITANDRE
En as-tu des preuves qui soient seures?
ACASTE Je m'abuse, te dis-je.
CLITANDRE
Est-ce que, de ses vœux, Célimène t'a fait quelques secrets aveux?
ACASTE
Non, je suis maltraité.