‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 58 sur 96 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

} 'en prétends reconnoistre à l'instant la faveur. Pour un avis auss}' qui touche vostre honneur ; Et, comme je vous vois vous montrer mon amie, En m'apprenant les bruits que de moy l'on publie. Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux. En vous avertissant de ce qu'on dit de vous. En un lieu, l'autre jour, où je faisois visite. Je trouvay quelques gens d'un très rare mérite, Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien. Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien. Là, vostre pruderie et vos éclats de zèle Ne furent pas cités comme un fort bon modèle : Cette affectation d'un grave extérieur.

Vos discours éternels de sagesse et d'honneur. Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence Q^ue d'un mot ambigu peut avoir l'innocence^ Cette hauteur d'estime où vous estes de vous. Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous. Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures Sur des choses qui sont innocentes et pures ; Tout cela, si je puis vous parler franchement. Madame, fut blâmé d'un commun sentiment. A quoy bon, disoient-ils, cette mine modeste. Et ce sage dehors que dément tout le reste? Elle est à bien prier exacte au dernier poinct; Mais elle bat ses gens et ne les paye point.

So LE MISANTHROPE

Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle ;

Mais elle met du blanc et veut paroistre belle.

Elle fait des tableaux couvrir les nuditez.

Mais elle a de l'amour pour les réalitez.

Pour moy, contre chacun, je pris vostre défense,

Kt leur assuray fort que c'estoit médisance ;

Mais tous les sentimens combattirent le mien.

Et leur conclusion fut, que vous feriez bien

De prendre moins de soin des actions des autres.

Et de vous mettre un peu plus en peine des vostres ;

Q^u'on doit se regarder soy-mesme un fort long tems

Avant que de songer à condamner les gens ;

Q^u'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire

Dans les corrections qu'aux autres on veut faire ;

Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,

A ceux à qui le Ciel en a commis le soin.

Madame, je vous crois aussy trop raisonnable.

Pour ne pas prendre bien cet avis profitable.

Et pour l'attribuer qu'aux mouvemens secrets

D'un zèle qui m'attache à tous vos intérests.

ARSINOÉ A quoy qu'en reprenant on soit assujettie. Je ne m'attendois pas à cette repartie. Madame ; et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur, Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.

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