ACTE TROISIÈME
Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,
Q,ue vostre seul mérite attire cette toule 1
Q,u'ils ne brûlent pour vous que d'un honneste amour,
Et que, pour vos vertus, ils vous font tous la cour?
On ne s'aveugle point par de vaines défaites ;
Le Monde n'est point dupe ; et j'en vois qui sont faites
A pouvoir inspirer de tendres sentimens,
Q,ui chez elles pourtant ne fixent point d'amans;
Et de là nous pouvons tirer des conséquences.
Qu'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances.
Qu'aucun, pour nos beaux yeux, n'est nostre soupirant.
Et qu'il faut acheter tous les soins qu'on nous rend.
Ne vous enflez donc pas d'une si grande gloire
Pour les petits brillans d'une foible victoire ;
Et corrigez un peu l'orgueil de vos appas.
De traiter pour cela les gens de haut en bas.
Si nos yeux envioient les conquêtes des vostres,
Je pense qu'on pourroit faire comme les autres,
Ne se point ménager, et vous faire bien voir
Que l'on a des amans, quand on en veut avoir.
CÉLIMÈNE
Ayez-en donc. Madame, et voyons cette affaire ; Par ce rare secret efforcez-vous de plaire ; Et sans...
ARSINOÉ
Brisons, Madame, un pareil entretien ; Il pousseroit trop loin vostre esprit et le mien; Et j'aurois pris déjà le congé qu'il faut prendre. Si mon carrosse encor ne m'obligeoit d'attendre.
Autant qu'il vous plaira, vous pouvez arrester. Madame, et, là-dessus, rien ne doit vous haster; Mais, sans vous fatiguer de ma cérémonie ; Je m'en vais vous donner meilleure compagnie; Et Monsieur, qu'à propos le hasard fait venir. Remplira mieux ma place à vous entretenir.