ACTE TROISIÈME
ARSINOÉ
Pourmo3', je voudrois bien que, pour vous montrer mieux, Une charge à la Cour vous pût frapper les yeux. Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines. On peut, pour vous servir, remuer des machines, Et j'ay des gens en main que j'emploieray pour vous. Qui vous feront à tout un chemin assez doux.
ALCESTE
Et que voudriez-vous. Madame, que j'y fisse? L'humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse. Le Ciel ne m'a point fait, en me donnant le jour, Une âme compatible avec l'air de la Cour. Je ne me trouve point les vertus nécessaires Pour y bien réussir, et faire mes affaires. Estre franc et sincère est mon plus grand talent; Je ne sçais point jouer les hommes en parlant; Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense. Doit faire en ce pays fort peu de résidence. Hors de la Cour, sans doute, on n'a pas cet appuy. Et ces titres d'honneur qu'elle donne aujourd'huy ; Mais on n'a pas aussy, perdant ces avantages. Le chagrin de jouer de fort sots personnages. On n a point à souffrir mille rebuts cruels. On n'a point à lolier les vers de Messieurs tels.
A donner de l'encens à Madame une telle.
Et de nos francs Marquis essuyer la cervelle.
ARSINOÉ Laissons, puisqu'il vous plaist, ce chapitre de Cour, Mais il faut que mon cœur vous plaigne en vostre amour ; Et pour vous découvrir là-dessus mes pensées, Je souhaiterois fort vos ardeurs mieux placées. Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plus doux. Et celle qui vous charme est indigne de vous.
ALCESTE Mais, en disant cela, songez-vous, je vous prie. Que cette personne est, Aladame, votre amie ?
ARSINOÉ Ouy. Mais ma conscience est blessée en effet De souffrir plus longtemps le tort que l'on vous fait. L'estat où je vous vois afflige trop mon âme. Et je vous donne avis qu'on trahit vostre flamme.
ALCESTE C'est me montrer. Madame, un tendre mouvement. Et de pareils avis obligent un amant!
ARSINOÉ Ouy, toute mon amie, elle est et je la nomme Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme ; Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs.