‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 65 sur 96 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Et la sincérité dont son âme se pique A quelque chose, en soy, de noble et d'héroïque. C'est une vertu rare au Siècle d'aujourd'huy. Et je la voudrois voir partout comme chez luy.

PHILINTE

Pour moy, plus je le vois, plus surtout je m'étonne

De cette passion où son cœur s'abandonne :

De l'humeur dont le Ciel a voulu le former,

Je ne sçais pas comment il s'avise d'aimer;

Et je sçais moins encor comment vostre cousine

Peut estre la personne où son penchant l'inchne.

ÉLIANTE Cela fait assez voir que l'amour, dans les cœurs. N'est pas toujours produit par un rapport d'humeurs; Et toutes ces raisons de douces sj'^mpathies Dans cet exemple-cy se trouvent démenties.

PHILINTE Mais croyez-vous qu'on l'aime, aux choses qu'on peut voir?

ÉLIANTE C est un poinct qu'il n'est pas fort aisé de sçavoir. Comment pouvoir juger s'il est vray qu'elle l'aime? Son cœur de ce qu'il sent n'est pas bien sûr luy-mesme.

Il aime quelquefois sans qu'il le sçache bien. Et croit aimer aussi, parfois, qu'il n'en est rien.

PHILINTE Je crois que nostre amy, près de cette cousine. Trouvera des chagrins plus qu'il ne s'imagine; Et, s'il avoit mon cœur, à dire vérité, Il tourneroit ses vœux tout d'un autre côté; Et, par un choix plus juste, on le verroit, Madame, Profiter des bontés que lui montre vostre âme.

ÉLIANTE Pour moy, je n'en fais point de façons, et je croj»^ Qu'on doit, sur de tels polncts, estre de bonne foy. Je ne m'oppose point à toute sa tendresse; Au contraire, mon cœur pour elle s'intéresse ; Et, si c'estoit qu'à moy la chose pût tenir, Moy-mesme, à ce qu'il aime, on me verroit l'unir. Mais, si dans un tel choix, comme tout se peut faire. Son amour éprouvoit quelque destin contraire, S il falloit que d'un autre on couronnât les feux. Je pourrois me résoudre à recevoir ses vœux; Et le refus souffert, en pareille occurrence. Ne m'y feroit trouver aucune répugnance.

PHILINTE Et moy, de mon côté, je ne m'oppose pas, Madame, à ces bontés qu'ont pour luy vos appas;

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