ACTE QUATRIÈME
PHILINTE
Peut-estre est-ce un soupçon conçu légèrement,
Et vostre esprit jaloux prend parfois des chimères,..
Ah! morbleu! meslez-vous, Monsieur, de vos affaires.
A Ê liante.
C'est de sa trahison n'estre que trop certain. Que l'avoir, dans ma poche, écrite de sa main. Ouy, Madame, une lettre écrite pour Oronte A produit à mes yeux ma disgrâce et sa honte; Oronte, dont j'ay cru qu'elle fuyoit les soins, Kt que de mes rivaux je redoutois le moins.
PHILINTE
Une lettre peut bien tromper par l'apparence, Kt n'est pas quelquefois si coupable qu'on pense.
ALCESTE
Monsieur, encore un coup, laissez-moy, s'il vous plaist Et ne prenez soucy que de vostre intérest.
ÉLIANTE Vous devez modérer vos transports, et l'outrage...
ALCESTE Madame, c'est à vous qu'appartient cet ouvrage;
lOO LE MISANTHROPE
C'est à v^ous que mon cœur a recours aujourd'huy Pour pouvoir s'affranchir de son cuisant ennuy. Vengez-moy d'une ingrate et perfide parente Qui trahit lâchement une ardeur si constante; Vengez-moy de ce trait qui doit vous faire horreur.
ÉLIANTE Moyl vous venger 1 Comment?
ALCESTE
En recevant mon cœur.
Acceptez-le, Madame, au lieu de l'infidèle : C'est par là que je puis prendre vengeance d'elle ; Et je la veux punir par les sincères vœux. Par le profond amour, les soins respectueux, Les devoirs empressés et l'assidu service Dont ce cœur va vous faire un ardent sacrifice.
ÉLIANTE
Je compatis, sans doute, à ce que vous souffrez,
Et ne méprise point le cœur que vous m'offrez ;
Mais peut-estre le mal n'est pas si grand qu'on pense.
Et vous pourrez quitter ce désir de vengeance.
Lorsque l'injure part d'un objet plein d'appas.
On fait force desseins qu'on n'exécute pas;
On a beau voir, pour rompre, une raison puissante.