ALCESTE, PHILINTE
ALCESTE A résolution en est prise, vous dis-jp.
Mais, quel que soit ce coup, faut-il qu'il vous oblige?...
ALCESTE
Non, vous avez beau faire et beau me raisonner. Rien de ce que je dis, ne me peut détourner : Trop de perversité règne au Siècle où nous sommes, Et je veux me tirer du commerce des kommes.
Q,uo3'^ I contre ma partie on voit tout à la fois
L'honneur, la probité, la pudeur et les lois ;
On publie en tous lieux l'équité de ma cause ;
Sur la fo3' de mon droict mon âme se repose :
Cependant je me vois trompé par le succès,
J'ay pour moy la justice, et je perds mon procès I
Un traistre, dont on sçait la scandaleuse histoire.
Est sorti triomphant d'une fausseté noire !
Toute la bonne foy cède à sa trahison !
Il trouve, en m'égorgeant, moyen d'avoir raison !
Le poids de sa grimace, où briUe l'artifice.
Renverse le bon droict, et tourne la justice 1
Il fait par un arrest couronner son forfait !
Et, non content encor du tort que l'on me fait,
Il court parmy le monde un livre abominable.
Et de qui la lecture est mesme condamnable,
Un livre à mériter la dernière rigueur.
Dont le fourbe a le front de me faire l'auteur !
Et là-dessus, on voit Oronte qui murmure
Et tâche méchamment d'appuyer l'imposture !
Luy, qui d'un honneste homme à la Cour tient le rang,
A qui je n'ay rien fait qu'estre sincère et franc,
Q,ui me vient, malgré moy, d'une ardeur empressée.
Sur des vers qu'il a faits demander ma pensée ;
Et parce que j'en use avec honnesteté,
Et ne le veux trahir, luy, ny la vérité.