‹ Le misanthrope, comédie. Publiée sur les textes originaux avec une préf. et des notesChapitre 77 sur 96 · ALCESTE, PHILINTE · texte numérisé non relu

ALCESTE, PHILINTE

ALCESTE A résolution en est prise, vous dis-jp.

Mais, quel que soit ce coup, faut-il qu'il vous oblige?...

ALCESTE

Non, vous avez beau faire et beau me raisonner. Rien de ce que je dis, ne me peut détourner : Trop de perversité règne au Siècle où nous sommes, Et je veux me tirer du commerce des kommes.

Q,uo3'^ I contre ma partie on voit tout à la fois

L'honneur, la probité, la pudeur et les lois ;

On publie en tous lieux l'équité de ma cause ;

Sur la fo3' de mon droict mon âme se repose :

Cependant je me vois trompé par le succès,

J'ay pour moy la justice, et je perds mon procès I

Un traistre, dont on sçait la scandaleuse histoire.

Est sorti triomphant d'une fausseté noire !

Toute la bonne foy cède à sa trahison !

Il trouve, en m'égorgeant, moyen d'avoir raison !

Le poids de sa grimace, où briUe l'artifice.

Renverse le bon droict, et tourne la justice 1

Il fait par un arrest couronner son forfait !

Et, non content encor du tort que l'on me fait,

Il court parmy le monde un livre abominable.

Et de qui la lecture est mesme condamnable,

Un livre à mériter la dernière rigueur.

Dont le fourbe a le front de me faire l'auteur !

Et là-dessus, on voit Oronte qui murmure

Et tâche méchamment d'appuyer l'imposture !

Luy, qui d'un honneste homme à la Cour tient le rang,

A qui je n'ay rien fait qu'estre sincère et franc,

Q,ui me vient, malgré moy, d'une ardeur empressée.

Sur des vers qu'il a faits demander ma pensée ;

Et parce que j'en use avec honnesteté,

Et ne le veux trahir, luy, ny la vérité.

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