CE LIME NE
Mon Dieu ! que cette Instance est là, hors de Saison. Et que vous témoignez, tous deux, peu de Raison! le sçay prendre Party sur cette Préférence, Et ce n'est pas mon Cœur, maintenant, qui balance: Il n'est point suspendu, sans doute, entre vous deux, Et rien n'est si tost fait, que le chois de nos vœux. Mais ie souffre, à vray dire , vne gesne trop forte , A prononcer en face , vn aueu de la sorte :
le trouue que ces Mots, qui sont desobligeans, Ne se doiuent point dire en presence des Gens : Qu'vn Cœur, de son Penchant, donne assez de lumiere, Sansqu'on nous fasse aller, jusqu'àrompre en visiere: Et qu'il suffit , enfin , que de plus doux Témoins Instrüisent vn Amant, du malheur de ses Soins.
ORONTE
Non, non, vn franc Aueu n'a rien que i'apréhende, l'y consens pour ma part.
ALCESTE
Et moy, ie le demande ; C'est son éclat, sur tout, qu'icy i'ose exiger, Et ie ne pretens point vous voir rien ménager. Conseruer tout le Monde , est vostre grande étude , Mais plus d'amusement, et plus d'incertitude; 11 faut vous expliquer, nettement , là-dessus, Ou bien , pour vn arrest, ie prens vostre refus : le sçauray, de ma part, expliquer ce silence, Et me tiendray pour dit, tout le mal que i'en pense.
ORONTE
le vous sçay fort bon gré, Monsieur, de ce courroux, Et ie luy dis, icy, mesme chose que vous.