Saint Thomas Becquet, mort en 1170, canonisé en
tiales ont été correctement enluminées, parfois avec une véritable élégance. Il y faut signaler deux grandes peintures à pleine page : sur le fol. 102, les images de saint Pierre et de saint Jean; sur le fol. 102 v°, l'image du Père Eternel.
Les introït, graduels, offertoires et communions sont notés en neumes.
Le missel est ainsi divisé :
Fol. 1-98 : Propre du temps;
Fol. 99-101 : Calendrier.
Fol. 102-104 : Préface et Canon.
Fol. 105-152 : Propre des saints.
Fol. 152-175 : Commun et messes diverses.
Le manuscrit présente des lacunes assez considérables, qui existaient déjà au xviii® siècle quand il a été folioté. Il y manque :
1* Les feuillets du commencement qui contenaient les messes du propre du temps, jusqu'à la septuagésime, dont Tintroït Circumdederunt est sur la seconde colonne de la première page;
2"* Plusieurs feuillets dans le propre du temps, entre les fol. 59 et 60, entre les fol. 62 et 63;
3** Plusieurs feuillets du cahier consacré aux préfaces et au canon de la messe; il n'en subsiste que trois, cotés 102-104.
4** Plusieurs feuillets au commencement du propre des saints;
5^* Après le feuillet 121, les feuillets qui contenaient les messes des fêtes comprises entre le 8 juin et le 4 juillet.
Plusieurs feuillets ont beaucoup souffert par suite de l'action de réactifs employés pour faciliter le déchiffrement.
L'origine du missel n'est guère difficile à déter-
miner. Il a été fait pour une église du Poitou. Les particularités suivantes le démontrent surabondamment :
1** Dans les litanies du Samedi saint (fol. 59), il y a seulement ces trois invocations de pontifes : « Ylarii, Martialis, Martine, » et ces trois invocations de confesseurs : « Bénédicte , Maure , Maxenti. »
2** Dans la section des messes diverses, en dehors du Propre suivant l'ordre de Tannée liturgique, on trouve, au fol. 164, l'office intitulé : « Commemoratio sancti Hylarii. »
3"* Le calendrier, dont le texte complet sera reproduit un peu plus loin, mentionne les fêtes suivantes :
1 février. Leoni confessoris.
31 mai. Porcharii abbatis.
1 juin. Jovini abbatis.
26 juin. Maxencii confessoris.
1 juillet. Eparcii presbyteri.
16 juillet. Generosi abbatis.
13 août, Radegundis virginis'.
14 décembre. Fortunati.
Les fêtes de deux saints du diocèse de Nantes ont été ajoutées après coup :
17 juin. Similiani confessoris.
10 octobre. Clari, episcopi Nannetensis.
Primitivement le Missel a pu être destiné à un monastère ou à un chapitre; mais dès le xiii^ siècle
1. Le manuscrit porte un v surmonté du signe abréviatif des lettres er ou ir. C'est ainsi que le mot virginis est figuré à beaucoup d'endroits du calendrier.
il servait à une église paroissiale, comme Tattestent plusieurs notes ajoutées sur les fol. 98 v^, 100 v°, 102 et 103 v^
Nous avons donc ici le missel de l'église de la Madeleine de Barbechat, et la façon dont le nom de Marie Madeleine est inscrit dans le calendrier (le mot MARIE en lettres capitales) prouve que le livre a été dès l'origine destiné à Téglise de Barbechat.
Barbechat est aujourd'hui un simple village du département de la Loire-Inférieure, dont l'église est marquée sur la carte de Cassini au Nord-Est de Nantes, un peu au Midi de la Loire. C'était le siège d'un prieuré de Sainte-Radegonde, qui, dans les temps modernes, dépendait de l'abbaye de Saint- Sulpice de Rennes.
Sur deux pages du cahier réservé au texte des préfaces et du canon, on a ajouté en marge les noms de différents bienfaiteurs qui étaient particulièrement compris dans les intentions du célébrant. Voici quelques-uns de ces noms :
Sur le fol. 102 :
Matheus Halegrin. Bona filia, uxor ejus. Relicta Laurencio li Bedeau.
Heredes de Barbechat.
Dame Aenor de La Riverie.
Sur le fol. 103 v« :
Rivallen archidiaconus.
Daniel cappellanus.
Herveus cappellanus.
Andréas Brito.
Andréas vicecomes.
Petronilla vicecomitissa.
Guillermus Infans.
Amaurri Crespin. Thebaut, filius ejus.
Davi de Rays.
Petrus Boscher.
Davi Seibran.
Dulcia.
Guillermus de Barbechat.
Reginaudus Grahori.
Mengui de Vaus.
Laurencius capellanus.
Plusieurs de ces noms se retrouvent clans les mémoriaux inscrits sur les fol. 98 v"* et 100 v"*, relatifs à des fondations faites dans l'église à laquelle le missel était affecté :
Willelmus Potarst, quemdam quarterium cere. (Fol. 98 vo.) Johannes Raboteau, 11 d. super quemdam (sic) minetam terre, quam dédit confiliole fîlie Johannis Raboteau in elemosina. (Ibid.)
Willelmus Girarst^ dédit in elemosina ecclesie de Barbechat, s[cilicet] Béate Marie, tria prebendaria terre in feodo Radulfî Boisse, et VI d. ad ecclesiam reparandam, et VI d. confraternitati dicte ecclesie, et IIII d. capellano dicte ecclesie, super dotem uxoris sue, et II denarios super terram suam de Aleeria, quam tenet uxor Giraldi Torti pedis. [Ibid.) Heredes de Barbechat III d., ad luminare ecclesie. [Ibid.) Matheus Halegrin et Bona filia, uxor ejus, dederunt Deo et Béate Marie Madalene duas libras cere ad luminare ejusdem ecclesie..., pro anniversariis suis faciendis... (Fol. 100 vo.)
Dans une de ces notes Téglise est expressé-
1. L'anniversaire de « Willelmus Girarst » est marqué au 22 avril dani le calendrier du Missel.
ment dénommée : ecclesia de Barbechat, scilicet Beaie Marie, et dans une autre Beata Maria Madalena.
Sur les marges des feuillets qui précèdent le Propre des saints, ont été copiées en caractères du xiii^ siècle, deux pièces qui méritent d'être particulièrement signalées.
La première est Tépître farcie de la messe de saint Etienne. Je puis en donner le texte moins les dernières lignes de la fîn\
Por amor Dé, vos prie, senor barons,
Séez vos toz, si orez la leçons
Pe seint Estene le glorious barons :
Cy conté l'a par bonne entencions,
Quar a cel jor reçut il pasions. (Fol. 103 v°.)
Laudabilis^ miles et prepotens, Quem visitavit ex altis Oriens In hora mortis, qua fuit paciens, Pulcre déclarât presens Lectio Actuum apostolorum.
In diebus illis : Elegerunt septem levitas in ministerio, de quorum collegio Stephanus. plenus gratia et fortitudine Sancti Spiritus collata sibi divinitus, faciebat prodigia et signa magna in populo, scilicet hebraico non credenti Dei verbo. Surrexerunt autem quidam de sinagoga que apellatur Libertinorum, Cirenensium et Alexandrinorum et eorum qui erant a Cilicia et Asia, disputantes con Stephano, ore torvo, corde furibundo, et non poterant resistere sapiencie et Spiritui de Pâtre et Filio procedenti, qui loquebatur monitis salutaribus ;
1. Cf. L. Maître, Inventaire des Archives de la Loire-Inférieure, E Supplément, p. 349.
2. Ce qui suit est copié sur le fol. 104, et le texte est accompagné d'une notation en neumes.
docèbat eos Stephanus. Audientes autem hec dissecabantur cordibus suis, etmoti fellis turbine, stridebant dentibus in eum pre nimia invidia, vexati consciencia, inferentes convicia. Con autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancto, subtili, dulci, acuto, intendens in celum, vidit gloriam Dei et Jhesum stantem a dextris, et ait : « Laudo celestis glorie regem, natum ex Virgine, nondum sum in certamine. Ecce video celos apertos et filium hominis stantem a dextris virtutis Dei, Patris inestimabilis et in sanctis mirabilis, per omnia possibilis. » Exclamantes autem voce magna continuerunt aures suas a fide sanctam {sic) rigidas, et impetum fecerunt unanimem in eum ; féroces et increduli, in accusando seduli contra Stephanum emuli, et eicientes eum virum sanctum et justum extra civitatem, lapidabant et ictibus oppositum occidebant jam Stephanum celos intrantem meritum, et testes deposuerunt vestimenta sua queque trahentes hoherosa secus pedes adolescentis necem sancti spectantis, qui vocabatur Saulus, qui hujus sancti precibus post hec victus, fidelibus datus est[apostolus] gentibus. Et lapidabant Stephanum, invocantem et dicentem pro cujus almo nomine [moriebatur] fuso sanguine : < Domine Jhesu, accipe spiritum meum migrantem a[corpore], ad ethera sublatum tua gratia. Positis autem genibus ^
Différentes versions de l'épitre farcie de saint Etienne ont été l'objet d'un mémoire de mon cher confrère M. Paul Meyer, inséré dans le Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1887, p. 315-323.
Il suffit d'y renvoyer le lecteur.
La seconde pièce (fol. 105 v^) est une sorte de sermon, ou de leçon, en vers français, pour la fête de saint Jean l'évangéliste. Il consiste en onze strophes de cinq vers chacune. Le peu de temps que le ma-
1. L'usure du parchemin rend illisibles les trois dernières lignes.
nuscrit est resté à ma disposition ne m'a permis d'en copier que les quatre premières.
Aiez vos pez, senores, si ecotez : Por De vo prie que noise ne facez.
Ores la leçon o bon cor entendez, De sent Johan qui feste célébrez, Qui et eu cel, en tere enorez.
Cil santé Johan fut Jhesu, ce sachez,
Gosin germans, e fut juene si privez,
To tens fut virges e plens de grante bontez :
Par ce fut plus que ces autres amez,
E en la corte Jhesu plus ennoret.
Quar ce trovon que, quant il acena
Le sous deciples, si lor amonesta
La soe morte, siconde luy ala,
Sor son pez s'endormit, quar De le commanda,
Tant par lot cher Jhesu e tant l'ama !
En apries autre amor li moutra,
Quar en la croez élevez (?) le lésa
A cil baron sa mère commanda,
A luy aie autresi li livra,
La virge au virge, la mère au fiz livra.
Comme exemple des traits insérés dans plusieurs messes, je citerai celui de la fête de la Purification (fol. 112 v'') :
TR. Diffusa est gracia in labiis tuis, propterea benedixit te Deus in eternum. Specie tua d pulcritudine tua ; intende, prospère procède et régna. Propter veritatem et mansuetudinem et justiciam, et deducet te mirabiliter dextera tua. Di-
lexisti justiciam et odisti iniquitatem, propterea unxit te Deus, deus tuus, oleo leticie. Audi, filia, et vide et inclina aurem tuam, et obliviscere populum tuum et domum patris tui. Et concupivit rex decorem tuum, quoniam ipse est dominus deus tuus et adorabunt eum. Adducentur régi virgines, post eam, proxime ejus, offerentur tibi.
V. Adducentur in leticia et exultacione, adducentur in templum régi domino.
Dans l'évangile de la Passion, on a marqué par la lettre C le texte du récitatif, par une croix les paroles du Christ et par la lettre S les paroles des autres personnages mis en scène.
Des notations analogues, mais avec des signes ou marques différentes, ont été remarquées dans plusieurs anciens missels ou évangéliaires. M. le chanoine MuUer, aumônier de THospice Condé à Chantilly, a, dans un des derniers Congrès des Sociétés savantes, appelé l'attention sur celles que renferme l'ancien texte des évangiles conservé au trésor de Féglise de Noyon.
Au bas du fol. 102 v*' a été ajoutée une oraison à saint Louis, en caractères d'une date assez voisine de l'année de la canonisation (1297); elle est devenue en partie illisible; mais dans la première ligne on distingue nettement les mots : « rex Franchorum, exemplar justicie, lex et norma morum... »
P. -S. — J'ai reconnu depuis que le missel avait été décrit en 1892 par mon confrère M. Léon Maître, dans un volume de l'Inventaire des Archives de la Loire-Inférieure (t. V, p. 348), et qu'il était irrégulièrement sorti des Archives de Barbechat. J'en ai fait part au libraire, M. Jacques Rosenthal, qui, sans réclamer aucune indemnité, en a très gé-
néreusement fait don à la Bibliothèque Nationale, au mois de novembre 1904. Le manuscrit porte aujourd'hui le n** 1890, dans le fonds latin des nouvelles acquisitions.
Calendrier du Missel de Barbechat.
tranuarlus.