Le missel romain
I. Notion du Missel plénier. — Le Missel plénier est le recueil où sont réunies toutes les prières nécessaires à la célébration de la sainte Messe, avec l'indication des rites et des cérémonies qui accompagnent la récitation de ces prières. Il renferme le contenu des Sacramentaires (collectes, secrètes, préfaces, postcommunions et canon de la messe, le contenu des Lectioiinaires et Evangéliaires (épîtres et évang-iles de l'année), l'ancien Antiphonaire de la Messe ou recueil des parties chantées par le chœur (introïts, graduels, alleluïas ou traits, offertoires , cotnintùnions ; Kyrie, Gloria in excelsis. Credo, Sanctus et Ag7tus), enfin les indications données par les Ordines ou Céréinoniaiix et marquant les rites à observer dans l'offrande du saint Sacrifice.
II. Dénomination du recueil. — L'expression Missel est certainement plus ancienne que le recueil auquel elle devait être appliquée à partir du ix^ siècle : on la trouve dansEgbert d'York (i) (732) sous cette forme Liber Missalis^ elle se lit
(i) Eghert d'York, De Institutione catholica, xvi, i, P. L., t. LXXXIX, c. 441.
également dans les Capitulaires de Charlemagne (i) (789), dans Amalaire (2) au début du IX® siècle ; mais il est manifeste par le contexte de ces divers passages que le mot sert à désigner le Sacramentaire . Ces auteurs entendent simplement indiquer le recueil que Gennade appelait au V® siècle Sacrainentorum volumen (3), ce qu'au VI^ siècle, Grégoire de Tours nommait Libellus (4). Il ne paraît pas qu'on puisse donner un autre sens aux termes employés par Agnellus (5) : telle est en eflfet la remarque de Muratori commentant le texte d' Agnellus, « le recueil appelé Missales ou Missalia, dit-il, se rapproche du Sacramentaire, avec cette particularité qu'il renfermait des messes pour les jours ordinaires. » Nous savons que c'était aussi le cas pour la plupart des Sacramentaires au VIII® et au IX® siècle. D'ailleurs, en Gaule, dès le VII® et le Vlir siècle, on trouve l'expression Missale pour désigner un Sacramentaire ; c'est le cas du Missale FrancoruiUy du Missale GothicMin^ c'est aussi le cas des missels de Bobbio et de Stowe. Cependant entre ces deux derniers documents et les missels pléniers, il existe un point de contact nouveau ; les uns et les autres contiennent les lectures de l'épître et de l'évangile en même temps que les oraisons et les préfaces (6). L'accroissement donné aux anciens Sacramentaires amène une modification dans le sens du mot Missel ^t pour marquer cette modification on
(i) Voir P, L., t. XCVII, c. 177.
(2) De ecclesiasticis officiiSy lib. 8, c. 40 ; lib. 4, c, 3o. P. L., t. CV, c. ii58 et 1219.
(3) P, L., t. LVIII, c. iio3.
(4) De Vitis Patrum, cap. 16. P. L., t. LXXI, c. 1075.
(5) Liber Pontificalis ou Histoire des évêques de Ravenne, écrite vers 840. P. Z.,t.CVI,c.6io,et remarque de l'annotateur.
(6) C'est une remarque du P. Lesley dans ses notes sur le Missel mozarabe; P. L., t. LXXXV, c. 87.
ajoute le qn3i\iûc2itif p/é mer. On lit dans une lettre synodale du pape Léon IV (844-855) : « Que chaque église possède un Mïssel plénïer, un Lectio7inaire et un Aniiphonaire (i). » Les mots Missale plenarium impliquent manifestement un recueil autre que le Sacramentaire. C'est du moins ce qui résulte des témoignages suivants : au cours du ix® siècle, dans les comptes rendus de visites pastorales faites par Hincmar de Reims, on relève cette indication : Missale cuin Evaitgeliis et Lectionibus seu Antiphonario vo lumen (2). Au x*" siècle, Rathier de Vérone (974) dans une lettre synodale adressée à ses prêtres, reproduit à peu près textuellement l'ordonnance du pape Léon IV : Que chaque église, dit-il, possède Missel plénier, Lectionnaire et Antiphonaire. L'annotateur qui invoque le témoignage de Réginon de Prûm (892), de Léon d'Ostie (un des rédacteurs de la chronique du Mont-Cassin au xr siècle), donne l'explication suivante : Le Sacramentaire contenait le canon de la messe, les oraisons et les préfaces ; le Missel plénier y joignait les évangiles et lesépîtres(3). Quand, après cela, nous entendons, au Xl^ siècle, Bernon de Reichenau nous assurer que son monastère possède un Missel autrement distribué que celui de l'Eglise romaine, nous pouvons croire que le livre en question n'était pas un pur Sacramentaire (4). La chronique du Mont-Cassin, écrite à l'époque où vivait saint Anselme, constate le même fait ; elle témoigne même du désir d'en revenir aux recueils séparés à cause de l'inconvénient de lire
(i) P. L., t. CXV, c. 878.
(2) Guérard : Polyptique de l'abbaye de Salnt-Remi de Reims, Paris, i852, p. 78.
(3) P, Z., t. CXXXVI, c. 559.
(4) P. L., t. CXLII, c. 1002.
dans le Missel plénier aussi bien les évangiles que les épîtres (i). Comment expliquer ce vœu relatif aux recueils séparés ? Peut-être est-ce pour le motif que la pauvreté de certains monastères ne leur permettait pas d'avoir un double recueil et alors, pour les messes conventuelles, le sousdiacre et le diacre devaient se servir du livre à l'usag-e du prêtre pour y lire l'épître et l'évangile (2).
On voit, par ces citations, les origines de la dénomination de Missel plénier ; multiplier ici ces citations serait anticiper sur l'exposé qu'on trouvera dans le chapitre premier de la première section. Il fallait dès l'abord avertir le lecteur que la signification de ces mots : Mïssel plénier fut pendant un certain temps plus ou moins flottante ,
III . Division de la troisième Partie. — On vient de le voir, les premières origines du Missel plénier se placent vers le IX® siècle : gardonsnous de croire pourtant que le recueil apparut au premier moment avec tous les éléments énumérés plus haut. Il dut parcourir plusieurs étapes ; il s'accrut ainsi successivement, devint le livre liturgique analogue à notre Missel tout au plus vers la fin du XII^ siècle. A côté de lui, pendant cette première époque, on vit encore des Sacramentaires. A partir du XIIl^ siècle, ceux-ci disparaissent, et le Missel plénier acquiert une position toute prépondérante ; on voit alors se dessiner le Missel de la curie romaine, et à côté, les Missels des ordres religieux, ceux des églises particulières. L'histoire de ces missels remplit le XIV® et le XV^ siècle. A la fin du XVI® siècle, durant les années qui suivent le saint concile de Trente (1576), le Missel Romain est
(i) P. L., t. CLXXIII, c. 735.
(2) Zaccaria : Onofnastico7î, au mot Plenarmm, t. II p. 91.
mis en harmonie avec le Bréviaire édité par les soins de saint Pie V : comme le Bréviaire Romain, il fut universellement adopté, et, en dépit de l'écart momentané de certaines églises, il est resté le livre officiel de l'Eglise catholique.
Ainsi dans cette troisième période de l'histoire du Missel, on peut distinguer dezix époques :
V^ Epoque : Le Missel plénier, sa foriitation et sa prédoininaiice .
IP Epoque : Le Missel Romaiji depicis saint Pie Vj'usqu 'à nos j'ou rs .
La première époque comprendra trois chapitres :