LA MAISON DE LA MORT
Personne mourante, — La jeune Marie i est une des grandes villes d'Irlande, Elle avait passé un mois près de la mer et venait de rentrer chez elle, À peine Y est-elle arrivée, qu'on lui remet une lettre, Une
tres, comme pour ents mutuels, Tout à Coup on sonne à la La porte de la chamde Jeanne l'avaient avaient vu le chan-
Jeux voilès; peut-être ne pouvait-elle taient. Le doct
(1) Ps. xvrr, 5, Miss,
(2) Job, X1v, 20,
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prié
Le visage de Jeanne devient de plus en plus pâle; elle a les mains et les pieds glacés, les lèvres bleuâtres, les yeux vitreux, le pouls presque éteint, — « Elle se meurt, dit le prêtre; mettons-nous à genoux et récitons les prières des agonisants. » — Daignez la consoler à la sortie de son esprit.1 — Le scapulaire et la médaille bénite que Jeanne porte au cou sont bien mis en ordre; elle a son chapelet roulé autour du bras, et dans la main une petite croix bénite pour la bonne mort. Près de son lit se dresse un
petit autel, sur lequel on voit deux chandelles allumées, un cru-
cifix et une statue de la sainte Vierge. L’autel est placé de manière que Jeanne puisse le voir facilement, On l’asperge d'eau bénite et le prêtre commence les prières des agonisants.
«“ Ame chrétienne, dit-il, sortez de ce monde au nom de Dieu le Père tout-puissant, qui vous a créée ; au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a souffert pour vous; au nom du Saint- Esprit, qui vous a sanctifiée ; au nom des anges et des archanges.
» O Dieu miséricordieux, regardez Jeanne votre servante et exaucez sa prière, afin que tous ses péchés lui soient pardonnés. Nous vous recommandons, Seigneur, l'âme de votre servante Jeanne, pour laquelle Jésus est mort. Souvenez-vous, Seigneur, que Jeanne est votre créature, qu’elle n’a point été créée par d'autres dieux que vous, seul Dieu vivant et véritable, Quoique votre servante ait péché, cependant elle n'a point renié le Père, ni le Fils, ni le Saint-Esprit; mais elle a cru en vous et vous a adoré. Que les cieux lui soient ouverts et que les anges se réjouissent avec elle. Que les anges viennent à sa rencontre et la conduisent au paradis, Que tous les Saints de Dieu prient pour elle! »
Alors le prêtre rappelle à la malade, d'une voix calme et douce, les quatre grandes vérités de notre sainte foi : 1° Qu'il n'y à un seul Dieu: 2° Qu'en Dieu il y a trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; 3° Que Dieu le Fils, la seconde personne, s’est fait homme et est mort Pour nous sauver ; 4° Que Dieu récompense les bons dans le ciel et punit les méchants en enfer. — 11 lui suggère ensuite un acte de contrition en disant : «+ O mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offense, parce que vous êtes infiniment bon, et je ne veux plus pécher. » — Puis, un acte de résignation, en ces termes : « Mon Dieu, que votre volonté soit faite ! Je veux mourir, parce que je mérite la mort à cause de mes péchés, Je veux mourir, parce que telle est votre volonté, » Il est vrai que la mourante semble n'avoir plus assez de connaissance pour comprendre ce que dit le prêtre; mais le prêtre sait qu’on ne Saurait rien suggérer de mieux à une personne arrivée à ses derniers moments. Il sait aussi que souvent, lorsqu'on croit qu'une personne mourante n’a plus la
(1) Eccli. xxxvirr, 24,
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connaissance, ces actes ne laissent pas de faire une profonde impression sur son
effrayante passe, rapide comme l'éclair, sur la figure de la mourante, C’est la mort! — Jeanne est morte! Son âme est partie! — Et ce sera fait soudain, sur-le-champ.1
“ Mettons-nous à genoux, dit le prêtre, et prions pour son âme : » Venez
e servante Jeanne, afin que, morte à ce monde, elle puisse vivre près de VOUS ; quels que
soient les péchés qu’elle puisse avoir commis par suite de la fragilité humaine, pardonnez-lui dans votre bonté miséricordieuse. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, Ainsi soit-il, — Donnez-lui, Seigneur, le repos éternel et que la lumière perpétuelle luise pour elle, Qu'elle repose en paix. Ainsi soit-il. »
Marie considère encore une fois sa cousine. Son cadavre est là ;
es pensées, de toutes
actions. Elle a tout quitté, tout perdu : père, mère, frères, Sœurs, vue, ouie, parole, argent, divertissements, Toutes ces choses
On n’aperçoit plus la trace.?
œuvres bonnes ou mauvaises. Et Dieu rendra à chacun selon ses œuvres.3
La chambre Mortuaire, — Le lendemain, Marie se rend encore chez sa tante, En approchant de la maison, elle lève les Jeux ; cette maison à un aspect étrange qui attire l'attention de tous les passants. Peu de personnes y entrent ou en sortent. Une seule fenêtre reste entr'ouverte; toutes les autres sont fermées et de chacune pend un store blanc. Point de bruit à l'intérieur, tout y est calme et silencieux! Ah! c'est {a maison de la mort !
Marie entre, Suivons-la, montons avec elle dans la chambre mortuaire ; car peut-être Y Tecevrons-nous une leçon qui vaudra
(1) Is, xxix, 6. (2) Sag. v, 9-10. (3) Matth, xvr, 27,
la peine d'être recueillie. I1 ÿ à dans la chambre une demiobscurité, qui au premier abord incommode les Jeux de ceux qui vien:ent de la lumière du jour. Peut-être a-t-on craint que quel‘ne personne ne fût trop impressionnée en voyant tout d'un coup ie spectacle de la mort, Ceux qui sont là ne se meuvent que lentement; s'ils parlent, ce n’est qu'à voix basse, comme s'ils craignaient de réveiller la jeune fille qui s'est endormie de son dernier sommeil ! A travers une demi-obscurité, vous voyez quelque chose de blanc. Qu'est-ce donc? C'est un lit couvert d'un drap d’une blancheur éclatante. Sur ce lit est couché le corps inanimé de Jeanne. Tout près du lit, on voit encore le petit autel dressé pour le moment de sa mort; la clarté des cierges qui brûlent va se refléter sur son visage pâle, Approchez et regardez ce cadavre. Considérez-le bien : il n'ouvre pas les yeux pour Vous regarder. Oh! comme il est pâle, raide, immobile! Vous diriez presque qu'il va encore respirer; mais il ne respirera plus.
Quel changement dans cette maison ! Il ÿ a à peine quelques jours, on y faisait de la musique, on s'y réjouissait, on festoyait, on causait, on se divertissait. Et maintenant... Est-il donc venu ici quelque grand prédicateur ? Sont-ce ses discours quiont changé cette maison de joie en une maison de deuil? — Oui, un grand prédicateur a passé par cette maison : ce prédicateur, c'est la mort! Son discours n’est pas encore terminé. Ecoutez, car il prêche encore : « Regardez, vous dit-il, regardez ces yeux enfoncés ; regardez ces tempes creuses, ces lèvres sans souffle ; regardez cette chevelure encore trempée de la suour froide de la mort; regardez ce Corps raide, sans mouvement et sans vie comme un bloc de pierre! Souviens-toi, 6 homme, que tu es poussière etque tu retourneras en Poussière, »
Le cercueil, -- La tombe. — Quelques jours après, Marie retourne encore chez sa tante mais elle n’y trouve plus le même silence, Au moment où elle entre dans la maison, elle entend un bruit comme celui d’un marteau qui retentit dans la chambre mortuaire, — Le menuisier en effet avait été appelé ; il avait pris la mesure du cadavre, et il était retourné chez lui pour faire une espèce de boîte noire, un cercueil pour Jeanne; cet ouvrage terminé, il l'avait apporté à la maison. — Les frères et sœurs de Jeanne pleurent, Ah! c’est qu'on leur a dit de regarder pour la dernière fois leur pauvre sœur morte, avant qu'on ferme le cer- Cueil pour toujours, — Et maintenant le menuisier est occupé à clouer le couvercle du cercueil. C'est là le bruit que Marie entend en entrant dans la maison.
Tous ceux qui passaient le lendemain devant la maison de la défunte s’apercevaient bien vite d'un changement, On ne voyait plus les stores blancs aux fenêtres, La pauvre Jeanne avait été portée au cimetière, et elle était sous terre dans une fosse profonde, dans un tombeau, attendant les vers qui allaient la dévo-
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rer, attendant pour plus tard la trompette de l'archange qui, à la fin du monde, ressuscitera les morts. Alors son corps sera
brillant et Magnifique, ou horrible et repoussant, selon qu'elle sera du nombre des bons ou du nombre des méchants.