CHAPITRE V
La grande question, — 1] ÿ à une question gra.de entre toutes les autres; c'est la question des questions. La voici : Dieu vous a créé ; il vous a donné un Corps ; il vous a donné une âme immortelle, rachetée par le sang de Jésus-Christ; vous n'êtes en ce monde que pendant quelques années bien courtes ; Vous passez rapidement et ensuite on ne vous voit plus, Or, dites-moi : « Pourquoi Dieu vous «-t-il Créé? » Pourquoi vous a-t-il mis au monde ? pourquoi existez-vous ? quelle est la grande chose que vous avez à faire ici-bas? quelle est votre grande affaire, votre grande occupation en ce monde? C'est là la grande question. « Pourquoi Dieu vous a-t-il créé? » Il y en a très-peu qui pensent quelquefois à cette question capitale; mais ceux qui sont sages se la font souvent à eux-mêmes.
Les religieux, — Ecoutez ce que font certains religieux, Au milieu de la journée, ils se rendent à la chapelle de leur monastère et là, à genoux, ils se font à eux-mêmes la grande question : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé? Ai-je fait aujourd'hui ce pour quoi Dieu m'a créé? — Le soir, de nouveau à genoux dans la chapelle, ils se font encore la grande question : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé? Ai-je fait, dans l'après-midi, ce pour quoi Dieu m'a créé? — Une fois par mois, ils se choisissent un jour pendant lequel ils ne font rien autre chose que de s'adresser à eux-mêmes la grande question : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé? Ai-je fait, pendant ce mois, ce pour quoi Dieu m'a créé? — Chaque année, ils restent dix jours en silence, ne préchant pas, n'entendant pas les confessions et ne parlant à aucun être humain. Ils passent ces dix jours à se faire la grande question : Pourquoi Dieu m'a-t-ùl créé? Ai-je fait, péndant cette année, ce pour quoi Dieu m'a créé?
Cette question : « Pourquoi Dieu m'a-t-il créé? » est une question que tout homme sage s'adresse souvent, S'il lit, s'il mange, s'il marche, pendant les travaux de la journée, dans le silence de la nuit, cette grande pensée se présente à son esprit : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé? Tâchons, nous aussi, mon enfant, de trouver la réponse à cette question : « Pourquoi Dieu vous a-t-il créé? -
Dieu vous a-t-il créé pour étre riche, pour gagner de l'argent ?
Ce que chacun fait. — Je vais dans une grande ville, à Dublin, à Londres, à Liverpool, à Manchester on à Cork. Partout je vois beaucoup de personnes en mouvement. Il y a dans leurs traits quelque chose qui indique qu'elles ne mènent pas une vie oisive, qu’elles ont une affaire importante à traiter, quelque chose de grand à faire. On dirait qu’il y a une chose qui absorbe toutes leurs pensées et remplit toute leur: ime. J'arréte un homme et je lui dis : « Mon cher ami, voudriez-vous bien me dire quelle est la grande occupation, la grande affaire qui remplit toutes vos pensées et qui prend tout votre temps? » — « Ma grande affaire, me répond-il, la grande affaire que j'ai à traiter, c'est de gagner de l'argent et de devenir riche, » — Plus loin, je vois un petit garçon courir dans la rue; je lui dis: « Mon enfant, arrêtez un instant; qu'est-ce donc que vous avez? Pourquoi courez-vous ainsi? » — « Je vais faire une commission, » me répond-il. — « Et pourquoi allez-vous faire cette commis- SION? » — Il me répond : « Pour gagner de l'argent, » — J'avance et j'entre dans un magasin; J'y vois un homme fort occupé depuis le matin jusqu'au soir; tous ses moments sont pris; il à à peine le temps de manger. Je lui dis : « Pourquoi travaillez-vous si péniblement? Quel est votre but ? Quelle est la
fin que vous vous proposez? + — Il me répond : « Je veux gagner.
de l'argent et devenir riche. + — Ainsi la volonté, la mémoire, l'intelligence, les pensées et les désirs des hommes sont toujours dirigés vers l'argent. L'argent est conime l'axe autour duquel ils tournent ; ils ressemblent à la terre qui tourne toujours sur son axe. Ainsi en est-il de tout le monde : du jeune homme et du vieillard, du riche et du pauvre; ainsi agit-on partout et en tout lieu, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher.
Je m'arrète alors un moment, et je me fais encore à moi-même la grande question : « Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? Quelle est la grande chose que nous avons à faire ici-bas? » Et lorsque je vois tous les hommes dépenser leur temps, leurs forces, leur santé et leur vie pour gagner de l'argent, je me dis : « Ne serait-ce point pour cela que Dieu nous aurait créés ? la grande chose que nous avons à faire, n’est-ce pas réellement de gagner de l'argent, de faire fortune et de devenir riches? » Mais quoi ! en serait-il ainsi? Voyons.
Histoire d'un mauvais riche, — Dans la ville de J'rusalem où Jésus mourut sur une croix, vivait autrefois un homme trèsriche. Il avait une telle fortune, qu'il savait à peine jusqu'où s'étendaient ses possessions. Il avait de l'or et de l'argent, des terres ct des maisons à n’en pas voir la fin, Il habitait un magnifique palais. Ceux qui vont à Jérusalem voient encore maintenant l'emplacement de ce palais ; le souvenir de sa splendeur a passé de père en fils jusqu'à nos Jours; et les habitants de Jérusalem montrent encore au voyagour le lieu où se trouvait
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autrefois cette merveille, « C’est ici. disent-ils, qu'était la maison de l'omme riche. + Elle était située près de la voie douloureuse, vers la quatrième station où Jésus rencontra sa sainte Mère, lorsqu'il portait sa croix en allant de la maison de Pilate au Calvaire. Rien de ravissant comme les Salles de ce palais. Elles étaient ornées et remplies des meubles les plus précieux. Vous ÿ eussiez vu des fauteuils et des tables faits des bois les plus riches, tels que cèdres du Liban et palmiers de Cadès, les marbres les plus luisants et les plus variés, des tapis de Perse, des rideaux du plus fin velours, des pierres précieuses, des perles étincelantes, l’ivoire le plus blanc, des miroirs, des tableaux d’un prix fabuleux. Lorsque cet homme si opulent se mettait en voyage, il avait à sa suite une longue file de superbes voitures, auxquelles étaient attelés des chevaux de luxe les plus beaux du monde,
Marchait-il dans les rues de Jérusalem, tc: les yeux se fixaient sur lui; car il était vêtu de Pourpre er d'un lin blane comme la neige. Ses festins étaient splendides; chaque jour il faisait des repas somptueux. Les vins les plus chers, les mets les plus délicats et les plus succulents que l’on püt trouver étaient servis à sa table. Le peuple lui donnait le nom d'Acureuc. Souvent ceux qui passaient devant son palais, le regardaient en disant : «“ Comme cet homme doit étre heureux ! il est si riche! Oh! que je voudrais être riche comme lui! » — On a appelé heureux, dit le Psalmiste, /e peuple qui « ces choses. 1 «
Le mauvais riche tombe malade et meurt. — Un jour cet homme si riche se sentit mal; car la maladie frappe le riche aussi bien que le pauvre. Aussitôt le docteur est appelé et il vient sans perdre une minute, I] entre dans la chambre du malade; il s'approche de son lit, le regarde, lui tâte le pouls et examine sa langue, Il garde le silence pendant quelques instants, puis il dit : « Je pense, Monsieur, que vous êtes très-mal i mais je vais vous ‘envoyer un médicament et J'espère que dans peu de jours vous irez mieux. » -— Le riche se sent renaître à la pensée qu'il sera bientôt guéri. On lui apporte la potion médicale; il la prend et quelques jours après il meurt! Son corps pâle, inanimé, aussi froid que le cadavre d'un pauvre dans sa chétive cabane, est déposé sur un superbe lit de parade; mais son âme, qu'est-elle devenue? Au moment même où il rendait le dernier soupir, son âme était ensevelie pour toujours dans l'enfer ; oui, ensevelie dans un cercueil de feu, mais d'un feu ardent et dévorant !
Le deuil, — Lorsque le riche fut mort, il y eut grand deuil dans son palais, Le grand homme était parti, il n'était plus! Si en ce moment vous aviez été dans sa maison, vous eussiez vu une chambre vaste et magnifique. C'était un Spectacle merveil-
(1) Ps, cxzut, 15,
leux que celui qu'offrait cette chambre, Chose étrange! Il était midi; le soleil luisait de tout son éclat et brillait comme dans ces contrées de l'Orient; néanmoins pas un de ses rayons ne pénétrait dans cette chambre spacieuse. Les blancs stores étaient baissés et les contrevents complètement fermés. Cependant la chambre n'était pas dans les ténèbres : elle était éclairée par des centaines de lumières; mais l'obscurité des murailles tapissées de drap noir semblait écarter l'éclat même de la lumière, pour ne laisser paraître qu'un jour de mort et de deuil. Les personnes qui se trouvaient dans cette chambre, ne se mouvaient qu'avec lenteur et tristesse. Si elles parlaient, ce n'était qu'à voix si basse et si faible, qu'on pouvait à peine les entendre ; vous eussiez cru que le riche n'était qu'endormi et qu’on craignait de le réveiller. Cependant il s'était endormi du dernier sommeil, dont il ne se réveillera jamais en ce monde.
La fin du mauvais riche. — Les deux cercueils, — Mais portez vos regards vers l'extrémité de cette vaste chambre, là où il y à tant de lumières. Tous les yeux semblent tournés de ce côté. Qu'y a-t-il donc là? Un cercueil riche et splendide. Il est fait de bois de cèdre, c’est-à-dire du bois le plus précieux. Il est enveloppé d'un velours de soie noire. Sur ce drap déjà si riche, vous voyez l'oret l'argent étinceler, j'allais presque di “flamboyer au milieu des lustres suspendus de toutes parts. L'intérieur du cercueil est tapissé de satin, de soie et de franges d'or. Et pour qui ce cercueil magnifique? Là est étendu le cadavre du mauvais riche! Mais au fond de l'enfer, son âme se trouve dans un cer-cueil de feu! Dans cette chambre, autour du cercueil, il y a les voisins, les amis du riche. Ils parlent entre eux et disent : « Quel beau! quel magnifique cercueil! + Mais dans l'enfer, ce sont les démons qui entourent le cercueil de feu dans lequel l'âme
du riche est ensevelie. Ils parlent aussi et se disent : « Quel:
cercueil brûlant! Oh! qu'il est brûlant! Qu'il‘est horrible d'être enfermé dans ce cercueil de feu pour toujours, pour toujours, et Ce n’en sortir jamais, jamais! »
Telle fut la fin de ce riche. Il vivait au sein de l'opulence; » à est mort et il a été enseveli dans le feu de l'enfer ! » Mais pourquoi alla-t-il en enfer? Quelle fut la cause de sa damnation* Le voici : 2! n'a pas connu la grande chose qu'il avait à faire pendant sa vie, Il a été victime d'une grande erreur : il croyait que la plus grande chose de toutes était d’être riche. 11 fut riche, et il alla en enfer! — Que penserez-vous des richesses au moment de la mort?
La réponse du lit de mort. — Enfant qui lisez ce livre, peutêtre qu'une fois devenu grand, vous travaillerez avec ardeur et vous vous fatiguerez pour vous enrichir. Je vous adresse maintenant une question : « Mon cher enfant, quand vous serez étendu sur votre lit de mort, est-ce que vous vous direz à vous-même :
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« J'ai beaucoup travaillé pendant ma vie, j'ai supporté de rudes fatiques ; maintenant je suis riche, je vais mourir et, parce que je suis riche, je meurs content et heureux? » Mon enfant, je vais répondre pour vous à cette question : « Le riche mourut et il fut enseveli dans l'enfer! »
Il est très-difficile à un riche d'aller au ciel.
Le chameau et l'aiguille. — Qu'est-ce qu'une aiguille? — Un petit enfant répond : « Une aiguille, c’est un instrument de couture qui est percé à l’un de ses bouts. Cette ouverture s'appelle le trou de l'aiguille ; elle est si petite que vous pouvez tout juste y faire passer un fil, + — « Très-bien, mon enfant. Maintenant dites-moi ce que c'est qu'un chameau? » — « Un chameau, c’est une grande et grosse bête, plus grosse qu'un cheval. Il peut endurer longtemps la soif; aussi, lorsque des voyageurs ont à traverser d'arides déserts où il n'y a point d’eau, ils se servent de chameaux. + — Très-bien! Je vais maintenant vous parler d'une aiguille et d'un chameau.
Allons voir le chameau. Prenez un crin, un seul crin da dos du chameau. Essayez de le faire passer par le trou de l'aiguille. Voyez : le crin passe par le trou de l'aiguille très-facilement. — Maintenant, autre chose, Prenez en main, le grand, le gros, le large pied du chameau. Essayez de le faire passer par le trou de l'aiguille. Impossible, — Maintenant, encore autre chose. Mettez une corde au cou du gros chameau et attirez-le vers l'aiguille. Essayez de le faire passer avec son corps si grand par le trou si petit de l'aiguille : c'est encore plus impossible, — Eh bien! Jésus-Christ dit qui est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le ciel !! Donc gagner de l'argent et devenir riche, ce n'est pas la grande chose que vous ayez à faire en ce monde ; ce n’est pas pour cela que Dieu vous a créé, Dieu aurait-il créé un homme pour ce qui trop souvent cause sa perte ?
Un riche peut-." se sauver ? — Sans doute il est possible à un
. riche de se sauver; car on trouve des saints qui ont été riches.
Mais ils ont fait un bon usage de leurs richesses : ils les ont employées au service de Dieu ; ils ont été charitables envers les pauvres ; ils ont mené une vie vraiment chrétienne. Mais pourquoi est-il si difficile à un riche d'aller au ciel? Y a-t-il quelque chose de mauvais dans l'or et l'argent? L'or et l'argent n'ont-ils pas été créés par Dieu comme les pierres et les arbres ? L'or et l'argent ne sont pas mauvais en eux-mêmes ; mais les hommes en font généralement un mauvais usage et commettent des péchés, parce qu'ils sont riches ou parce qu'ils veulent le devenir, C’est pourquoi Jésus-Christ dit: « Malheur à vous qui êtes riches !2+ Mais qui sont ces riches ?
(1) Luc, xvirr. (2) Luc, vr,
Un mot aux pauvres. — Ce ne sont pas seulement ceux qui ont de l'argent que Dieu considère comme riches. Au jour du Jugement, beaucoup de pauvres seront condamnés comme riches. Mais comment un pauvre, peut-il être appelé riche? Il n’a pas d'argent en poche, son coffre est vide. — Il est vrai qu'il n’a pas d'argent, mais il est vrai aussi qu’il a dans le cœur une soif ardente de l'argent et cette soif maudite le porte à beaucoup de péchés. Par exemple, il y a beaucoup de pauvres dont toutes les pensées n'ont d'autre objet que l'argent. Ils oublient Dieu, ils ne songent plus à assister à la sainte messe ni à recevoir les sacrements. Cet homme est sans travail, il perd ses gages : il devient impatient, il blasphème contre Dieu, Cet autre fait un faux serment pour acquérir ce qui ne lui appartient pas. En voici un qui aime à boire dans les cabarets : il dérobe, il trompe pour avoir de l'argent à dépenser. En voici d’autres qui étaient liés d'amitié, il leur survient une querelle à propos d'argent : depuis lors ils ont l’un contre l’autre une haine mortelle, Ainst c'est l'argent, toujours l'argent. Et puis, ce sont des malédictions, de faux serments, des vols, des tromperies ; c'est l'ivrognerie, la négligence de Dieu et de l'âme, et enfin c'est l'enfer! « Ceux qui veulent devenir riches, dit saint Paul,! tombent dans la tentation et dans les filets du diable et dans beaucoup de désirs inutiles et nuisibles, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition; car la cupidité est la racine de tous les maux. »
Dieu ne nous a donc pas créés pour acquérir de l'argent, pour être riches. Ceux-là donc se trompent qui vivent dans ce monde comme si l'unique et grande chose que nous ayons à y faire, était d'acquérir de la fortune. La mort viendra et alors leurs richesses s'évanouiront comme un rêve. En un moment, ils descendront dans l'enfer et lorsqu'ils y seront ensevelis, ils reconnaîtront leur erreur; mais il sera trop tard : « Que sert à l'honune de gagner l'univers, s'il perd son âme??»
Dieu ne nous a pas créés pour gagner de l'argent ; pourquoi donc nous a-t-il créés ?
Dieu nous a-t-il créés pour manger, pour boire ou pour avoir du plaisir ? — Le fou. — Beaucoup s'imaginent que leur grande affaire en cette vie consiste à manger, à boire et à avoir du plaisir, « Z{s font leur dieu de leur ventre, dit saint Paul : is auront pour fin la damnation.3 + — Un homme se dit un jour : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais grande. chère.4 » Mais pendant la nuit, Dieu vint trouver cet homme et lui dit : « Insensé! car tu as pensé que tu n'étais fait que pour manger, boire et jouir; insensé! car tu n’as pas su pourquoi tu as été
(1) 1 Tim, vi, 9. (2) Matt, xvr, (3) Phil, ni, 9, (4) Luc, x11, 19.
Prean