‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 121 sur 143 · FLEURANT D'ILLIERS · texte numérisé non relu

FLEURANT D'ILLIERS

Il est commune renommée Que secours leur vient voirement, Et sont deux mille en l'assemblée.

Tous gens de fait certainement; Si nous pourroient encombrement 10,980

P399r\ Donner, se cy les atandons.

Et vaudroit mieulx faire autrement :

Si est que vers eulx nous aillons,

jk

Que nous devons desamparer

IMus toust que tenir longuement,

El nous y devons préparer. t6,oi5

Vous aurez veu la griefve paine

Qu'il a convenu endurer;

Il n'y a eu ne ner ne vaine

Qui n'y ait falu labourer.

De noz gens plusieurs sont blessez i6,oao

Et mors une grant quantité;

Dont de plus icy se amuser

11 n'est point de neccessité.

DUC D'ALANSON. ^

Messeigneurs, vous dictes tous bien, Que pas n'avons eu le milleur; i6»oa5

Mes, comme je croy et soustien, Point n'y avons de deshonneur.

F* ^joo ^^ Chascun y a fait grant labeur,

Et tant d'un cousté comme d'autre;

Eu ont la moictié de la peur i6,o3o

Et n'y ont riens gaigné du nostre.

Mes pour desamparer ce siège,

Je n'en say bonnement que dire;

Vostre voloir voulantiers ferè ge.

Et ne veil nul aucun dédire. i6,o35

Toutes foiz faut il bien élire

D'un chascun les oppinions,

Faire tant que doyve souffire.

Puis faire les conclusions.

Ung de mes amis y est mort, i6,o4o

Et estoit d'Anjou proprement,

Dont j'en ay deul et desconfort

Et m'en desplaist bien grandement.

De Paris, à très grant puissance; Plusieurs de noz gens en ont pours Que surpris soyent par oultrance, 16,075

p âoi r*. Disant qu'an toute diligence

En doit aller au devant d'eulx, Sans soy tenir ci en doubtance, Et disent tous que c'est le mieulx.

LA PUCELLE

0 mes bons amis vertueux, 16,080

Monstrez icy vostre vaillance, Ne vous souciez, n'ayez peux; Tout fera bien , n'ayez doubtance.

Ayez en Dieu ferme fiance

A garder le bon loyal droit, i6,o85

Et soyez tous en asseurance.

Sans avoir peur de rien qui soit.

Vous, La Hire, que dictes vous?

Ne veillez point desamparer

Et ne vous doubtez de secours, 16,090

Que point ne vous pourra grever; Et avant deux jours vous aurez Geste ville à vostre bandon.

Où grans avoir y guaingneron.

HelasI ne la lessez pas don! 16,095

Si ne vous devez esbayr Pour ung seul assault seullemenl, Vous qui estes à parvenir En si grans honneurs noblement.

Vous avez fait si vaillamment 16,100

p 601 v*. Qu'on peust jamès dire de bouche,

Puis voloir deshonnestement Desamparer à grant reproche!

Que aucuns si l'ont desjà faicte.

Mes faictes sonner la trompeté,

Puis ung chascun s'assemblera,

Et par vous sera la chose faicte;

Ung chascun vous obbayra. ' 1 6,1 35

BASTARD D'ORLEANS

Dame, tout vostre bon plaisir Acompli sera sus toute chose, Et tous volons vivre et morir Aveques vous, bien dire l'ose.

L'amour de vous si est enclose 16,1/10

Avenues nous si ardamment, Desobbayr nul ne vous ose F* 402 y\ Pour vostre hault gouvernement.

SAINTE SUAIRE

Faictes en ce qui vous plaira.

Que à vous du tout m'en atant; i6,i45

Je ne say comme il en yra.

Se Dieu plaist, bien comme j'entant,

De nous tenir icy devant,

Quant c'est le gré de la Pucelle

De demeurer, j'en suis contant; i6,i5o

Je m'en rapporte bien à elle.

FLEURANT DULLIERS.

En ce cas, je ne say que dire :

La chose me semble doubtable;

Mes nului je n'en veil dédire;

En soit fait le plus convenable. i6,t55

La compaignie est tant notable,

Par quoy à vous tous me sommes.

Y sera assis la Bergère ^ i6,i85

Et des canons tout à 1 antour, Qu'i n'y demorra pierre entière.

Et moy, presenteray jna baniere Jusques auprès de la muraille,

Et commanceray la première. 16,190

Aujourd'uy, en ceste bataille Ne soyons point ici venuz Que ne facions aucun fait d'armes; Nous nous sommes tousjours tenuz En fait et en diz tretous fermes. 1 6,195

Nous avons aussi des gendarmes Qui est la fleur de toute France, Si devons dont tenir bons termes Allencontre toute puissance.

Se de présent nous retournyons i6,«oo

Sans ceste ville subjuguer, Désormais honneur nous n'arions, Et, de toutes gens évoquez, Ghascun disoit que desroquez

Arions esté de peu de gens, i6,9o5

Qui seroit pour nous desvroquez En nostre deshonneur très grant; En vous priant tant que je puis Que un g chascun preigne coraige, Et faire tant que soient sommis, 16,310

p àoU r\ Deschassez hors de l'eritaige

Du noble roy puissant et saige,

A qui le bon droit appartient.

Voz anemis sont ci en caige

A en faire à vostre talant; i6,ai5

Croyez (ju'i seront esbaïz

De nous vois retourner sus eulx ,

ni^

Navrez et blessez abondance Qu'on en eust peu couvrir la terre.

De retourner je n'en say plus; Mes y n'aront pas le dessus

De leur desloyalle entreprise. i6.a5o

Y pert bien de leur fauk abus, De penser estre remis sus Par une fille mal aprise, Qui de faulceté est reprise F'/io5 r". Et de paillardise surprise : 16,955

Cela il est tout évident.

Mes, par la mort Dieu! s'el' est prise, Nue comme ung ver, sera mise Toute vive en ung feu ardant.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Mon très chier frère, je vous prie 16,960

Que ne vous esmayez de riens;

Victoire arez, je vous affie,

Contre ces desloyaulx chiens,

Que à nous y ne sont puissant.

Quant victoire avons eu sur eulx. 16,965

Le coup premier vault toujours cent;

Qui bien- en fait ung en fait deux.

Nous avons de leurs gens à mort

Mis, des plus hault et plus vaillant;

Je les ay veuz charger au port 16,970

En ung basteau devers Orléans.

Ceulx là n'apresseront plus avant ,

Ne ceulx qui sont en noz fossez,

Qui y gisent, là tout edant\

Murtriz, mors et tous renversez. 16,975

' Sans doute pour adens, à plat ventre.

Nous en devons faire devoir.

S'i retournent et nous guaingnons,

Destruiz seront à tousjours mes; \

Plus puissance sur nous n'aront i6,3io "i

Et desconGz seront désormais, ^

Que serviz les avons d'un mes

Qui pain et potaige a valu; (

S'ii ont encore ung entremès, !

H [IJaront tous cuit et moHu. j6,3i5 r

Pensons à nostre artillerie.

Et la charger, comment qui soit,

Afin qu'i ne nous preignent mie

En desarroy par nul endroit.

Qui bien se garde, bien se voit «6,3«o

Et bien se treuve bien souvent :

Qui deffault, souvent se déçoit

Et en vient inconvénient.

CONTE DE SUFFORT

Messeigneurs, à vous m'en atant :

Faictes tous à vostre plaisir, 16,395

Que non n'arreste tant ne quant A voz volantez acomplir. .

Faictes charger sans deffaillir p Û06 v'. L'artillerie grosse et menue.

Que quant viendra à l'assaillir, i6,33o

Que leur armée soit confondue.

Puis après, faictes porter pierres

De fais tantoust sus la muraille,

Broches ardant à grosses quarres

Pour percer jaserans à maille, «6,335

Maillez de pion, autre ferraille,

Aussi ars, piques et raillons,

Soit porté pierres de grant pesant,

Pour acraventer toutes gent

Qui voudront monter par escheiles;

Sans espargner petit ne grant, 16,370

Faictes y euvres imniorteiies.

Lors icy ceulx de la ville feront leurs aprestes de pierre, lances et F" /107 v". autres habillemens de guerre qui se doivent faire en assault, et y a une pose de trompetes et taborins, clairons. — Puis après, la Pucelle vient et dit

LA PUCELLE

Au nom Dieu, mes ioyauix amis,

H est heure les assaillir.

Soyez tous vaillant et hardis

Et prenez coraige et plaisir, 16,375

Afln que puissiez parvenir

A acquérir louenge et gloire.

Que Dieu vous donra, sans faillir,

Grâce aujourd'uy d'avoir victoire.

Lors icy, après que la Pucelle aura parlé , tous ensemble les François cryront : à Tassault, à mort I Ceux de dedans pareillement feront ung merveilleux cry et cryeront : à l'arme ! sonneront trompetes, et clairons; bien effrement comme en ung assault sonneront. Et ceulx de dedans gecteront huilles, sacles, pierres, coulevrines, canons, et durera cest P hoHr\ assault assez longuement. Puis les trompetes sonneront une retraicte, et les François se retrayront. Et demourra la Pucelle seulle au pié de la muraille de ladite ville; et ung Anglois prandra une grant pierre forz grosse et espée et la gectera droit sur la teste de la Pucelle. Et de ce coup ladite Pucelle cherra sur les genoux et les mains à terre, et dont ladite pierre se doit emyer en pièces, combien qu'elle fust de pierre de taille et pesante, et chascun la doit voir cheoir sur la teste de la Pucelle. Puis dit Monseigneur d'Alanson :

MONSEIGNEUR D'ALANSON.

Trompetes, sonnez la retraicte. i6,38o

Qui tout droit sus elle a esté;

Mes s'est esgrenée comme ung verre.

Toutesfoiz si est cheute à terre

Pour le moins, les genoulx flechiz,

Et bien pensons sans plus enquerre i6,4io

Qu'elle deust de ce coup mprir.

LA HIRE

Je say bien comment il en va,

Que j'estoys tout au plus près d'elle.

L'Anglois qui la pierre lâcha

Estoit auprès d'une torrelle; i6,ûi5

La pierre estoit grosse à merveille

Et droit sus sa teste est chouate,

Cuydant luy frucer sa cervelle,

Mes c'est emyée comme paste.

MESSIRE FLEURANT D'ILUERS.

Messeigneurs, je conseilleroie i6.ûao

Ghascun retourner en sa tente, F* hog v^ Et puis demain prandre la voye.

Devers Orléans la droicte santé ; Que je vous asseure et me vente Que icy nous ne ferons riens, i6,6q5

Et n'y perdons que nostre atante, Morir noz gens en degoustant.

JAMET DU TUXAY.

Y sont fort leans asseurez ,

Et croy qui sont grosse puissance;

Si dy que vous vous abusez i6,û3o

Et y avez folle fience.

Vous voyez morir à oultrance,

LA PDCELLE.

Mes amis, ad ce ne pensez, i6,â6o

Que de partir n'est pas saison, p/iiov». Quant verray qu'y faille cesser,

Je le vous diray, c'est raison ; Mes perdre si noble maison

Qui vostre sera aujourd'uy, 1 6,465

Ce nous seroit grant déraison Avoir ainsi le cueur failly.

De la pierre dessus moy cheute. Je vous pry que ne vous en chaille ; Le mal que m'a fait ne rebute. 16,670

Ce n'est riens que à parler faille Que je ne retourne en bataille; Ne jamès je n'en partiray D'icy auprès de la muraille,

Qu'i m'aront ou je les aray. 16,475

N'ayez point de peurs, je vous prie, Et donnez dedans sans atandre.

Tirez la grosse artillerie Et me faictes la tour descendre.

Geste grosse muraille fendre, 16,680

Que nous puissions entrer dedans; La ville vous feray anuyt rendre Maugré tous les contredisans.

ALANSON.

Jà n'en seray contredisant;

Faire en veil à vostre devise, i6,485

LA PUCELLE

Messeigneurs, tirez en avant.

Encontre tous me vueil offrir

A combattre seul contre trois,

Disant que vous estes Vaudois

De soustenir une querelle, ^ i6,5o5

De croire une fille des bois

Et que vous ahourez Pucelle.

P /lia r'. Lors Guillaume Regnault et Aîixandre s'entrebateront, et puis cherra tout mort Alixandre à terre, Et dit après au conte de Suffort, qu'i rencontre en ss( voye ,

GUILUUME REGNAULT.

Rendez vous, conte de Suffort,

Ou morir vous fré de mort dure;

James vous n'en narez support i6,5io

A ce coup, je le vous asseure.

Je vous ay poursuiveu une heure

Et fait que je vous ay ataint;

Rendez vous à moy, ou je jure

Par moy serez mort et estaint. i6,5i5

SUFFORT

Je suis contant estre en tes mains.

Mes que tu soyes gentil homme.

GUILUUME REGNAULT.

Gentil homme suis, c'est du mains.

SUFFORT

Je suis contant estre en tes mains.

P û ta v*. GUILLAUME RENAULT.

Ren toy à moy à toutes fins, tô.Sao

Ou morir te feray en somme.

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