MESSIRE GUILLAUME RENAULT
Çà, gentil conte de Suffort,
Venez vous en diligemment, i6,6a5
Que j'é ung basteau sur le port
Qui vous merra courtoisement.
Et n'ayez esbayssement
De voz deux frères vi£z ou mors;
Pensez de vous tant seuUement, i6,63o
Et à préserver vostre corps.
Lors le mené, et les trompetas sonneront, et sera pillée la ville de Jargueau : vesselle d'argent, estain, liz, mesnaige, draps, couvertures et tous autres utancilles de mesnaige, qui à prise d'assault se doit faire ou que on a acoustumë de faire, et pris prisonniers, que ung chascun tendra son prisonnier lyé de cordes, et mené devant luy, et deschassé F" ûi6 r'. deshonnetement. Et après ce, y a pouse. — Et dit la Pucelle :
LA PUCELLE
0 nobles et vaillans seigneurs, Bien devez eslever voz cueurs Envers le vray Dieu tout puissant 'Des grans biens et des grans honneurs, 1 6,635
Que sur terre ne sont greigneurs, Qu'i vous a donnez de présent.
Dont vous seriez trop mal faisant.
Se vous n'allez recongnoissant
La belle louenge et gloire i6,6/io
Qu i produicte a de présent, Quant y vous a fait premenant D'avoir eu si noble victoire.
Or est il, comme vous savez,
Que ceste ville cy avez j 6,645
Guaingnée, et est à vous soumise,
A en faire amont et aval, A son plaisir, de ceste voye.
Et autant que nul que je voye, 16,680
F' 617 r*. Sans nul blasmer, est suffisant;
Dont, s'il luy plaist, à très grant joye, De Jargueau sera gouvernant.
VENDOSME
Il est bien expédient
Garnison y soit ordonnée, 1 6,685
Et y mectre gens suffisant, * A qui la charge soit donnée Pour gouverner ceste contrée.
Dont ma voix si sera baillée
Au bon messire Thudual, «6,690
Et tandray la chose asseurée; Chevalier est droit et loyal.
BASTARD D'ORLEANS
Messeigneurs, cy en gênerai
Avez fait bonne ellection :
C'est que messire Thudual 16,695
Aura ceste commission
De garder ceste région;
Et suffisant y est sans faulte.
Que, selon mon intencion,
On [n']en doit point élire d'autre. 16,700
MESSIRE THUDUAL.
Messeigneurs, je vous remercye p 417 V». De l'onneur que vous me voloir;
Mes la charge ne accepteré mie.
Que c'est tout contre mon voloir.
Et n'en veillez point différer,
Que c'est à vostre honneur et gloire.
JAMET DE TILLAY
Beau cousin, vous ne devez pas
Delesser ceste charge cy,
Que la chose est pour vostre cas 16,735
Hors de dangier, la Dieu mercy.
Que se besoing aviez icy,
Ou gens qui vous vousissent close.
N'en ayez en vous nul soucy;
Secours aurez sus toute chose. 16.7^0
LA PUCELLE
Çà, messire Jehan Thudual,
Y vous fault garder ceste place; V^ous estes chevalier loyal
F* Ai8>«. Et de chascun estes en grâce.
N'ayez peur que nul vous mefface; 16,745
Que s'aucun est qui viengne à vous,
Nous ferons après telle chace
Qui ne retorront pas trestous.
Croyez nous, ne vous lairons point
De loing sans avoir voz nouvelles, 16,750
Et des nostres, à toutes fins,
Y vous seront continuelles.
Et s'aucuns vers vous sont rebelles,
Ou que mestier ayez de nous.
Nous nous trouverons soubz voz elles 16,755
Incontinant et devant tous.
THUDUAL.
Vous, dame, et tous messeigneurs,
Vous savez assez les nouvelles F* 419 v^ De noz gens et que fait il ont
Euvres très puissantes et belles, Qui n'en fut onques les pareilles, 16,785
Ne fait de guerre si vaillant :
Sembl<}it qui fussent immortelles, Ainsi que disent les passant.
Et est vray, comme vous savez,
La ville de Jargueau est prise, 16,790
Les gens de dedans pris, tuez, Prisonniers et fait à leur guise, Par les haulx fais et vaillantise De la noble excellant Pucelle :
A la paine qu elle y a mise 16,795
Jargueau est de nostre querelle.
PREMIER ROURGEOIS.
Y n'en fault point faire de doubte Que tout ce fait par sa conduite; Ce que dit et fait, somme toute.
Est toute besoigne d'élite. 16,800
C'est Dieu qui la nous a produite Et envoyée en ce pays, Que par elle et par sa mérite Sont confonduz nos anemis.
Touttefoiz, il est grant nouvelle i6,8o5
Que aujourd'uy vient à Orléans, Et tous les princes d'entour elle.
Qui sont très nobles et vaillant, p ûao i'. Si conseille que au devant
Nous y aillons les saluer, 16,810
Quant des anemis anciens
Y nous ont volu délivrer.
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 651
Tenue suis à vous grandement.
Dieu vous rende la courtoisie
Et vous rémunère voz biens! i6,84«
Ghascun pregne pour le présent
Son logis pour soy reposer,
Puis demain, ainsi que j'entant,
Voudrons quelque edit proposer.
Pose. — Et puis dit un messagier anglois :
Or, me convient sans arrester i6,8à5
F*4ai r\ Aller en toute diligence
Devers messeigneurs, raconter
La doleur et la grant offence :
Que François, par oultrecuidence.
Ont la noble ville destruite i6,85o
De Jargueau, et la grant puissance
Ont mis à mort et à la fuyte.
On ma dit que dedans Estampes
Est messire Jehan Facestot,
Et sont en armes excellantes 1 6,855
Avec le sire Tallebot :
Lesquieux ensemble par complot
Venoyent Jargueau secourir;
Mes les princes tous en ung Mot
Ont esté perduz et meurtriz. 16,860
Je leur vois dire la nouvelle
Et la chose si très piteuse
Qui n'en fut onques point de telle,
Si villaine ne oultrageuse.
Et pour Ang^ois tant dommageuse • 16,866
Que nului ne saroit pencer
Ghascun dit que c est la Pucelle
Qui a conduit cest euvre cy. 16,890
TALLEBOT.
Comment dy tu? y estoit elle?
Ouy, monseigneur, certin en suy.
Et est le conte de Suffort
Prisonnier aveques son frère;
Le vaillant Alixandre mort : 16,895
L'ont occis à grant vitupère;
Et bien vm^ gisant en bière,
Gentilz hommes et chevaliers;
Puis ce sont tous allez retraire
A Orléans et leurs prisonniers. 16,900
Messeigneurs, je ne say que dire:
Tant ay de deul et desconfort, Pûaa y\ Et tant ay mon cueur rempli d'ire,
Ne say si je suis vif ou mort.
Etl vaillant conte de Suffort, 16,905
Avecques tes frères ensemble.
Au monde n'estoit rien plus fort.
Pour vous subjuguer, ce me semble, Fault qu'il y ait eu trayson;
Je ne le croy point autrement, 16,9*0
Que jamès telle déraison Ne vous fust venue nullement, Vous, qui estiés totallement
Je vous auray, soit droit ou tort, Par force d'argent ou amis.
LE SIRE FACESTOT.
Troublé suis merveilleusement
De ceste maudite adventure, 16,950
Qui venue est soudainement A noz gens, sans en savoir l'eure.
Allez y fussions sans demeure, Que nous n'en n'estions pas fort loing, Qui nous est une doleur dure 16,955
Avoir failly à ce besoing.
P* 4a3 V-. Helas ! mes qu'il eussent tenu
Ung jour ou deux tant seuUement,
Nostre oust à tant y fust venu ,
Je le say véritablement. 16,960
Has! faulte de gouvernement
Ou trayson y a esté,
Croire ne le puis autrement;
Aucuns est qui tout a gasté.
Tallebot, mon loyal ami, 16,965
Ne vous en troublez, je vous prie,
Ne en vous n'en prenez ennuy
Ne aucune melancoUie.
Puisque Suffort si est en vye
Et son frère, messire Jehan, .,^ «6,970
Bien les aurons, n'en doubtez mie.
Et si ne nous costera rien;
Que j'espoir avant ung mois
De me trouver en lieu et place
Où rencontreray les François, »M7^
Esquieux feray belle verdase;
Que sur eulx feray telle chace
On pert et ne sait on comment; Que celuy qui cuide estre maistre, 17,010
F*4flA y\ Par malheur et par aultrement.
Bien souvent on l'envoyé pestre.
Vous savez de l'eur de fortune Que cil qui cuide estre avancé,
En mains de cuiUir une prune, 17,015
Incontinant est renvercé.
Et de nul n'est recompencé ; Car ce que fortune ordonne Soit bien, soit mal, il est tanôé :
A son voloir elle en besoigne. 17,0^0
Moy, qui ay maintenu la guerre Il y a .XIX. ans plainement, J'é esté à perdre et conquerre Et veuz fais d'armes largement,
Sang espandre abondamment 17,095
Souventes foiz en ma présence; Esbayr ne se fault pour tant :
On a tousjours espérance.
MESSIRE THOMAS RAMETON.
Mes de quoy vous souciez vous,
Tallebot? A vous c'est simplesse. 17,080
Pour ung bien petit de corous Vous prenez une grant détresse.
Y fault que vostre deul se cesse Sans vous démener tellement, p Aa5 1^. Se volez acquérir proesse 17,035
Et à voz amis hardement.
Du vaillant conte de Suffort Ne de messire Jehan son frère, J'entant que nul d'eulx deux n'est mort,
En peu d'eure l'aurons retraicte; Que Jargueau ne sert que pour guiecte Pour regarder les gens venir,
Ne que soit ville de retraicte ^i^ojb
Point ne le voudrois soustenir.
Du vaillant conte de Suffort, Qui est prisonnier à Orléans, Et son frère, bien suis d'acort
Quon les recouvre pour argent, 171080
Ou, si non, prandre de leurs gens Tant et à si grande foison.
Soient menuz, petis ou grans, Qu i puissent paier leur renson.
Et croy que, ains d'un mois d'ici, n.oSb
Les François, de leur bon coraige, Rendront Suffort, son frère aussi, Voulentiers et tout leur bagaige.
Sans paier argent ne truage.
Très volantiers les nous rendront, 17*090
Voire en despit de leur visaige, p &96 ^^ Et nostre injure repareront.
LE CAPPITAINE ROUGEFORT.
Messeigneurs, je congnois Jargueau
Et y ay esté aultrefois,
Ung petit lieu plaisant et beau, n^^9^
Et est bien plaisant à le vois;
Mes que y nous soit de grant pois
Pour le tenir et le garder,
James consentir ne vouldroys :
Qui premier vient le doit avoir. 17»» 00
Se c'estoit ville de tenue,
Gomme Orléans ou autre cité,
N arrester icy longuement,
Ainçois nous devons préparer 17»! 35
Pour nous venger des faulx tormens, Et aller sur eulx plainement Les assaillir d'un franc coraige, Et les mectre à definement.
p Aa7 r'. Pour estre vengez de loultraige 17,160
Et pour prandre le droit chemin, Tirer nous fault à Baugenci.
Vous savez que Meung n'est pas loing , A une lieue ou tout ainsi,
Où y avons des gens aussi, 17,1/15
Qui gardent la ville et le pont; Si devons tous partir d'ici Et aller là vois que y font.
TALLEBOT.
Messeigneurs et nobles barons,
Je vous ay voulentiers ouyz, 17,150
Escouté voz oppinions
Et bien je les veil ensuyvir;
Que pour vérité je désir
Faire tout par vostre ordonnance.
Et acomplir vostre plaisir 17,155
Par vostre bon sens et science.
Et par tout bien consideray
Voz oppinions en ce cas.
Mon volloir est deliberay
De vous obbayr en ce pas, 17,160
Et en faire, soit hault soit bas,
Voz volantez entièrement.
Qu'an riens dédire ne veil pas
Encontre voz enseignement,
Vous aussi, ie conte d'Escailes, . Fault il endurer ce sanglot Ainsi comme huistres de Quancalles, 17,900
Et le porter dedans noz malles Tant qui les faille deffermer; Après, montrons noz triqueballes Qui à aucuns seront amer.
Non pourtant que très bien me plaises 17,90s
Voz dis, voz fais sus toute rien, Et, quelques doleurs ou malaises, Nous fault trouver aucun moyen, Et faire comme gens de bien
Pour nous venger des forfaitures 17,210
Que nous ont fait, comme je tien, A tort François, et grans injures. Et ne nous fault tant seullement Que leur d'une bonne journée
Pour François mectre à saquement, 17,915
A fureur de pointe espée.
Et pour destruire leur armée Gomme à la journée de Verneil :
Toute France y fat consommée.
Et encore en dure le deul. 17,990
Ne onques puis beau fait ne lisent.
Mes seullement de defîner; Que trop grant folie entreprisent Dont ilz furent ostinez.
Quant nous voudrent jour assigner 17,990
F* âts y\ En journée et champs de bataille.
De leur coraige gros et fier Ne leur proffîta une maille.
Jurèrent et firent serment Que nul homme de leur party, 17.930
DUC DE BETEFORT.
Et encore nous en avons
Des plus hault et noble de France,
Qu'en nostre pays nous tenons
A nostre voloir et plaisance.
Et pour ce dont, n'ayez doubtance i7,a65
Avoir François quelque matin,
Que souvent leur oultrecuidance
Les fait venir à malle fin.
Mon intencion si est bien
Les voloir aller reveiller, 1 71270
Et charcher la voye et moyen.
Le lieu où les pourray trouver.
Partons d'icy sans délayer Et n'y faisons nul demorance.
Que chascun s'en veille advancer, 17,375
p Aag v^ Et tous bouter en ordonnance,
Que je ne puis en oubliance Mectre mon deul et mon tourmant, Juques ce que j'aye vengence
A mon voloir entièrement. 17,980
Endurci en suis tellement De voloir les François conquerre , Les dechacer si laidement Qu'on ne les sara plus où querre.
Faictes charger l'artillerie, «7'a85
Et que nous partions dès demain De corage et chère hardie.
Et n'ayez eij vous le cueur vain; Que je n'espargneray sang humain,
CÀPPITAINE RENGEFORT.
On ne saroit mieulx propouser, Sire TaUebot, c'est bien dit.
MESSIRE JEHAN FÀCESTOT.
Vous estes saige et instruit; 17,315
p 43o v". Partons d'icy quant vous voudrez.
Lors icy partiront, et sonneront trompetes et clairons. — Puis après la pose dit
LA PUGELLE.
En nom Dieu , je voy qu'il est temps Et saison de partir d'ici, Que nous voyons ci le prinstemps Et le jour bel et esclarci. 17,820
Si ne fault plus demeurer ci, Mes aler vois nos anemis, Qui ont fort le cueur endurci Encontre nous, certaine en suis.
Mes, nonobstant toute chose, 17,395
Au bon roy Charles fault mander De nostre estât, que je suppose Qu'i désire fort en savoir.
Dont , pour iuy en faire apparoir, Envoyer lui fault un messaige, i7»33o
Qui Iuy saura dire le voir De Jargueau, tout nostre voyage.
Messager, veille cy entendre :
Va incontinant vers le Roy,
Diligemment, sans plus atandre, 1 7*335
F'' &3i r\ Et le saluras de par moy.
Aussi de tout le noble arroy