‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 123 sur 143 · MESSIRE GUILLAUME RENAULT · texte numérisé non relu

MESSIRE GUILLAUME RENAULT

Çà, gentil conte de Suffort,

Venez vous en diligemment, i6,6a5

Que j'é ung basteau sur le port

Qui vous merra courtoisement.

Et n'ayez esbayssement

De voz deux frères vi£z ou mors;

Pensez de vous tant seuUement, i6,63o

Et à préserver vostre corps.

Lors le mené, et les trompetas sonneront, et sera pillée la ville de Jargueau : vesselle d'argent, estain, liz, mesnaige, draps, couvertures et tous autres utancilles de mesnaige, qui à prise d'assault se doit faire ou que on a acoustumë de faire, et pris prisonniers, que ung chascun tendra son prisonnier lyé de cordes, et mené devant luy, et deschassé F" ûi6 r'. deshonnetement. Et après ce, y a pouse. — Et dit la Pucelle :

LA PUCELLE

0 nobles et vaillans seigneurs, Bien devez eslever voz cueurs Envers le vray Dieu tout puissant 'Des grans biens et des grans honneurs, 1 6,635

Que sur terre ne sont greigneurs, Qu'i vous a donnez de présent.

Dont vous seriez trop mal faisant.

Se vous n'allez recongnoissant

La belle louenge et gloire i6,6/io

Qu i produicte a de présent, Quant y vous a fait premenant D'avoir eu si noble victoire.

Or est il, comme vous savez,

Que ceste ville cy avez j 6,645

Guaingnée, et est à vous soumise,

A en faire amont et aval, A son plaisir, de ceste voye.

Et autant que nul que je voye, 16,680

F' 617 r*. Sans nul blasmer, est suffisant;

Dont, s'il luy plaist, à très grant joye, De Jargueau sera gouvernant.

VENDOSME

Il est bien expédient

Garnison y soit ordonnée, 1 6,685

Et y mectre gens suffisant, * A qui la charge soit donnée Pour gouverner ceste contrée.

Dont ma voix si sera baillée

Au bon messire Thudual, «6,690

Et tandray la chose asseurée; Chevalier est droit et loyal.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, cy en gênerai

Avez fait bonne ellection :

C'est que messire Thudual 16,695

Aura ceste commission

De garder ceste région;

Et suffisant y est sans faulte.

Que, selon mon intencion,

On [n']en doit point élire d'autre. 16,700

MESSIRE THUDUAL.

Messeigneurs, je vous remercye p 417 V». De l'onneur que vous me voloir;

Mes la charge ne accepteré mie.

Que c'est tout contre mon voloir.

Et n'en veillez point différer,

Que c'est à vostre honneur et gloire.

JAMET DE TILLAY

Beau cousin, vous ne devez pas

Delesser ceste charge cy,

Que la chose est pour vostre cas 16,735

Hors de dangier, la Dieu mercy.

Que se besoing aviez icy,

Ou gens qui vous vousissent close.

N'en ayez en vous nul soucy;

Secours aurez sus toute chose. 16.7^0

LA PUCELLE

Çà, messire Jehan Thudual,

Y vous fault garder ceste place; V^ous estes chevalier loyal

F* Ai8>«. Et de chascun estes en grâce.

N'ayez peur que nul vous mefface; 16,745

Que s'aucun est qui viengne à vous,

Nous ferons après telle chace

Qui ne retorront pas trestous.

Croyez nous, ne vous lairons point

De loing sans avoir voz nouvelles, 16,750

Et des nostres, à toutes fins,

Y vous seront continuelles.

Et s'aucuns vers vous sont rebelles,

Ou que mestier ayez de nous.

Nous nous trouverons soubz voz elles 16,755

Incontinant et devant tous.

THUDUAL.

Vous, dame, et tous messeigneurs,

Vous savez assez les nouvelles F* 419 v^ De noz gens et que fait il ont

Euvres très puissantes et belles, Qui n'en fut onques les pareilles, 16,785

Ne fait de guerre si vaillant :

Sembl<}it qui fussent immortelles, Ainsi que disent les passant.

Et est vray, comme vous savez,

La ville de Jargueau est prise, 16,790

Les gens de dedans pris, tuez, Prisonniers et fait à leur guise, Par les haulx fais et vaillantise De la noble excellant Pucelle :

A la paine qu elle y a mise 16,795

Jargueau est de nostre querelle.

PREMIER ROURGEOIS.

Y n'en fault point faire de doubte Que tout ce fait par sa conduite; Ce que dit et fait, somme toute.

Est toute besoigne d'élite. 16,800

C'est Dieu qui la nous a produite Et envoyée en ce pays, Que par elle et par sa mérite Sont confonduz nos anemis.

Touttefoiz, il est grant nouvelle i6,8o5

Que aujourd'uy vient à Orléans, Et tous les princes d'entour elle.

Qui sont très nobles et vaillant, p ûao i'. Si conseille que au devant

Nous y aillons les saluer, 16,810

Quant des anemis anciens

Y nous ont volu délivrer.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 651

Tenue suis à vous grandement.

Dieu vous rende la courtoisie

Et vous rémunère voz biens! i6,84«

Ghascun pregne pour le présent

Son logis pour soy reposer,

Puis demain, ainsi que j'entant,

Voudrons quelque edit proposer.

Pose. — Et puis dit un messagier anglois :

Or, me convient sans arrester i6,8à5

F*4ai r\ Aller en toute diligence

Devers messeigneurs, raconter

La doleur et la grant offence :

Que François, par oultrecuidence.

Ont la noble ville destruite i6,85o

De Jargueau, et la grant puissance

Ont mis à mort et à la fuyte.

On ma dit que dedans Estampes

Est messire Jehan Facestot,

Et sont en armes excellantes 1 6,855

Avec le sire Tallebot :

Lesquieux ensemble par complot

Venoyent Jargueau secourir;

Mes les princes tous en ung Mot

Ont esté perduz et meurtriz. 16,860

Je leur vois dire la nouvelle

Et la chose si très piteuse

Qui n'en fut onques point de telle,

Si villaine ne oultrageuse.

Et pour Ang^ois tant dommageuse • 16,866

Que nului ne saroit pencer

Ghascun dit que c est la Pucelle

Qui a conduit cest euvre cy. 16,890

TALLEBOT.

Comment dy tu? y estoit elle?

Ouy, monseigneur, certin en suy.

Et est le conte de Suffort

Prisonnier aveques son frère;

Le vaillant Alixandre mort : 16,895

L'ont occis à grant vitupère;

Et bien vm^ gisant en bière,

Gentilz hommes et chevaliers;

Puis ce sont tous allez retraire

A Orléans et leurs prisonniers. 16,900

Messeigneurs, je ne say que dire:

Tant ay de deul et desconfort, Pûaa y\ Et tant ay mon cueur rempli d'ire,

Ne say si je suis vif ou mort.

Etl vaillant conte de Suffort, 16,905

Avecques tes frères ensemble.

Au monde n'estoit rien plus fort.

Pour vous subjuguer, ce me semble, Fault qu'il y ait eu trayson;

Je ne le croy point autrement, 16,9*0

Que jamès telle déraison Ne vous fust venue nullement, Vous, qui estiés totallement

Je vous auray, soit droit ou tort, Par force d'argent ou amis.

LE SIRE FACESTOT.

Troublé suis merveilleusement

De ceste maudite adventure, 16,950

Qui venue est soudainement A noz gens, sans en savoir l'eure.

Allez y fussions sans demeure, Que nous n'en n'estions pas fort loing, Qui nous est une doleur dure 16,955

Avoir failly à ce besoing.

P* 4a3 V-. Helas ! mes qu'il eussent tenu

Ung jour ou deux tant seuUement,

Nostre oust à tant y fust venu ,

Je le say véritablement. 16,960

Has! faulte de gouvernement

Ou trayson y a esté,

Croire ne le puis autrement;

Aucuns est qui tout a gasté.

Tallebot, mon loyal ami, 16,965

Ne vous en troublez, je vous prie,

Ne en vous n'en prenez ennuy

Ne aucune melancoUie.

Puisque Suffort si est en vye

Et son frère, messire Jehan, .,^ «6,970

Bien les aurons, n'en doubtez mie.

Et si ne nous costera rien;

Que j'espoir avant ung mois

De me trouver en lieu et place

Où rencontreray les François, »M7^

Esquieux feray belle verdase;

Que sur eulx feray telle chace

On pert et ne sait on comment; Que celuy qui cuide estre maistre, 17,010

F*4flA y\ Par malheur et par aultrement.

Bien souvent on l'envoyé pestre.

Vous savez de l'eur de fortune Que cil qui cuide estre avancé,

En mains de cuiUir une prune, 17,015

Incontinant est renvercé.

Et de nul n'est recompencé ; Car ce que fortune ordonne Soit bien, soit mal, il est tanôé :

A son voloir elle en besoigne. 17,0^0

Moy, qui ay maintenu la guerre Il y a .XIX. ans plainement, J'é esté à perdre et conquerre Et veuz fais d'armes largement,

Sang espandre abondamment 17,095

Souventes foiz en ma présence; Esbayr ne se fault pour tant :

On a tousjours espérance.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Mes de quoy vous souciez vous,

Tallebot? A vous c'est simplesse. 17,080

Pour ung bien petit de corous Vous prenez une grant détresse.

Y fault que vostre deul se cesse Sans vous démener tellement, p Aa5 1^. Se volez acquérir proesse 17,035

Et à voz amis hardement.

Du vaillant conte de Suffort Ne de messire Jehan son frère, J'entant que nul d'eulx deux n'est mort,

En peu d'eure l'aurons retraicte; Que Jargueau ne sert que pour guiecte Pour regarder les gens venir,

Ne que soit ville de retraicte ^i^ojb

Point ne le voudrois soustenir.

Du vaillant conte de Suffort, Qui est prisonnier à Orléans, Et son frère, bien suis d'acort

Quon les recouvre pour argent, 171080

Ou, si non, prandre de leurs gens Tant et à si grande foison.

Soient menuz, petis ou grans, Qu i puissent paier leur renson.

Et croy que, ains d'un mois d'ici, n.oSb

Les François, de leur bon coraige, Rendront Suffort, son frère aussi, Voulentiers et tout leur bagaige.

Sans paier argent ne truage.

Très volantiers les nous rendront, 17*090

Voire en despit de leur visaige, p &96 ^^ Et nostre injure repareront.

LE CAPPITAINE ROUGEFORT.

Messeigneurs, je congnois Jargueau

Et y ay esté aultrefois,

Ung petit lieu plaisant et beau, n^^9^

Et est bien plaisant à le vois;

Mes que y nous soit de grant pois

Pour le tenir et le garder,

James consentir ne vouldroys :

Qui premier vient le doit avoir. 17»» 00

Se c'estoit ville de tenue,

Gomme Orléans ou autre cité,

N arrester icy longuement,

Ainçois nous devons préparer 17»! 35

Pour nous venger des faulx tormens, Et aller sur eulx plainement Les assaillir d'un franc coraige, Et les mectre à definement.

p Aa7 r'. Pour estre vengez de loultraige 17,160

Et pour prandre le droit chemin, Tirer nous fault à Baugenci.

Vous savez que Meung n'est pas loing , A une lieue ou tout ainsi,

Où y avons des gens aussi, 17,1/15

Qui gardent la ville et le pont; Si devons tous partir d'ici Et aller là vois que y font.

TALLEBOT.

Messeigneurs et nobles barons,

Je vous ay voulentiers ouyz, 17,150

Escouté voz oppinions

Et bien je les veil ensuyvir;

Que pour vérité je désir

Faire tout par vostre ordonnance.

Et acomplir vostre plaisir 17,155

Par vostre bon sens et science.

Et par tout bien consideray

Voz oppinions en ce cas.

Mon volloir est deliberay

De vous obbayr en ce pas, 17,160

Et en faire, soit hault soit bas,

Voz volantez entièrement.

Qu'an riens dédire ne veil pas

Encontre voz enseignement,

Vous aussi, ie conte d'Escailes, . Fault il endurer ce sanglot Ainsi comme huistres de Quancalles, 17,900

Et le porter dedans noz malles Tant qui les faille deffermer; Après, montrons noz triqueballes Qui à aucuns seront amer.

Non pourtant que très bien me plaises 17,90s

Voz dis, voz fais sus toute rien, Et, quelques doleurs ou malaises, Nous fault trouver aucun moyen, Et faire comme gens de bien

Pour nous venger des forfaitures 17,210

Que nous ont fait, comme je tien, A tort François, et grans injures. Et ne nous fault tant seullement Que leur d'une bonne journée

Pour François mectre à saquement, 17,915

A fureur de pointe espée.

Et pour destruire leur armée Gomme à la journée de Verneil :

Toute France y fat consommée.

Et encore en dure le deul. 17,990

Ne onques puis beau fait ne lisent.

Mes seullement de defîner; Que trop grant folie entreprisent Dont ilz furent ostinez.

Quant nous voudrent jour assigner 17,990

F* âts y\ En journée et champs de bataille.

De leur coraige gros et fier Ne leur proffîta une maille.

Jurèrent et firent serment Que nul homme de leur party, 17.930

DUC DE BETEFORT.

Et encore nous en avons

Des plus hault et noble de France,

Qu'en nostre pays nous tenons

A nostre voloir et plaisance.

Et pour ce dont, n'ayez doubtance i7,a65

Avoir François quelque matin,

Que souvent leur oultrecuidance

Les fait venir à malle fin.

Mon intencion si est bien

Les voloir aller reveiller, 1 71270

Et charcher la voye et moyen.

Le lieu où les pourray trouver.

Partons d'icy sans délayer Et n'y faisons nul demorance.

Que chascun s'en veille advancer, 17,375

p Aag v^ Et tous bouter en ordonnance,

Que je ne puis en oubliance Mectre mon deul et mon tourmant, Juques ce que j'aye vengence

A mon voloir entièrement. 17,980

Endurci en suis tellement De voloir les François conquerre , Les dechacer si laidement Qu'on ne les sara plus où querre.

Faictes charger l'artillerie, «7'a85

Et que nous partions dès demain De corage et chère hardie.

Et n'ayez eij vous le cueur vain; Que je n'espargneray sang humain,

CÀPPITAINE RENGEFORT.

On ne saroit mieulx propouser, Sire TaUebot, c'est bien dit.

MESSIRE JEHAN FÀCESTOT.

Vous estes saige et instruit; 17,315

p 43o v". Partons d'icy quant vous voudrez.

Lors icy partiront, et sonneront trompetes et clairons. — Puis après la pose dit

LA PUGELLE.

En nom Dieu , je voy qu'il est temps Et saison de partir d'ici, Que nous voyons ci le prinstemps Et le jour bel et esclarci. 17,820

Si ne fault plus demeurer ci, Mes aler vois nos anemis, Qui ont fort le cueur endurci Encontre nous, certaine en suis.

Mes, nonobstant toute chose, 17,395

Au bon roy Charles fault mander De nostre estât, que je suppose Qu'i désire fort en savoir.

Dont , pour iuy en faire apparoir, Envoyer lui fault un messaige, i7»33o

Qui Iuy saura dire le voir De Jargueau, tout nostre voyage.

Messager, veille cy entendre :

Va incontinant vers le Roy,

Diligemment, sans plus atandre, 1 7*335

F'' &3i r\ Et le saluras de par moy.

Aussi de tout le noble arroy

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